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Crédit : Photo d'archives, USA TODAY Sports

Fréderic Lord

La raison de la colère

Publié | Mis à jour

La semaine dernière, Wilfried Nancy était à prendre avec des pincettes. Non pas que le pilote du CF Montréal était en colère après ses joueurs. Non, de ce côté, ça va. 

C’est plutôt l’épais brouillard qui flotte au-dessus de la pause d’un mois programmée après le du 29 mai, date de la rencontre face au Fire de Chicago, qui ulcérait l’entraîneur. 

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À ce jour, le CF Montréal ne sait toujours pas s’il pourra bénéficier d’une quarantaine modifiée pour un éventuel ressourcement – nécessaire - au pays. À ce stade, il semblerait que le club montréalais n’attend plus après cette réponse de la santé publique puisque Joel Waterman a révélé en point de presse qu’il prendrait sa pause en Floride, qu’il ne voit pas l’avantage de revenir au Canada pour quelques jours, même si c’était pour « être dans ses affaires. »

Mais pour plusieurs membres du CF Montréal, particulièrement ceux qui ont des enfants, l’intransigeance de la santé publique face à leur éventuel retour exaspère. Ici, personne ne prétend se substituer aux scientifiques ou épidémiologistes qui gèrent les risques de la pandémie, mais les joueurs et le personnel d’entraîneurs ont l’impression d’avoir fait les sacrifices nécessaires pour bénéficier d’un léger assouplissement des règles.

Au final, Nancy et le reste de l’équipe s’attendaient à pouvoir revenir auprès de leurs proches pour une ou deux semaines, en quarantaine à la maison puisqu’ils auraient eu à traverser la frontière. Ça, ils étaient prêts à l’accepter. La permission qu’ils auraient aimé avoir, c’est celle de pouvoir se rendre au centre d’entraînement pour continuer leur boulot en équipe. 

Pour les équipes de la MLS, cette pause, c’est surtout l’occasion de retourner à la planche à dessin et de se remettre d’aplomb pour affronter le reste du calendrier. Bref, on est loin du concours de limbo au parc du Cap St-Jacques...

Et ce qui attise la colère, c’est que dans la dernière année, le CF Montréal (les Canadiens aussi...) a déjà bénéficié d’une quarantaine modifiée. Rationnellement, le sacrifice qu’on leur demande est difficile à avaler. 

Montrer patte blanche  

Au centre de cette colère, l’impression aussi que la MLS et le CF Montréal ont mis en place des protocoles contraignants qui vont plus loin que la majorité de monde entrepreneurial et de la population au Québec.

À ce jour, les joueurs et le personnel montréalais se font encore tester plusieurs fois par semaine. Leurs déplacements vers d’autres villes américaines sont encadrés de façon stricte par les autorités de la ligue au détriment parfois de l’enjeu sportif.

À titre d’exemple, on donne le match du 8 mai contre les Whitecaps de Vancouver dans l’Utah. Un trajet de cinq heures d’avion est nécessaire pour se rendre à ce qui est en fait le domicile du Real Salt Lake. 

En temps normal, une équipe part au moins deux jours à l’avance pour mitiger la fatigue du transport et s’acclimater à l’altitude plus élevée de l’état. De plus, elle profite d’une journée de plus pour tenir un entraînement et se délier les jambes avant le match. 

Pour cette rencontre contre l’équipe de Marc Dos Santos, le CF Montréal est arrivé moins de 24 heures à l’avance et n’a pas pu s’entraîner. Ce ne sont pas des excuses pour cette défaite de 2 à 0, personne au club à qui j’ai parlé n’a évoqué ce facteur pour la mauvaise performance, mais... mais... reste un « mais. »

Cette saison, la MLS a proscrit toute cette procession en préparation des matchs à l’étranger. Pour s’affirmer en tant que citoyen corporatif responsable, le circuit Garber exige que ses équipes soient en mode « in and out. » Tu t’y rends, tu y joues, tu repars aussitôt avec ce que ça représente comme impact sur les performances de ses équipes.

De plus, chaque club est très encadré dans ses déplacements. Pour se rendre en Utah, le groupe montréalais a utilisé un avion nolisé. Théoriquement, il n’est entré en contact qu’avec le personnel de celui-ci et le chauffeur d’autobus qui l’a mené de l’aéroport à l’hôtel.

Sur place, les membres du CF Montréal ont utilisé la porte arrière de l’hôtel. Ni vus, ni connus, ni contaminés. Ils ont utilisé un ascenseur qui leur a été exclusivement réservé et se sont installés à l’étage qui leur était dédié. Les tables de la salle commune ont ensuite été tassées pour permettre aux joueurs de s’étirer et ne pas être trop ankylosés par le long vol qu’ils venaient de connaître.

Le lendemain matin se résume ainsi : levé, ascenseur privé, autobus en direction du stade et match.

En somme, si on prend aussi en compte que le match ait été joué devant des estrades vides (ou presque), on comprend que très peu de citoyens de l’Utah ont été en contact avec le CF Montréal. 

Bref, vous prenez peut-être la mesure de la frustration qui habite l’équipe montréalaise qui doit se débattre dans un environnement américain. Depuis le début de la pandémie, ils font les sacrifices. Ils ont été vaccinés deux fois. À maintes reprises et de leur propre chef, ils ont mis en place des protocoles contraignants dans leur intérêt, mais celui aussi de leur communauté. 

Oui, la pandémie est injuste, ça, le CF Montréal le comprend et l’accepte. Mais il aimerait aussi un petit coup de main pour battre ses adversaires... et les circonstances.