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Crédit : AFP

Patrice Bernier

L’heure d’un premier bilan

L’heure d’un premier bilan

Patrice Bernier

Publié 03 juin
Mis à jour 03 juin

La MLS a amorcé sa pause de trois semaines il y a quelques jours et c’est le moment de revenir sur ce que nous a présenté le CF Montréal à ses huit premiers matchs de la saison. 

Cette équipe comptait sur un nouvel entraîneur et plusieurs nouveaux visages dans l’effectif et nous avons, à ce point-ci, un peu de concret sur lequel nous baser pour en faire l’évaluation. 

Montréal, c’est donc onze points en huit matchs et une cinquième place au classement dans l’Association de l’Est. On constate que l’entraîneur, Wilfried Nancy, a bien présenté sa philosophie et que les joueurs adhèrent au plan. On a aussi vu la très grande majorité des joueurs obtenir au moins quelques minutes de jeu, à l’exception de Ballou Tabla, qui est blessé, et de quelques-uns des jeunes de l’académie qui ont récemment signé leur premier contrat. Il y a donc très peu de joueurs qui peuvent dire qu’ils n’ont pas eu une opportunité de démontrer leurs qualités : Nancy a su garder tout le monde concerné par la progression et les résultats de l’équipe. 

D’ailleurs, considérant la qualité du travail de l’entraîneur jusqu’ici, la réponse d’Olivier Renard, le directeur sportif, ne s’est pas fait attendre : Nancy a vu son année d’option pour 2022 confirmée la semaine dernière. C’est un signe de confiance à son endroit, et un message auprès des joueurs, des partisans et du club qu’on croit au processus, qu’on est content de ce qu’on voit présentement et qu’on veut démontrer de la stabilité. 

Je regarde cela et je me rappelle la saison 2013, alors qu’on avait un bon début de campagne et qu’un certain Marco Schällibaum avait une option similaire à son contrat. Sachant comment son passage à Montréal s’est terminé, aurait-il été mieux de stabiliser son projet rapidement comme on vient de le faire avec Nancy? 

Toujours expatriés 

Le bilan, après huit matchs, est positif, donc, mais un défi demeure : on ne sait toujours pas si le CF Montréal aura l’occasion de revenir au pays et de réellement jouer à domicile cette saison, alors qu’il reste encore 26 rencontres à disputer. On a déjà fait deux mois et Miami n’est certainement pas un mauvais endroit où se relocaliser, mais en fin de compte, est-ce que le fait de ne pas jouer (et vivre) à Montréal finira par avoir un impact négatif? 

Au-delà des conséquences financières, sans parler des partisans qui s’ennuient de leur club et des impacts dans la vie des joueurs, l’équipe ne joue jamais réellement à domicile. Quand on regarde Atlanta United jouer devant 40 000 personnes, ou Nashville qui évolue aussi devant son public, on voit que cela a une influence sur les performances. La plupart des autres équipes de la ligue vont finir par avoir droit à leur 12e joueur. Ça peut, au final, leur ajouter quelques points au classement! 

Mais cette question, elle est entre les mains de Justin Trudeau et de Santé Canada. On voit que le Québec est, de son côté, prêt à accueillir son équipe, mais le Canada n’est pas encore prêt à ouvrir ses frontières. Regardons un peu ce qui arrivera au troisième tour des séries de la LNH, alors qu’une équipe canadienne sera forcément confrontée à une formation américaine. On aura peut-être une idée de la façon dont se passera le retour à domicile du CF Montréal. 

Belle impression pour Miller 

Pour en revenir au bilan, il faut aussi souligner le bon travail de certains joueurs, spécialement en défense. Rudy Camacho et Zachary Brault-Guillard, notamment, ont connu un bon départ, mais il y en a un qu’on ne connaissait que très peu à l’approche de la saison : l’Ontarien Kamal Miller, acquis en décembre dernier dans une transaction avec Austin. 

Il m’a fait très bonne impression. Sa blessure à une hanche, qui le gardera à l’écart pour encore quelques semaines, est d’ailleurs fort dommage. 

