Crédit : Photo Agence QMI, Joël Lemay

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La tête haute

Publié | Mis à jour

Au moment d’écrire sa biographie, j’allais proposer comme titre: «La tête haute». Clin d’œil à une magnifique chanson des Cowboys Fringants, on y voyait plusieurs significations reliées à sa grandeur, son attitude au baseball, dans la vie et face à la maladie... Aujourd’hui, mon ami Derek est au ciel et ce titre prend tout son sens.

Quand cet homme au grand cœur m’a fait confiance pour ce projet de livre, j’ai été porté par une mission: offrir à son fils Dawson et à sa femme Isabelle le plus bel héritage possible. Si la nouvelle de sa mort m’affecte personnellement, mes pensées sont d’abord dirigées vers eux, mais aussi vers le reste de sa famille et ses nombreux amis.  

Derek avait un don, celui que les gens autour de lui se sentent toujours mieux après qu’avant de l’avoir rencontré. Il aimait faire rire et c’est de lui rendre hommage de ponctuer cette chronique d’une anecdote qui vous fera sourire en pensant à lui. C’est ce qu’il souhaiterait, vous voir sourire...

Pour conclure le livre «La tête haute», Derek avait eu comme idée d’insérer une liste de 60 personnes comprenant une courte explication résumant pourquoi chacune d’entre elles avaient été spéciales dans sa vie. Rapidement, après avoir commencé sa liste, il m’a rappelé pour me dire qu’il y en aurait finalement 66, comme le numéro qu’il a fièrement porté avec les Expos de Montréal.

Le lendemain, en ouvrant un courriel de sa part, je constate qu’il m’a envoyé une liste d’environ 200 noms, mais sans les explications, pour le moment. Comme auteur, je m’interroge un peu, je scrute rapidement la liste, puis je l’appelle.

- «Allo Derek! Il me semble que tu m’avais dit 66...»

- «C’est trop difficile, Ben! Il y a tellement de gens que je veux remercier et qui ont été importantes dans ma vie.»

- «Mais à 200 noms, Derek, j’aurais pensé en faire partie.»

- «C’est parce que je ne suis pas encore rendu à la lettre “R” dans les noms de famille.»

C’était ça, Derek Aucoin! Il voulait faire plaisir à tout le monde autour de lui et il souhaitait oublier personne dans sa biographie. Vivre, c’est donner et quand tu donnes, tu reçois, répétait-il.

Dans les dernières semaines, Derek a pris soin de m’appeler une dernière fois parce que, m’a-t-il dit, je faisais partie de l’équipe. Vous dire à quel point il m’a fait du bien.

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J’ai été privilégié de l’avoir si bien connu. Comme auteur, il m’appelait son «catcher». En me racontant sa vie, Derek me servait sa rapide, sa courbe, son changement de vitesse. Laissez-moi vous dire qu’il possédait tout un arsenal au moment de «garocher» ses histoires!

«Merci d’avoir accepté de t’accroupir!», m’a-t-il notamment écrit dans une dédicace personnalisée que je conserve précieusement.

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Ce cancer du cerveau, le glioblastome multiforme, est le même qui a emporté Gary Carter en 2012. Je me plais à croire que les deux hommes se retrouveront là-haut et qu’ils pourront échanger quelques lancers, quelques histoires.

En 1997, au camp d’entraînement des Expos en Floride, Derek avait d’ailleurs eu l’occasion de partager de beaux moments avec le «Kid», qui était là à titre d’entraîneur invité... Il y a surtout eu ce jour où Carter avait accepté de prendre position comme receveur au monticule d’exercice pour capter les tirs du Québécois.

Jusqu’à son dernier souffle, Derek a dit que le baseball n’a cessé de lui faire des cadeaux. Il se considérait encore, malgré la maladie, comme l’homme le plus chanceux au monde, pensant d’abord et avant tout à sa famille.

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J’ai vu Derek une dernière fois, le mardi 15 décembre, lors de la remise de la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec. Avant de me rendre à son domicile de Terrebonne, ce matin-là, j’ai pris rendez-vous avec l’artiste-peintre Madosa pour apporter une toile destinée à la famille Aucoin. On voulait que Derek voie l'oeuvre avant de partir...

«Non seulement as-tu pu recréer le regard sincère, bon et vrai de Derek à travers ton œuvre, mais tu nous offres à tous la possibilité de le vivre à chaque moment où nos regards croiseront cette peinture, a écrit sa femme Isabelle, en remerciant l’artiste au nom de leur fils Dawson également. Elle aura une place bien spéciale dans notre maison.»

Dans le cas de Derek Aucoin, il aura toujours une place spéciale dans le cœur de plusieurs, dont le mien. Je pourrais facilement dresser une liste d’au moins 200 noms, avant même la lettre R... Pour avoir partagé le terrain avec toi, cher Derek, reconnaissance et gratitude.