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Crédit : AFP

LNH

Patrice Bergeron dans la légende

Patrice Bergeron dans la légende

Renaud Lavoie

Publié 08 janvier
Mis à jour 08 janvier

La légende de Patrice Bergeron dans la LNH a commencé le 18 septembre 2003 à Montréal. Ce soir-là, il disputait son premier match préparatoire avec les Bruins de Boston et après la rencontre, il devait rejoindre son équipe au niveau junior, soit le Titan de l'Acadie-Bathurst. Il a rapidement changé les plans des dirigeants de l’équipe. Après avoir connu trois solides périodes de jeu, il a marqué le seul but du match pour permettre aux Bruins de l’emporter à la 74e seconde de la prolongation.

Le reste fait maintenant partie de l’histoire.

Un capitaine dans l'âme 

Les Bruins ont annoncé jeudi que Bergeron devenait le 20e capitaine de la formation. Évidemment, ce n’était pas une surprise pour personne, alors que Zdeno Chara est maintenant avec les Capitals de Washington.

Reste que cette nomination n’est pas banale. On parle d’un joueur qui a longtemps été sous-évalué (il a été repêché au 45e rang en 2003) et pourtant, il a été en mesure de devenir un des meilleurs joueurs sur 200 pieds de l’histoire de la LNH, comme le démontre ses cinq trophées Selke. 

Kent Hughes est son agent depuis qu’il jouait avec les Gouverneurs de la Rive-Nord dans le Midget AAA. Je lui ai demandé s’il a rapidement su que Bergeron n’était pas un hockeyeur comme les autres.

«Il y avait des joueurs plus en vue dans son équipe Midget, comme Steve Bernier et Marc-Antoine Pouliot qui avaient été repêchés très rapidement dans la LHJMQ, souligne-t-il en entrevue téléphonique. Patrice a été choisi en cinquième ronde par Bathurst. Reste que rapidement j’ai su qu’il avait quelque chose de spécial qui est difficile d’exprimer avec des mots précis. La meilleure façon de le dire, c’est que sa façon de penser, sa sagesse et sa passion pour son sport étaient avancées. Très jeune, il savait ce qu’il devait faire pour performer à un très haut niveau.»

Une maturité hors de l'ordinaire 

Hughes réside dans la région de Boston et évidemment il a passé beaucoup de temps avec Patrice lorsqu’il a fait ses débuts avec les Bruins. Souvent, Bergeron venait souper chez lui le dimanche. L’épouse de Kent, Deanna, a rapidement compris que le joueur originaire de L’Ancienne Lorette n’était pas comme les autres jeunes de 18 ans.

«Ça faisait environ six mois que Patrice venait faire son tour à la maison et Deanna m’a dit que si nos enfants allaient devenir matures comme lui, on allait danser dans la rue. C’est évident que ses parents l’ont élevé de la bonne façon et il a une âme mature.»

Je le répète, Bergeron est souvent l’exemple parfait de ce qu’il faut faire lorsque vous êtes un athlète professionnel. Il est une personne qui tient à sa vie privée et qui évite les distractions au plus au point.

«Ce n’est pas parce qu’il tient à sa vie privée que ses coéquipiers ne le connaissent pas bien, au contraire, souligne Hughes. Il a aussi une façon de percevoir que les choses ne vont pas nécessairement bien chez les gens. Je vais te donner l’exemple de Gemel Smith qui avait été réclamé au ballottage (saison 2018-2019) par les Bruins, lui qui jouait à Dallas. Patrice a remarqué que Gemel n’allait pas bien et l’a invité à jaser. Gemel lui a dit que tout était correct, mais Patrice l’a relancé et finalement ils ont eu une bonne discussion. C’est exactement le genre de personne que Patrice est. Il sait qu’il est un privilégié et il a grandi en appréciant les autres.»

L’autre bon exemple est survenu lorsque Bergeron a subi une sévère commotion cérébrale en 2007. Malgré ses réels problèmes, Bergeron a insisté à visiter les enfants qu’il invitait à chaque rencontre des Bruins, lui qui a une loge au TD Garden depuis qu’il a signé son deuxième contrat avec l’équipe.

«J’ai dit à Patrice qu’il n’avait pas à rencontrer les jeunes dans sa condition physique et qu’on allait s’arranger pour que d’autres joueurs leur rendent visite. Il a refusé et même insisté parce qu’il ne voulait pas les laisser tomber. Il m’a expliqué que de voir ces jeunes défavorisés ou malades lui permettait de mettre les choses dans sa vie en perspective.»

Une comparaison qui dit tout 

Bergeron a laissé parler son talent sur la glace et n’a jamais eu à se mettre en valeur publiquement pour recevoir les accolades. Ce n’est pas le plus grand athlète de l’histoire de la LNH, mais son impact se fait sentir à tous les niveaux chez les Bruins et son agent le compare d’une certaine façon à un des grands de la NFL.

«C’est un peu comme Tom Brady lorsqu’on y pense, dit Hughes. C’est son désir de vaincre, son leadership, son intelligence au jeu qui font la différence en bout de ligne.»

C’est effectivement le cas. On parle d’athlètes qui travaillent sans arrêt pour devenir meilleur. Peu importe leur âge. Et c’est comme ça depuis le tout début. Mais il est aussi important que les choses se passent de la bonne façon hors-glace pour s’assurer que les choses se passent bien sur la glace.

«J’avais dit à Patrice que j’allais lui obtenir une entente importante à son deuxième contrat. Il jouait tellement bien que je voulais une entente de cinq ans qui allait lui rapporter 5 millions de dollars par saison, ce qui n’était pas commun à l’époque. Durant l’été, Patrice m’a contacté pour me dire qu’il fallait régler rapidement avec les Bruins. Je lui ai dit d’être patient et que ce que je lui avais promis allait probablement se signer en septembre. Il a insisté pour que ça se règle plus tôt et c’est ce que j’ai fait (entente de cinq ans et 24 millions $) en accélérant le processus. Sa mère (Sylvie) m’a appelé par la suite et m’a remercié d’avoir écouté son fils, sachant que ce n’était pas évident. Elle a rajouté que Patrice avait un besoin urgent de retrouver sa bulle qui lui permet de connaître du succès et qu’il devait se concentrer uniquement sur le hockey. C’est pourquoi il ne pouvait plus attendre.»

Une bulle qui n’est pas hermétique, mais qui permet à Patrice Bergeron d’être encore au sommet, et ce, à 35 ans.