Rendez-vous avec l’histoire

François-David Rouleau
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Phil Mickelson peut avoir rendez-vous avec l’histoire cet après-midi [dimanche] à Kiawah Island, en Caroline du Sud. Le gaucher de 50 ans lorgne un second trophée Wanamaker et deviendrait le golfeur le plus âgé à remporter un tournoi du Grand Chelem.
En plein contrôle de ses moyens jusqu’au 12e fanion sur l’Ocean Course configuré à 7700 verges, samedi, amassant au passage cinq oiselets, «Lefty» a montré son sang-froid et l’éventail complet de ses aptitudes avec des coups fumants.
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Un boguey suivi d’un vilain double-boguey au 12e et 13e trou ont plombé son envolée au Championnat de la PGA d’Amérique.
Après ce manque de concentration, le vétéran s’est ressaisi en limitant les dégâts. Il a finalement signé une carte de 70 (-2). Dire qu’à un certain moment, il détenait une avance de cinq coups...
À l’aube de la ronde finale qu’il jouera dans le dernier duo en compagnie de Brooks Koepka, double vainqueur du scintillant Wanamaker, il ne détient qu’un petit coup d’avance en vertu de sa fiche cumulative de -7. On n’a pu observer de paire aussi relevée comptant neuf trophées du Grand Chelem depuis le Tournoi des Maîtres en 1981. Tom Watson (4) et Jack Nicklaus (17) avaient alors croisé le fer. Watson l’avait finalement emporté par deux coups.
Et de 6?
Mickelson vise un sixième sacre majeur en carrière.
Il est le cinquième golfeur âgé de plus de 50 ans depuis 1900 à détenir une avance dans un tournoi du Grand Chelem après 54 trous.
Il a ainsi rejoint Tom Watson qui avait réalisé pareil exploit en 2009 lors de l’Omnium britannique à Turnberry.
Celui-ci avait échappé la victoire aux mains de Stewart Cink en prolongation alors qu’il avait 59 ans.
Mickelson se retrouve dans cette situation pour une sixième fois en carrière. À trois de ses cinq occasions, il a savouré la victoire. Il sait donc montrer les crocs aux moments opportuns.
Cette fois, son expérience lui conseille de rester dans le moment présent.
«Je joue vraiment du bon golf. J’ai la possibilité de me battre en ronde finale d’un championnat majeur, ce sera très plaisant. Il ne faut pas que je me projette dans l’avenir», a-t-il indiqué en entrevue avant de se rendre au champ de pratique durant une bonne heure.
Conners frustré
Le Canadien Corey Conners croyait pouvoir remonter au classement, surtout avec des vents plus calmes en début d’après-midi. Mais encore une fois, celui qui menait à l’issue de la première ronde n’a pu se mettre véritablement en marche.
Des verts de trois roulés sur deux des quatre normales 5 l’ont choqué. «Ils ont affecté ma cadence. Honnêtement, je suis frustré. J’étais en bonne position en début de journée et je pouvais ramener un score sous la normale, a indiqué l’Ontarien qui a signé une carte de 73 (+1) en perdant trois rangs. Il est présentement installé en 10e position.
«Je suis déçu, car je n’ai vu aucun roulé de qualité tomber dans la coupe», a ajouté celui qui s’est contenté de deux oiselets.
Fort d’expériences enrichissantes dans les grands tournois depuis l’automne, Conners ne baisse pas les bras. Son dossier de -1 le place à six coups du sommet. «Je peux encore grimper au tableau. Ce n’est pas terminé. Tout doit par contre cliquer en ronde finale.»
Belle histoire
Le vétéran de 42 ans Kevin Streelman a écrit l’une des belles histoires de la journée. N’ayant jamais passé près de remporter un tournoi majeur, l’Américain se trouve dans la meilleure position de sa carrière à ce championnat.
Sans tambour ni trompette, le golfeur aux deux conquêtes sur le circuit de la PGA a grimpé le tableau. Samedi, il a signé une carte de 70 (-2), sa deuxième de la semaine. Il se retrouve dans le top 5 avec sa fiche de -4.
«J’adore ce parcours. Je le vois du bon œil. Je m’y sens bien depuis que je suis arrivé lundi dernier.»
Cet après-midi [dimanche], il sera jumelé à Louis Oosthuizen dans l’avant-dernier groupe à prendre le départ. Peu importe le score, il sera satisfait.
«On ne peut rendre ce tournoi plus gros qu’il ne l’est, sinon on ne peut pas performer à ce niveau. Je ne sais pas comment ça se passera. Que je joue 65 ou 85, mes enfants me feront une accolade tout de même à la fin. Je fais de mon mieux et j’accepte les résultats.»
Cinq golfeurs se retrouvent à moins de quatre coups de la tête.
20 golfeurs ont joué sous la normale, samedi. La moyenne des scores fut d’ailleurs la plus basse du tournoi avec 73,03 coups. En deuxième ronde, elle s’élevait à 75,51 coups. Avec un 68 (-4), Jordan Spieth et Billy Horschel ont signé les meilleurs pointages de la journée.
Notes du PGA
L’une des nombreuses raisons expliquant les difficultés de Rory McIlroy sur l’Ocean Course cette semaine se trouve dans l’analyse de ses scores sur les normales 5. Plutôt que de gagner de précieux coups sur ses adversaires, il en perd. À ses trois rondes, il affiche un rendement cumulatif de +3. Quand il a remporté le tournoi sur ces allées en 2012, il y avait retranché 8 coups à la normale. «Je me suis mis hors position à quelques occasions depuis les tertres et cela m’a coûté cher. Il me reste encore un peu de travail à effectuer sur mes coups de départ. Je ne sens pas que ce segment de mon jeu est tout à fait à point. Ce parcours te fait mal quand tu ne livres pas tes meilleures performances. Cette semaine, c’est le cas depuis les tertres», a expliqué celui qui a signé une carte de 74 (+2), hier, et qui se retrouve avec une fiche de +5 au 51e rang.
