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Le cri du cœur d’Erik Bazinyan

Photo portrait de Mathieu Boulay

Mathieu Boulay

2021-05-28T01:08:11Z

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Erik Bazinyan a toujours été fier de ses racines arméniennes. Même s’il a quitté son pays natal depuis 10 ans, le boxeur possède encore un attachement très fort envers sa patrie. Pour le meilleur et le pire.

Dans un texte bien senti publié sur ses réseaux sociaux, l’athlète de 26 ans a dénoncé une situation qui le tenaille depuis plusieurs années. Il a expliqué qu’il ne peut pas aller rendre visite à sa famille et à ses amis de longue date en Arménie.

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La raison ? S’il retournait dans son pays natal, le gouvernement pourrait l’obliger à faire son service militaire d’une durée de deux ans. Pour le moment, il est considéré comme un déserteur.

«C’est obligatoire quand tu es âgé de 18 ans et plus, a indiqué Erik Bazinyan au Journal de Montréal. Quand tu ne résides pas dans le pays, ils lancent un avis de recherche à ton nom.

«Ils te cherchent partout dans le monde et la police fait des recherches sérieuses pour te retrouver.»

Dans les dernières semaines, la police a débarqué à la dernière adresse où il a résidé au pays. C’est le grand-père de Bazinyan qui a ouvert la porte aux officiers.

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«En retournant en Arménie, je pourrais devoir choisir entre mon service militaire et une peine d’emprisonnement, précise le protégé de Marc Ramsay. Je suis dans les meilleures années de ma carrière de boxeur. Je ne veux pas perdre deux précieuses années pour aller faire mon service militaire.»

Démarches compliquées

Depuis qu’il a atteint la majorité,

Bazinyan reçoit des demandes répétées de la part du gouvernement arménien. Plus de 10 000 Arméniens, dispersés aux quatre coins du globe, seraient dans la même situation que lui.

Il peut éviter le service militaire en obtenant un pardon gouvernemental. Avant 2019, les expatriés pouvaient l’obtenir en payant une somme de 3000 $. Toutefois, les règles du jeu ont changé.

«Tu n’as plus à payer comme avant. Plusieurs hauts placés en Arménie savent que j’habite maintenant au Canada avec ma famille et que je suis boxeur professionnel.

«Tout ce qu’il me faut, c’est la signature du vice-président.»

Par contre, elle n’est pas facile à obtenir. Après son combat du 4 juin au Mexique, Bazinyan compte bien mettre la pression maximale afin de faire bouger son dossier. Il va mettre quelques fédérations sportives et des avocats dans le coup.

Par contre, il y a de l’espoir. Dans les dernières années, d’autres expatriés ont obtenu cet important document. Bazinyan se croise les doigts pour être le prochain sur la liste.

La fierté du drapeau

Bazinyan ne le dira pas publiquement. Il est animé par un sentiment d’injustice. Le pugiliste n’a jamais tourné le dos à sa patrie. Bien au contraire. À chacun de ses combats, ses hommes de coin agitent fièrement le drapeau de l’Arménie dans le ring. Puis, dans les dernières années, il a envoyé à ses frais des caisses de gants de boxe à son ancienne fédération.

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«Je crois que j’ai fait beaucoup pour mon pays, a mentionné Bazinyan. Le service militaire est obligatoire, mais je ne suis pas un citoyen comme les autres.

«Je suis parti pour devenir boxeur. Je ne me suis pas sauvé. Ce pardon, c’est quelque chose d’important pour moi. Ma famille et mes amis me manquent beaucoup. Je veux pouvoir retourner dans le pays où j’ai grandi en toute liberté.»

Bazinyan espère qu’il pourra obtenir un dénouement heureux dans les prochains mois. Il est optimiste même si la situation politique en Arménie est souvent compliquée.

Ça ne l’empêche pas de prévoir un voyage en Arménie en 2022. En attendant les approbations nécessaires, il a une carrière entre les câbles à faire progresser. Celle qui pourrait faire de lui un héros national.

Un pays en guerre constante

Depuis un siècle, l’Arménie a été impliquée dans plusieurs conflits armés avec l’Azerbaïdjan au sujet de la région de Nagorny-Karabakh. L’an dernier, les deux pays ont repris les armes pour la même raison.

Cette région est située à l’intérieur des frontières de l’Azerbaïdjan. Elle a toujours été appuyée par l’Arménie parce que sa population est majoritairement composée d’Arméniens. Elle est convoitée par les deux pays parce qu’elle est riche en pétrole.

Cette dispute entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan remonte à la fin de la Première Guerre mondiale. Une guerre a éclaté en 1991 avant de prendre fin en 1994 avec un horrible bilan de 30 000 morts.

Malgré une déclaration commune en 2008, on assiste à de nouveaux affrontements. En 2016, alors qu’une autre guerre se pointait à l’horizon, la Russie met son pied à terre afin de calmer le jeu.

L’an dernier, les deux pays ont déterré à nouveau la hache de guerre avec des affrontements à la frontière nord. Cette fois, ils auraient coûté la vie à 5000 soldats selon certaines estimations.

«Les deux dernières années ont été une catastrophe pour l’Arménie, a souligné Erik Bazinyan. La semaine prochaine, je vais avoir le drapeau de l’Arménie sur le ring avec moi. Je veux rendre hommage aux soldats qui ont perdu la vie lors de cette dernière guerre.»

Un vent de renouveau ?

En raison de ce conflit armé, les élections présidentielles prévues en 2023 ont été devancées au 20 juin prochain. Les Arméniens devront élire un nouveau premier ministre à la suite de la démission de Nikol Pachinian en mars dernier.

«On verra ce qui va arriver, a ajouté Bazinyan. Pour ma part, si le vice-président actuel partait, ça pourrait faciliter mes démarches de pardon.

«S’il demeure en poste, ça pourrait être plus difficile. J’ai seulement besoin d’avoir le bon nom dans les documents que je dois envoyer.»

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