Championnat de la PGA: longue route diabolique

François-David Rouleau
Partager
Jamais un tournoi du Grand Chelem n’a été disputé sur un parcours aussi long que celui du Ocean Course de Kiawah Island. Le Championnat de la PGA d’Amérique prendra son envol, vendredi, sur l’un des plus diaboliques parcours de l’architecte Pete Dye. Une création s’étendant sur 8876 verges et longeant l’Atlantique.
Ces chiffres attirent l’œil en consultant la carte du magnifique parcours de la Caroline du Sud. Surtout les 4061 verges du retour. Depuis l’édition 2012 du Championnat de la PGA d’Amérique remportée avec éclat par Rory McIlroy, l’Ocean Course est plus long de 200 verges.
• À lire aussi: Coupe Ryder : Steve Stricker veut que Tiger soit à ses côtés
• À lire aussi: La Corée du Sud continue de régner au tournoi AT&T Byron Nelson
Parmi les hôtes des quatre tournois du Grand Chelem, il devance par 31 verges Erin Hills, lieu de l’Omnium américain de 2017, qui trônait jusqu’ici au sommet des plus longs parcours. L’Augusta National ne s’y approche même pas à 7475 verges alors que le plus long terrain disputé à l’Omnium britannique est celui de Carnoustie en 2007 avec ses 7421 verges.
Longeant la côte de l’océan Atlantique, l’Ocean Course est un parcours de type links exposé aux éléments de mère Nature. La «brise» soufflant dans toutes les directions, les golfeurs font face à un éventail de possibilités, tant dans le choix du bâton à utiliser que dans le type de coup à exécuter. Les vents peuvent exiger jusqu’à huit bâtons de différence ! Il est donc impératif de contrôler les distances de 150 à 220 verges à l’approche des verts.
«Ce parcours s’apparente davantage à une configuration typique du US Open, a comparé avec franchise Tony Finau après sa première ronde d’entraînement. J’ai goûté à l’expérience extrême en le jouant à sa distance maximale. Les longs trous sont nombreux, surtout avec les vents de face posant problème. C’est très difficile.»
Long cogneur, Finau n’est pas habitué à frapper de longs fers pour atteindre les verts en coups réguliers. Il a trouvé chaussure à son pied à Kiawah Island en sortant de son sac des fers 3, 4 et 5 à profusion.
«J’ai pu ainsi avoir droit à un avant-goût de ce qui m’attend cette semaine», a souligné le 14e joueur mondial. Il avait pris le quatrième rang de l’édition 2020 du Championnat de la PGA d’Amérique au TPC Harding Park à San Francisco.
Différentes options
Le comité de compétition a laissé savoir qu’il configurera le parcours selon les conditions. Il modifiera, entre autres, l’emplacement des jalons de départ afin de le raccourcir un tantinet...
«J’espère que ce sera le cas, car du 14e au 18e, je n’ai pu jouer plus court qu’un fer 5 pour atteindre un fanion, a signalé Jon Rahm. Je ne suis pas un petit cogneur. Pour notre santé mentale, il faut pouvoir jouer des tertres avant à quelques endroits.» La distance n’est pas l’unique défi de cette diabolique conception exigeant précision et créativité. Les effets visuels et les illusions d’optique obligent les golfeurs à constamment se remettre en question, surtout en ajoutant les vents dans l’équation.
«Avec des cibles étroites et des conditions venteuses dans un endroit semblable, il faut avoir une idée claire de la stratégie à appliquer, a ajouté Rahm. Il faut être pleinement engagé dans son coup. Il faut avoir confiance en ses options, sinon c’est impossible d’afficher un bon score sur ce parcours.»
«Les options sont nombreuses. Il faut en choisir une, l’appliquer et l’exécuter aussi bien que possible.»
Finale exigeante
La poussée finale débute dès le tertre du 14e fanion, une longue normale 3. Souvent exposés aux vents contraires, les cinq trous sont aussi exigeants qu’éreintants.
Après la longue normale 5 de 608 verges représentant la dernière excellente occasion d’oiselet si elle est négociée avec brio, les golfeurs sont confrontés à une terrible normale 3 de 223 verges où l’eau menace tous les coups mal calculés.
«C’est un trou extrêmement difficile. J’y ai frappé un fer 2 depuis le tertre à l’entraînement, a précisé Rahm. Quand c’est ton bâton dans le vent sur 230 verges en survolant une étendue d’eau vers une cible étroite, ce n’est vraiment pas évident. Malgré son exigence, c’est un trou magnifique.»
C’est la beauté des créations des Dye. Aussi ardues et complexes soient-elles, elles amènent les golfeurs à repousser leurs limites dans l’inconfort. Elles ne déçoivent jamais. Elles ont ce don de virer un parcours de rêve en véritable cauchemar.