Sa performance globale m’a néanmoins amené à me demander quels sont les joueurs du CF Montréal qui pourraient apporter un retour sur l’investissement fait à leur endroit. Parce que non seulement Miller ne coûte pas grand-chose au plan salarial, mais il est aussi un type de joueur prisé : les défenseurs centraux gauchers, c’est une rareté dans le monde du soccer. Son cas me rappelle un peu celui de Mark McKenzie, un autre défenseur central gaucher possédant un bon gabarit, qui a quitté l’Union de Philadelphie pour la Belgique durant la saison morte en retour de six millions $. 

Je ne dis pas que Kamal Miller va partir, mais son profil peut générer de l’intérêt ailleurs dans la ligue... ou en Europe. Les joueurs comme lui sont recherchés. En plus, c’est un international canadien. On ne sait toujours pas s’il sera en mesure de participer à la Gold Cup cet été, mais s’il garde cette trajectoire, je lui vois un beau potentiel de revente dans le futur. Il pourrait aussi avoir une belle carrière à titre de pilier de la défense à Montréal, cela dit. 

Le cas Samuel Piette 

Le milieu de terrain québécois Samuel Piette n’est pas toujours sur le onze de départ sélectionné par Wilfried Nancy, cette saison, et ça fait beaucoup réagir, tant du côté des médias que des partisans. 

Mais Piette a indiqué lui-même, dans un point de presse, que Nancy lui avait mentionné, ainsi qu’à Victor Wanyama, qu’il n’y a aucune garantie quant à la fréquence de leurs titularisations et qu’il allait y avoir de la rotation. 

Sans trop regarder les statistiques, ce qui me saute aux yeux, c’est qu’en début de saison, l’équipe présentait un visage très agressif au plan défensif. Elle amenait l’adversaire à commettre plusieurs bévues et ce penchant-là s’est estompé à mesure que l’équipe s’est mise à davantage jouer la possession. Piette est précisément le genre de joueur qui adore mettre la pression et provoquer des erreurs. Il est très bon dans les duels défensifs. Quand Piette et Wanyama sont là, l’équipe est meilleure pour récupérer le ballon. 

Il sera intéressant de voir comment Nancy va continuer de jongler avec cette situation. Lorsqu’on est à domicile, on a tendance à vouloir jouer davantage la possession, et donc d’avoir des joueurs à profil plus offensif sur le terrain, mais à l’étranger, on subit un peu plus et la présence de ce duo est appropriée. 

Il demeure que lorsque Piette est sur le terrain, l’agressivité est davantage à l’avant-plan. On l’a utilisé à bon escient en début de campagne il serait bon de ne pas perdre cette habitude. Cette pression, cet engagement ont donné de bons résultats et on les a un peu moins vus dernièrement. 

Salut Rémy! 

Enfin, un mot sur Rémy Vercoutre, notre entraîneur des gardiens qui a choisi de rentrer en France afin d’aller occuper le même poste avec le prestigieux Olympique Lyonnais. 

Il faut savoir qu’il était déjà pisté depuis un certain temps. Il avait cependant tenu à poursuivre son aventure à Montréal parce qu’il aimait le projet, la ville et le club. Mais la maison a appelé et la réalité de la pandémie et de ses impacts sur sa vie familiale a sûrement pesé dans la balance. 

Les opportunités viennent et on ne peut pas toujours les refuser. 

C’est dommage, parce que j’appréciais Rémy, l’homme et son travail. Il a même donné un bon coup de main au chapitre de l’académie en faisant progresser quelques gardiens de but, dont Jordan Vézina, un garçon de 15 ans qui est venu s’entraîner avec les professionnels. Rémy était capable de pister le talent très rapidement chez les jeunes gardiens. 

J’ai maintenant hâte de voir qui prendra sa place. Parce que les entraîneurs de gardiens, c’est une denrée rare et il n’est pas facile d’en soutirer un à une autre organisation. 

Alors, bon périple, Rémy, bon retour à la maison et on te surveillera de loin!