Crédit : Jasen Vinlove-USA TODAY Sports

Patrice Bernier

Cinq changements, en a-t-on vraiment besoin?

Cinq changements, en a-t-on vraiment besoin?

Patrice Bernier

Publié 12 mai
Mis à jour 12 mai

Le CF Montréal traverse son premier vrai moment d’adversité en 2021 alors qu’il se prépare à affronter l’Inter Miami dans un match de milieu de semaine. 

Parce que la troupe de l’entraîneur Wilfried Nancy sort de son premier revers de la saison, 2-0 contre les Whitecaps de Vancouver, et maintenant il faut rebondir et faire preuve de résilience. 

Je sais que plusieurs ont regardé le match en se disant que l’équipe était peut-être moins bien, mais il ne faut pas s’alarmer de cette défaite. Qui plus est, il y a quand même quelques points positifs à en retenir. 

D’abord, l’équipe a continué de tenter un grand nombre de tirs, ce qui démontre qu’on avait encore une envie d’aller marquer. Le club se trouve d’ailleurs au sixième rang dans la MLS pour le nombre de tirs tentés (57). 

Le hic, c’est que ces tirs ne sont pas cadrés assez souvent. Les Montréalais sont 23e avec 16 tirs dans cette catégorie à l’échelle de la ligue, alors que seulement 28 % de leurs tirs sont à l’intérieur du cadre. Ça veut dire qu’on tire beaucoup, mais qu’on force rarement le gardien adverse à intervenir. Les équipes plus performantes offensivement et au chapitre des tirs cadrés : Seattle 46% (10 buts), San José 52% (10 buts), NYCFC 38% (9 buts), LA Galaxy 44% (8 buts).

Bref, le CF Montréal n’a pas marqué à ses deux derniers matchs, mais ce n’était pas faute d’attaquer. Il faut s’ajuster au chapitre du réflexe devant le but, avoir plus de sang-froid, et aussi avoir une meilleure prise de décision, quitte à parfois choisir de mettre un coéquipier dans une meilleure position. 

Trop de changements?

Depuis la saison 2020, les entraîneurs de la MLS (et de quelques autres ligues ailleurs dans le monde) ont la possibilité d’effectuer cinq changements en cours de match au lieu de trois. 

Vu la pandémie, l’enchaînement des matchs, la préparation quelquefois plus compliquée des joueurs, on pouvait comprendre cette décision qui protégeait les athlètes et leur santé. 

Mais on a maintenu cette mesure et on l’utilise désormais dans un contexte qui a changé, alors que le calendrier est moins chargé (en MLS) et que les clubs disposent d’une plus grande stabilité dans leur préparation. 

Pour les entraîneurs, ça reste un outil supplémentaire et ça peut jouer sur les stratégies employées. On peut rafraîchir nos joueurs et davantage modifier la formation à notre guise, alors que dans le passé, un carton rouge ou une blessure pouvait faire déraper les choses. 

Mais ici, je me replace dans mes anciens souliers de joueur. Je me demande si les joueurs modernes, avec ces cinq changements, doivent s’habituer à jouer 60 minutes même si on les a préparés pour 90. Parce que maintenant, on peut pratiquement changer la moitié de l’équipe, considérant que les changements de gardien demeurent très rares. 

Prenons l’exemple de Romell Quioto, sorti avant l’heure de jeu samedi dernier. 

Contre Vancouver, le Hondurien avait fait une bonne prestation en première mi-temps. Quelques tirs tentés, une belle occasion créée pour Bjorn Johnsen. Il était dans un bon élan et ça s’est poursuivi au début de la deuxième demie. Le CF Montréal donnait de bons signes de vie dans son désir de marquer. 

Puis, à la 58e minute, un changement est fait. Un triple changement en fait, et les deux attaquants, ce qui inclut Quioto, sortent. 

Pour un joueur comme lui, qui a été le meilleur marqueur l’an dernier et qui jouait plutôt bien dans le match en cours, qui est dans un bon état de confiance et développait un rythme lui permettant de croire qu’il allait marquer plus tard, était-il nécessaire de le retirer de la rencontre? 

Oui, c’est bien les cinq changements... mais est-ce que c’est trop? 

Je suis plutôt d’avis que quatre changements, ce serait l’idéal. Parfois, à trois changements, avec les contretemps qu’on peut rencontrer dans un match, c’est un peu limite. 

Quatre me semble être juste ce qu’il faut. Et en faisant quelques calculs, on réalise que depuis le début de la saison, les entraîneurs font environ quatre changements (3.97), en moyenne, par partie. 

Très peu d’équipes utilisent leurs cinq changements régulièrement, donc, outre Austin et Toronto. 

Bref, je me méfie un peu des impacts que ces changements répétitifs peuvent avoir sur la confiance de certains joueurs. Certes, il n’y a pas, au CF Montréal, de marqueur vedette comme Chicharito, Raul Ruidiaz ou Nani, mais l’entraîneur doit néanmoins faire attention au message qu’il envoie à un joueur offensif qu’il sort régulièrement à la 60e minute. Parce que certains joueurs développent graduellement leur confiance et peuvent être décisifs plus tard dans le match. 

Ce n’est pas une critique à l’endroit de Wilfried Nancy autant qu’un message envoyé à l’ensemble des entraîneurs. Dans un match, il y a un rythme et il y a aussi des signes, chez un joueur, qui indiquent que le but va venir. Parfois, on se précipite trop à faire des changements.