Crédit : Photo d'archives, Martin Chevalier

Canadiens de Montréal

CH: des espoirs qui se développent en zone rouge

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«En ce moment, il y a un gars qui fait des push-up quelque part parce qu’il veut ta place. Tu dois trouver une façon de rester prêt.» La semaine dernière, Joël Bouchard avait pris soin de servir cet avertissement aux joueurs qu’il verra défiler, dans quelques mois, au camp du Rocket. Sauf qu’en ces temps incertains, il faut parfois faire preuve d’ingéniosité et de débrouillardise pour arriver à s’entraîner convenablement.

Surtout pour ceux qui se trouvent en zone rouge, territoires où les gyms et les arénas sont fermés. C’est un moindre mal pour un millionnaire du hockey, dont le sous-sol ou le garage n’a parfois rien à envier aux centres d’entraînement à grande surface. Cependant, pour un jeune qui sort à peine du junior, c’est une autre paire de manches.

«L’endroit où je m’entraînais à Boisbriand est complètement fermé. Du matériel, je n’en ai pas beaucoup. En fait, la première semaine, je n’avais absolument rien. Mon entraînement était donc surtout axé sur le cardio», a raconté Rafaël Harvey-Pinard, rendu disponible par le biais d’une visioconférence.

«Maintenant, je m’entraîne dans la cour arrière de Joel Teasdale, a poursuivi le choix de septième tour du Canadien en 2019. On a rassemblé du matériel qu’on a trouvé par-ci par-là. On a un vélo stationnaire, on a ramassé des poids que sa tante et ma blonde possédaient, on a acheté un ballon et des tapis. On réussit quand même à s’entraîner fort, même si le matériel est limité.»

Pas d’intérêt pour l’Europe

Pas évident non plus de travailler son coup de patin et d’améliorer quelques techniques lorsque les arénas sont verrouillés. Un constat qu’a fait Alexandre Alain.

«À Québec, on est assez limité en ce qui concerne la disponibilité des patinoires. Pour l’instant, je patine beaucoup moins qu’à l’habitude. Au moins, on sait que le début de la saison n’est pas pour bientôt (on parle du 5 février). D’ici là, la situation a le temps de changer», a indiqué l’attaquant de 23 ans.

Malgré les complications dues aux restrictions sanitaires, ni Alain ni Harvey-Pinard n’ont jonglé longtemps avec la tentation de s’exiler en Europe comme l’ont fait Charles Hudon, Jesperi Kotkaniemi et Josh Brook (hier, le Canadien a prêté les services du défenseur aux Pinguines de Krefeld, de la Ligue élite allemande).

«Pour le moment, ce n’est pas quelque chose que j’ai envisagé. Je ne ferme pas la porte à cette option, mais, pour l’instant, je préfère rester dans le coin de Québec. Les ressources sont quand même assez nombreuses», a mentionné Alain, qui s’est adjoint les services d’un entraîneur privé.

De son côté, Harvey-Pinard a l’impression qu’en demeurant proche de l’organisation, il a tout ce dont il a besoin pour poursuivre sa progression.

«Je suis demeuré au Saguenay jusqu’en septembre. Pour le bien de mon développement, Joël [Bouchard] m’a conseillé de m’en venir à Blainville. J’ai des discussions toutes les semaines avec Francis Bouillon et Rob Ramage. Ils prennent des nouvelles régulièrement», a expliqué le Jonquiérois.

L’école, en attendant

Demeurer au Québec permet également aux deux jeunes hommes de maximiser leur temps. Étudiant dans le domaine de la santé, Alain a profité du report de la saison de la Ligue américaine pour se jeter à pieds joints dans les études.

«Il faut toujours essayer de trouver du positif. La pandémie m’a permis d’avancer mes cours. Normalement, avec la saison, je me contente de deux cours par session. Cette fois, j’en ai pris quatre, a raconté ce vétéran de deux saisons avec le Rocket. Ça me garde occupé et ça me permet de rester dans de bonnes dispositions mentales. À travers mes cours dans le domaine de la santé, je suis des cours en gestion de projet, des cours en entrepreneuriat.»

Du côté d’Harvey-Pinard, il est déjà inscrit à la session d’hiver à l’université TÉLUQ où il suivra des cours en finances.

Savoir tirer profit d’une situation négative n’est pas dans le tempérament de tous. Mais c’est le genre d’attitude qui permet aux deux hockeyeurs de marquer assurément des points auprès de l’organisation.

Et, encore plus important, de préparer leur avenir.