Crédit : Martin Chevalier / JdeM

Club de foot Montréal

Le CF Montréal en perspective

Le CF Montréal en perspective

Fréderic Lord

Publié 14 avril
Mis à jour 14 avril

Le commentaire sportif ne souffre pas la nuance. Pas toujours en tout cas.

Les analystes du site officiel de la MLS en ont encore fait la preuve cette semaine en désignant le CF Montréal comme la pire équipe du circuit en ce début d’année. Avant même que la saison ne s’ébranle, on condamne donc l’équipe montréalaise même si elle a réussi à se qualifier pour les séries éliminatoires l’an dernier... ce que neuf autres clubs n’ont pas été en mesure de faire.  

Parce que nous sommes sur les interwebs, gardons les choses simples (sic) pour le néophyte qui ne s’y retrouve plus: le CF Montréal est-il meilleur que l’an dernier?

Réponse tout aussi simple : personne ne sait. Mais serait-il raisonnable (nuancé?) de prétendre que l’édition 2021 n’est pas moins bonne que celle de la saison précédente?

Pourquoi? Parce qu’elle est mieux agencée. Parce que le casting est bien meilleur. Au lieu d’une équipe dépareillée, on voit une équipe où les rôles sont mieux définis, plus clairs et qui s’inscrit dans une philosophie plus conséquente.

Des exemples? Rappelez-vous que Thierry Henry tentait l’an dernier de faire entrer un carré dans un rond en envoyant Bojan en « faux neuf » dès le premier match de Ligue des champions. Quand tu tâtonnes pour trouver une place à ton meilleur joueur offensif, c’est mal parti.

Ensuite, certaines performances individuelles seront moins souffrantes pour les partisans parce qu’elles surviendront dans un contexte plus clair. Les choix et le chemin que désire emprunter le directeur sportif Olivier Renard et plus clair et plus conséquent, ça rend, à mon avis, le tout plus intéressant.

Un exemple? Jorge Corrales n’offrait pas beaucoup de satisfaction sur la gauche de la défense l’an dernier. Je ne peux garantir que Mustafa Kizza ou Zorhan Bassong offriront un meilleur rendement que l’international cubain, mais ils susciteront assurément plus d’espoir pour les années à venir. Et l’espoir, particulièrement en ces temps pandémiques, est une denrée qui vaut son pesant d’or.

Le handicap canadien  

Oui, les analystes de la MLS sont bluffés par le départ de Thierry Henry. Cet écran de fumée inhibe assurément leur réflexion. Parce qu’en abordant la nouvelle saison, il faut trouver un moyen d’apprécier, voire de quantifier la situation particulière des clubs canadiens.

Montréal, comme Toronto et Vancouver devront délocaliser leur pratique aux États-Unis pour un minimum de deux mois cette saison. Dans un circuit où l’avantage du terrain est des plus prononcé, il est essentiel de tenir compte des circonstances dans l’élaboration de nos pronostics.

L’an dernier, des trois équipes canadiennes du circuit Garber, Montréal est l’équipe qui a le plus souffert de ce déracinement. Mauvaise gestion? Circonstances différentes? Calendrier plus difficile?

Raisonnablement, combien de points Montréal a-t-elle perdus l’an dernier parce qu’elle jouait ses matchs au Red Bull Arena.

Tentons une hypothèse: l’Impact version 2020 a terminé la saison avec une fiche à domicile de 3-6-1 pur un pourcentage de victoire de 35%.

En prenant, de façon arbitraire, la moyenne des trois saisons précédentes au Stade Saputo (un très moyen 59%), le Bleu-Blanc-Noir a enregistré une baisse de 24% de pourcentage sur sa fiche à domicile.

Si l’Impact avait maintenu sa moyenne des trois saisons précédentes, il aurait très bien pu enregistrer une fiche de 5-3-2, soit deux victoires et un match nul de plus... sept points de plus qui lui auraient conféré le sixième rang au classement de l’Est plutôt que le neuvième.

Est-il raisonnable de penser que les hommes d'Henry auraient pu maintenir une fiche semblable à celles de Miami (5-2-2) et Chicago (4-2-3) qui ont tous deux terminé derrière au classement?

Et ça, dans l’analyse, ça compte? Ce ne sont que des suppositions, mais ce n’est pas là la nature même de la prédiction sportive?