Il faut s’attendre à une nouvelle bête dimanche alors que l’Ocean Course sera balayé par des vents provenant de l’ouest. Depuis jeudi, les vents de l’est et du nord-est dominaient. Ce changement compliquera le jeu dans le cœur du monstre. Du 6e au 13e, le vent soufflera de gauche à droite, rendant plus difficile le contrôle des trajectoires vers les cibles. «J’ai goûté à cette expérience en ronde d’entraînement. Du 10 au 13e, c’est brutal. Il faut vraiment choisir et exécuter le bon coup. Il ne faut pas croire que la séquence finale, du 14e au 18e, sera plus facile», a souligné Branden Grace.
Mère Nature s’invitera donc dans une conclusion de championnat s’annonçant époustouflante.
L’utilisation du télémètre n’est pas la plus courue même si elle est permise à ce Championnat de la PGA. À ses trois rondes, Jordan Spieth l’a utilisé une douzaine de fois. Il le fait surtout lorsqu’il est hors position. «C’est bien de l’avoir, car nous avons la distance exacte selon l’angle. Je ne crois pas toutefois que cette permission améliore la vitesse de jeu. Nous étions jusqu’à 156 golfeurs à jouer un parcours vraiment difficile et nous devons calculer des vents de 30 km/h. Peu importe ce dont tu disposes, le rythme sera lent. Nos livrets de distance sont complets. Nous avons toutes les informations nécessaires : des images, des cibles et des distances.»
Spieth a d’ailleurs profité d’une excellente journée pour faire un saut de 37 rangs au tableau grâce à une carte de 68 (-4). Il se trouve avec un dossier à égalité à la normale en 13e position. Son fer droit, pourtant son arme de prédilection, ne coopère pas depuis jeudi. Ce qui le prive d’un top 5 selon lui.
Bezuidenhout rescapé par la vie
La vie de Christiaan Bezuidenhout a basculé à l’âge de deux ans dans une rue de Delmas en Afrique du Sud. Petit bonhomme, il a mis la patte sur une bouteille de boisson gazeuse contenant plutôt du poison à rats. Un bon samaritain l’ayant vu boire une gorgée l’a transporté à l’hôpital en lui sauvant la vie. La ration avalée a toutefois causé des séquelles neurologiques qu’il traîne encore dimanche.
Non seulement a-t-elle changé sa vie, mais les dommages collatéraux ont aussi failli lui coûter sa carrière sur les allées.
Son histoire.
En affectant son système nerveux, le poison a causé des effets nocifs sur son développement à long terme.
Le gamin a très tôt éprouvé des problèmes d’élocution. Ceux-ci se sont aggravés et son bégaiement est devenu une intense source d’anxiété.
Si gêné et perdant toute confiance en parlant en public, il a décidé de consulter une psychologue à l’âge de 14 ans. Celle-ci lui a prescrit des bêtabloquants.
Ces médicaments, surtout utilisés pour traiter l’hypertension et l’insuffisance cardiaque, aident aussi à réduire les effets du stress chronique et de l’anxiété.
Sa médication lui permet enfin de retrouver sa confiance et de savourer la vie. Il ne passe plus en coup de vent dans les remises de trophées.
Cauchemars
Mais alors qu’il participe au Championnat amateur britannique à Royal Portrush en 2014, sa gorgée de poison le rattrape. Il est soumis à un test antidopage lors duquel il mentionne la prise de bêtabloquants.
Quelques semaines plus tard, il apprend que son test est positif à une substance interdite dans le monde du sport.
Selon le verdict, le Sud-Africain, qui a 20 ans à l’époque, est suspendu durant deux ans. Mais il défend son cas en brandissant son dossier médical. Sa médication ne lui permet pas d’améliorer ses performances.
Sa sentence est réduite à neuf mois. Il arrête aussitôt la prise de ses médicaments et tombe chez les pros l’année suivante.
Surtout actif sur le circuit européen, Bezuidenhout savoure sa première victoire au Masters d’Andalousie, en Espagne, à la fin de juin 2019.
Ce premier sacre lui donne un billet de l’Omnium britannique disputé à... Royal Portrush ! Dans une aventure émotive là où il avait vécu des cauchemars cinq ans plus tôt, il rate les rondes du week-end.
En quête d’une carte
Jusqu’à ce que la pandémie frappe en 2020, il avait ajouté une autre victoire sur le circuit européen, lui permettant de percer le top 50 mondial.
À la reprise du jeu, il décide d’évoluer sur le circuit de la PGA, où il parvient à résister à six couperets à ses neuf départs. Il termine d’ailleurs à trois occasions dans le top 30. Il réserve sa meilleure performance, une 20e place, au Championnat du monde de golf FedEx à Memphis en août dernier.
Grâce à son rendement, il a mérité des invitations à l’Omnium américain de septembre et à l’unique édition automnale du Masters en novembre, où il a pris le 38e rang.
Mais il n’obtient pas suffisamment de points pour mériter sa carte du circuit de la PGA en prévision de la saison 2021.
Depuis le début de la présente campagne, Bezuidenhout, 41e au classement mondial, profite de l’exemption réservée aux golfeurs du top 50. Fort d’un top 10 à l’Invitation Arnorld Palmer en mars, il est engagé dans une course contre la montre alors qu’il ne lui reste que cinq événements à disputer selon son statut.
Dans le top 5 à l’issue des deux premières rondes de ce Championnat de la PGA d’Amérique, une excellente performance lui permettrait d’empocher sa carte permanente.