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Séries de la LNH

«J'ai eu une bonne pensée pour Guy Boucher» -Frantz Jean

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Frantz Jean a fermé l’œil vers 6 h après une longue nuit avec la coupe Stanley comme invitée de marque. À 7 h 30, le cadran sonnait. Après une sieste, plus qu’un profond sommeil, il se dirigeait encore une fois vers un aréna.

Jean ne partait pas en direction du Amalie Arena pour prodiguer d’autres conseils à Andreï Vasilevskiy, le gagnant du trophée Conn-Smythe. L’entraîneur des gardiens du Lightning de Tampa Bay a respecté le choix de son garçon de 15 ans, Néka Jean. 

«Mon fils avait un cours privé de hockey et il voulait y participer même s’il s’est endormi lui aussi vers 6 h du matin. On était sur la route ensemble vers 8 h ou 8 h 30. Mais on était bien heureux malgré la fatigue.» 

Ça prend de la passion pour vivre et survivre dans le milieu du hockey. L’homme de 50 ans qui occupe le poste d’entraîneur des gardiens du Lightning depuis la saison 2010-2011 a certainement transmis son amour pour ce sport à son fils, un centre qui jouera au niveau Midget AAA à Charlottetown à l’Île-du-Prince-Édouard l’an prochain. Il y était déjà cet hiver dans les Maritimes à plusieurs centaines de kilomètres du domicile familial à Tampa. 

Sentiments différents 

Le Lightning a gagné la troisième coupe Stanley de son histoire. Après 2004 avec Vincent Lecavalier et Martin St-Louis, l’équipe floridienne a réalisé le rare exploit d’un doublé (2020 et 2021). Les joueurs ont brandi la coupe au bout de leurs bras deux fois en neuf mois. 

«Pour les émotions, je trouvais ça un peu différent, a affirmé Jean en entrevue téléphonique au Journal. La première fois qu’on a gagné la coupe Stanley, je ressentais vraiment une exubérance, c’était une explosion d’émotions. Mercredi soir, c’était plus un sentiment de satisfaction et de devoir accompli. On avait comme objectif de répéter. On avait essentiellement la même équipe. On avait un plan et on voulait le suivre. On a réussi à le faire. 

«J’ai encore eu une bonne pensée pour Guy Boucher, a-t-il poursuivi. C’est lui qui m’a offert ma première chance dans la LNH en 2010. Ça prenait des couilles pour qu’un entraîneur qui recevait un premier poste dans la LNH comme entraîneur en chef décide d’inviter un entraîneur des gardiens recrue. Je sortais de Moncton dans la LHJMQ, mais on se connaissait depuis longtemps. Je viens de finir ma 11e saison avec le Lightning. Je ne peux pas être plus heureux, mais je dois rester reconnaissant envers ceux qui étaient là avant moi, comme Guy et Steve [Yzerman]. Aujourd’hui, je vis de beaux moments avec une superbe équipe, un super groupe avec les Julien [BriseBois], Mathieu [Darche], Jon [Cooper] et les autres adjoints. Il règne une ambiance formidable chez le Lightning, on est une grande famille.» 

Parler sans mots 

Pour une première fois depuis Tim Thomas avec les Bruins en 2011 et Jonathan Quick avec les Kings en 2012, un gardien a reçu le trophée Conn-Smythe avec Vasilevskiy. Chez le Lightning, il a pris le flambeau du défenseur Victor Hedman pour cet honneur prestigieux. 

«Andreï, c’est un athlète exceptionnel qui travaille pour être le meilleur gardien au monde depuis que je le connais, a raconté Jean lors d’une visioconférence avec Cooper et les adjoints de l’équipe. On l’a repêché en 2012, si je ne me trompe pas. Il a toujours eu cet objectif dans sa mire. Il mérite tout ce qu’il lui arrive. Ce n’est pas un accident. On parle d’un joueur spécial, très spécial.» 

Le Journal lui avait demandé de décrire Vasilevskiy dans l’euphorie de la victoire. Quelques heures plus tard, le gourou des gardiens à Tampa a raconté une anecdote au sujet de son protégé. 

«La première fois que j’ai rencontré Vasi, c’était au repêchage à Pittsburgh de 2012. Je l’avais vu jouer au Mondial junior avec la Russie, mais je ne lui avais pas parlé. Il était notre choix de 1er tour. Je lui avais parlé dans la loge du Lightning à l’aréna à Pittsburgh. Yzerman me l’avait présenté. Andreï ne parlait pas un mot d’anglais à cette époque, mais nous avions trouvé des façons de communiquer pendant 20 minutes. Juste avec des signes et un langage probablement de gardien. Dès le premier contact avec lui, on a rapidement connecté. On travaille bien ensemble et on réussit à bien se parler aujourd’hui !» 

Un guerrier 

Le Russe de 26 ans a signé cinq jeux blancs sur les 16 victoires du Lightning en séries. 

Des cinq blanchissages, il en a réussi quatre dans des situations d’éliminations. Quand on remonte au dernier match de la finale de 2020 contre les Stars, le gardien de 6 pi et 3 po a obtenu des zéros lors des dernières rencontres contre les Panthers, les Hurricanes, les Islanders et le CH. 

«C’est une combinaison de deux facteurs, a expliqué Jean pour décrire les cinq jeux blancs d’affilée de son protégé dans des rencontres où le Lightning élimine ses rivaux. Il y a l’expérience de notre équipe, mais aussi Vasi. C’est l’athlète, le guerrier et l’individu derrière le gardien. Il a le don d’élever son jeu dans les grands moments. Il sait comment fermer la porte.»