Crédit : JdeM

Canadiens de Montréal

La fois où personne chez le CH n'a reconnu Chris Nilan

Publié | Mis à jour

Un des plus beaux souvenirs de Chris Nilan, légendaire dur à cuire des Canadiens de Montréal, est sa première rencontre avec Gilles Lupien, Guy Lafleur et Jacques Lemaire. 

C’était il y a 42 ans. Presque jour pour jour.   

Mai 1979. Au deuxième tour des séries éliminatoires de la Coupe Stanley, un an après que l’organisation l’ait sélectionné au 19e tour de l’encan amateur, le pugiliste bostonien issu du quartier West Roxbury s’est présenté au Garden de Boston après un entraînement matinal du Tricolore. Il s’est faufilé dans le corridor menant à la chambre des visiteurs dans le but de dénicher des billets pour assister à la rencontre en soirée. 

Seul problème, personne ne savait qui il était!

Ni l’instructeur adjoint, Claude Ruel, ni le directeur administratif, Howard Grundman, n’ont reconnu l’ailier robuste de l’Université Northeastern, repêché au 231e rang au total un an plus tôt.

«J’ai dit "vous m’avez repêché l’année dernière et j’aimerais avoir deux billets pour ce soir". Grundman a feuilleté son livre jusqu’aux dernières pages pour valider mon identité. Il m’a dit "Ok, Nilan. Les billets seront disponibles ce soir"», de raconter au TVASports.ca l’animateur de l’émission Off The Cuff, à la radio TSN 690. 

En soirée, Nilan s’est présenté à l’amphithéâtre des Bruins pimpant et arborant une permanente aussi imposante que son crochet droit, a-t-on idée. Et quelle fut sa surprise lorsqu’il s’est présenté à la billetterie : son nom ne figurait pas dans le registre.

«J’ai été obligé de payer plus de 200$ (valeur estimée à 750$ de nos jours) et je n’avais pas l’argent pour ces damnés billets-là! J’ai dû débourser le montant sur une carte de crédit», se rappelle-t-il.

Si Nilan n’a pas réussi à obtenir un laissez-passer, il a toutefois tiré profit d’une rencontre impromptue avec Lupien, Lafleur et Lemaire.

Revenons aux heures qui ont précédé la tenue de ce duel de mai 1979. Lorsque Nilan a quitté le Garden avec son ami en pensant qu’une paire de billets l’attendrait le soir même, il a aperçu les trois vétérans attendre un taxi près du stationnement.

Crédit photo : Archives JdeM

Au volant d’une spacieuse Ford Thunderbird 1978, ils ont offert de reconduire le trio à l’hôtel.

«On avait l’air de deux gangsters, de rigoler Nilan. Ils se sont regardés un instant. Lupie était assis entre Lemaire et Lafleur, qui se sentaient en sécurité avec lui.»

«Lafleur nous a demandé s’il pouvait s’allumer une cigarette et on a commencé à parler de la série contre Boston. Je me suis tourné vers Lemaire et je lui ai dit "eh! Je vais jouer avec vous un jour". Lupien m’a répondu "ah oui? Comment tu penses faire ça"? J’ai dit "vous m’avez repêché"!

«Lemaire m’a demandé "ah oui? Quel tour au repêchage"? J’ai dit au 19e. Les trois ont éclaté de rire. C’était le plus gros fou rire que vous pouvez imaginer!»

Le kid de Boston    

L’automne suivant, Nilan s’est pointé au camp du club. À son arrivée dans le vestiaire, Lafleur l’observait curieusement.

«Il n’arrêtait pas de me fixer. Tout à coup, il m’a dit ‘tabarn**c! T’es le kid de Boston"!»

Sur la glace, le nouveau numéro 30 a pris sa place pendant une mise au jeu. C’était quelques semaines avant que Lupien ne passe aux Penguins de Pittsburgh.

«J’étais face à Lupie. Il m’a lancé un regard comme si j’allais devoir me battre contre lui - et je l’avais déjà vu se battre! -, puis il me crie "tabar**c! C’est le kid de Boston"! Il a éclaté de rire. Ça m’a détendu.»

Crédit photo : JdeM

Enfin, au cours d’un autre entraînement, Lemaire a rendu visite à ses anciens coéquipiers entre deux séjours à Sierre, en Suisse, où il a entamé sa carrière d’entraîneur. Il a fait brin de causette avec Lupien et Larry Robinson.

«Il a leur a demandé "c’est qui le kid Nilan, qui se bat tout le temps"? Larry m’a présenté et il a eu la même réaction!»

Âgé de 63 ans, l’ailier de 6 pieds et 205 livres a disputé son dernier match dans la LNH avec le CH après des passages à New York et Boston. Le directeur général de l’époque, Serge Savard, l’a réclamé au ballottage en 1992 afin qu’il puisse mettre un terme à sa carrière là où tout a commencé.

Même s’il s’oppose désormais aux bagarres dans le sport, il n’éprouve aucun remords pour toutes les fois où il a défendu un coéquipier.

«Ce n’était pas fait pour tout le monde, le rôle de policier. Moi, j’ai adoré», conclut celui qui a établi un record de concession avec un total 2670 minutes de punitions avec le CH.

Crédit photo : JdeM