Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Canadiens de Montréal

CH: sous le radar, mais si près de la LNH

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Alexander Romanov. Mattias Norlinder. Kaiden Guhle. Ces trois jeunes défenseurs nourrissent l’espoir à Montréal. Il y en a un autre qui passe un peu sous le radar, mais qui sera bientôt prêt à jouer dans la Ligue nationale de hockey, s’il ne l’est pas déjà : Jordan Harris.

Choix de troisième tour (71e au total) en 2018, l’Américain de 20 ans a amorcé, la fin de semaine dernière, sa troisième année dans la NCAA avec l’Université Northeastern. Ses cinq points, dont deux buts, en deux matchs lui ont valu le titre de joueur de la semaine dans la division «Hockey East».    

Si le début de saison d’Harris est un avant-goût de ce qu’il nous réserve, il faudra le considérer comme un candidat sérieux au trophée Hobey Baker remis au joueur par excellence du circuit collégial américain. 

C’est un Montréalais, Jim Madigan, qui est en charge du développement d’Harris à titre d’entraîneur-chef des Huskies de Northeastern. Appelé à commenter les récentes performances de son poulain, l'homme de hockey s’empresse de faire une mise au point : les statistiques offensives à elles seules ne peuvent mesurer l’importance du jeune défenseur au sein de son équipe. 

«Tout le monde est obnubilé par les points, mais si tu regardes son match au complet, il était très bon en défensive, il bougeait rapidement la rondelle, il patinait bien. Il était solide», mentionne l'homme de hockey au TVASports.ca.  

Décidément, on n’a plus affaire à l'adolescent qui sortait de l’école secondaire et faisait ses débuts dans la NCAA en 2018. Harris s’affirme sur la patinoire. 

«Son jeu a franchi un autre niveau, soutient Madigan. Quand quelqu’un joue avec beaucoup de confiance, c’est perceptible sur la glace. Il joue avec beaucoup d’assurance depuis le début du calendrier préparatoire au mois de septembre.» 

Un fruit très mûr   

L’athlète de 5 pi 11 po et 185 lb risque de s’adapter très rapidement aux rigueurs du hockey professionnel lorsqu’il signera son contrat d’entrée avec les Canadiens - à moins, bien sûr, qu’il ne décide de disputer une quatrième saison dans la NCAA pour ensuite devenir joueur autonome. 

«Il est très mature, très calme et posé, explique son entraîneur. Jamais trop haut, jamais trop bas. Il est juste pareil, tout le temps. Je ne crois pas qu’il aura besoin de beaucoup de perfectionnement dans la Ligue américaine. Son coup de patin est déjà digne de la LNH. Il comprend comment jouer.» 

«Il sera prêt. On a eu deux défenseurs à Northeastern qui on rapidement fait le saut, Josh Manson et Matt Benning. Je vois une progression semblable du côté d’Harris.» 

Le CH a toutefois un beau problème : son bassin d’espoirs regorge de défenseurs de qualité qui lutteront éventuellement pour un poste avec le grand club. Madigan connaît très bien la situation de l’équipe. 

«Quand Manson et Benning ont signé leur contrat, leur organisation avait besoin de défenseurs. Ce ne sera peut-être pas le cas pour les Canadiens. Il y a Romanov, Guhle, Norlinder... et Victor Mete qui est encore un jeune joueur. Peut-être qu’ils devront échanger un espoir en défense en retour d’un espoir à l’attaque», suggère-t-il. 

«Puck mover»   

Si Harris paraît bien outillé pour tenir son bout chez les professionnels, il ne faut pas entretenir des attentes démesurées par rapport à son potentiel offensif. 

N’empêche, il pourrait s’avérer un joueur fort utile dans un rôle de troisième ou quatrième défenseur pouvant être déployé sur la deuxième vague de l’avantage numérique.

Dans le jargon hockey, Harris est un «puck mover», le type de défenseur moderne qui exerce une influence très positive sur le jeu de transition. 

Avant de devenir le pilote des Huskies de Northeastern, Jim Madigan a été recruteur pendant 18 ans avec les Islanders de New York et les Penguins de Pittsburgh. Il a gentiment accepté de revenir à ses anciennes amours et de fournir un rapport détaillé du jeu de son élève. 

«Excellent patineur, un coup de patin de calibre LNH, commence l’entraîneur d’Harris, qui prend l’exercice au sérieux en communiquant comme les experts le font dans le milieu du recrutement. Ce que ça veut dire : agilité, vivacité et rapidité remarquables. Joueur intelligent. Joueur qui bouge la rondelle. Très bon en défensive. Défend avec vitesse. Bonne utilisation du bâton. Et un jeune qui est dur.»   

«Quand je dis ça, je ne veux pas dire qu’il punit les joueurs adverses. Harris joue dur en séparant l’attaquant de la rondelle très rapidement.» 

«Il est alerte dans son positionnement. Dans la NCAA, il prend plus de chances à l’attaque, car il peut le faire. Au plus haut niveau, il sera un défenseur qui bouge la rondelle et peut appuyer une poussée offensive – il ne sera pas nécessairement celui qui l’orchestre. Et il peut lancer des rondelles à travers le trafic.» 

À plusieurs égards, le profil d’Harris est semblable à celui de Brian Dumoulin, un défenseur extrêmement important au sein des Penguins de Pittsburgh. 

«À l’instar d’Harris, il n’est pas spectaculaire, mais c’est un très bon patineur, souligne Madigan. Il est élancé, plus grand que Jordan (6 pi 4 po). Mais il bouge la rondelle, il est intelligent. Il a joué dans la NCAA, alors je suis familier avec son jeu. Dumoulin n’est pas très robuste par contre, alors qu'Harris l’est, lui, même s’il ne punit pas les gens. Il est peut-être un peu plus physique que Dumoulin.» 

Leader silencieux       

Début mars, le directeur général des Canadiens, Marc Bergevin, donnait les grandes lignes de son plan aux médias à Boca Raton. Celui-ci contenait quatre éléments, le premier étant «attitude/leadership». 

Ce n’est pas un secret, le CH mise beaucoup sur le caractère et cela se reflète dans le recrutement de ses joueurs, tant au niveau professionnel qu’amateur. 

Lorsqu’on s’intéresse de près à la personnalité de Jordan Harris, on comprend très bien comment il a pu charmer le Tricolore lors du repêchage de 2018. Le jeune homme prône un type de leadership silencieux. À Montréal, le capitaine Shea Weber a une approche semblable. 

«Harris observe beaucoup, indique Madigan. Il ne parle pas souvent. Il parle à travers ses actions sur la patinoire. C’est un leader. Les gens suivent Jordan Harris parce qu’il fait tout de la bonne façon. À l’extérieur de la glace, il est impliqué dans plusieurs comités d’étudiants-athlètes. Il ne parle pas, mais quand il parle, les gens écoutent, car il dit souvent quelque chose d’approprié.» 

En étant aussi calme et imperturbable, Harris arrive à s’imposer lors des moments importants, comme il l’a fait l’an dernier en jouant les héros lors de la finale du Beanpot, un tournoi disputé entre quatre équipes universitaires de la région de Boston.

«Ses pantalons pourraient être en feu et il demeurerait calme, illustre Madigan. Calme et pondéré sont deux mots pour le décrire.»