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Dans les coulisses de la vie d'un coach des «Sens»

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S’il y a longtemps que la position de gardien de but est considérée comme étant déterminante dans la Ligue nationale de hockey, la profession d’entraîneur des portiers, elle, demeure à ce jour très peu connue (et reconnue). 

Passant trop souvent sous le radar, ce rôle est pourtant essentiel au sein d’une organisation.   

L’Ontarien Pierre Groulx pratique le métier depuis 10 ans dans le circuit Bettman. L’homme de 44 ans a d’abord entamé sa carrière avec les Panthers de la Floride, avant d’œuvrer pendant quatre saisons chez les Canadiens de Montréal. Il est maintenant à l’emploi des Sénateurs d’Ottawa depuis la campagne 2016-2017. 

Dans le cadre d’un généreux entretien avec le TVASports.ca, Groulx a accepté de nous emmener dans les coulisses de son emploi. 

Routine lors d’un jour de match, différents rôles à jouer, anecdotes, confidences... Le sympathique instructeur ne s’est pas retenu. Et ses commentaires démontrent une chose : un bon entraîneur des gardiens de but doit être aussi polyvalent que... disponible! 

Journée bien remplie   

Les jours de match, le travail commence relativement très tôt pour Pierre Groulx. 

«Avant l’entraînement matinal, je m’assois avec le gardien partant et nous regardons plusieurs vidéos sur l’équipe que nous affrontons. Nous souhaitons assimiler ses moindres habitudes. Nous décortiquons ses entrées de zone, son jeu de puissance, son échec-avant, etc... Mais ce que nous regardons surtout, ce sont les réflexes des meilleurs joueurs adverses. Les joueurs-élites.

«Après la séance vidéo, nous nous dirigeons vers la patinoire avec l’autre gardien. Nous procédons à un échauffement, le temps que les autres joueurs nous rejoignent sur la glace. Pendant ledit échauffement, nous tentons de reproduire les habitudes générales de notre adversaire du jour. De cette façon, le gardien partant se retrouve rapidement dans un bon état d’esprit. 

«Débute ensuite l’entraînement. À la fin de celui-ci, le gardien qui jouera en soirée quitte la glace, puis je travaille avec l’auxiliaire pendant une trentaine de minutes.»

Mais les missions de Groulx ne s’arrêtent pas là. 

«Par la suite, je prépare une vidéo sur le gardien adverse. Nous présentons ensuite le fruit de mon travail aux joueurs, quelques heures avant le match, pour qu’ils puissent savoir quelles faiblesses exploiter.»

Puis arrive l’heure précédant la partie. 

«Avant de laisser mon gardien entrer dans sa bulle, je vais le rencontrer pour lui demander si tout va comme il le désire et s’il a des questions ou des préoccupations quelconques. Puis je me rends à la réunion des entraîneurs, où les principaux points entourant la partie à venir sont abordés.»

Pendant le match, Groulx se rend sur la passerelle de presse, où il doit absolument faire preuve d’une concentration sans failles. Car ses services seront assurément sollicités par la suite. 

«Entre les périodes, je rapporte toutes mes observations aux entraîneurs, que ce soit relativement à notre jeu ou à celui de l’adversaire. Je vais aussi discuter une trentaine de secondes avec mon gardien pour l’encourager, le corriger ou le rassurer.»

L’entraîneur des gardiens des Sénateurs précise également qu’il doit absolument savoir s’adapter à la personnalité du gardien avec lequel il travaille. 

«Tous les gardiens sont différents et abordent les matchs d’une façon qui leur est propre. Pour ma part, je dois savoir bien cerner mes portiers. Certains aiment qu’on leur donne plusieurs conseils lors d’un match, d’autres non. La communication est extrêmement importante. Tous les gestes font la différence, en bout de ligne.»

Des joueurs pointilleux  

Le travail de Pierre Groulx ne se résume pas qu’aux gardiens. Lorsqu’on lui demande si certains joueurs des Sénateurs réquisitionnent aussi son aide, l’instructeur pouffe de rire, puis répond ceci. 

«Bien sûr! Avant les matchs, certains joueurs adorent venir me demander mon avis sur les tendances du gardien adverse. D’autres, pendant les entractes m’interceptent et me demandent s’ils ont fait le bon choix de jeu, si leur tir était adéquat, etc...»

Curieux, l’auteur de ses lignes demande alors à Groulx s’il a en tête le nom de joueurs plus perfectionnistes que d’autres. Il accepte de se mouiller. 

«Brady Tkachuk, avant chaque partie sans exception, vient me voir et me demande de le conseiller sur des situations bien précises. Mais celui qui m’a le plus marqué à ce chapitre est Matt Duchene. À l’époque où il jouait encore pour nous, il devait me questionner sur sept ou huit possibilités de jeux par soir, sans même savoir si l’une de celles-ci allait vraiment survenir pendant le match. Il voulait vraiment qu’on prenne le temps de visionner toutes les séquences par vidéo. Il insistait pour que l’on s’attarde sur tout.»

Crédit photo : Photo AFP

Relations humaines de qualité : une nécessité   

Pierre Groulx est bien clair : si son travail est souvent perçu comme un métier «d’enseignement», il doit également être considéré sur le plan relationnel. Selon l’entraîneur, sans une bonne chimie avec ses gardiens, il est impossible de bâtir quelque chose de solide. 

«La qualité des relations que je développe avec mes gardiens arrive au premier rang de mes priorités, honnêtement. C’est tellement important. En tant qu’entraîneur des gardiens, je gère à temps plein deux personnes dans l’équipe. Alors il faut que tout soit au beau fixe. Si la confiance n’est pas là entre les deux clans, tu ne pourras jamais soutirer le meilleur de tes gardiens.»

Y a-t-il des gardiens avec lesquels il a su développer des relations plus solides que d’autres? 

«Je te dirais que Craig Anderson arrive assez haut sur la liste. Nous avons travaillé longtemps ensemble, que ce soit en Floride ou à Ottawa. Nous étions constamment sur la même longueur d’ondes. Tomas Vokoun et moi étions également très proches. Je me rappelle aussi avoir tissé des liens très forts avec Carey Price.»

L’an prochain, Groulx devra justement bâtir une toute nouvelle relation de confiance avec son nouveau gardien numéro un chez les Sénateurs : Matt Murray. 

Déjà, l’instructeur s’est assuré d’un premier contact de qualité. 

«Dès que son arrivée a été officialisée, je me suis assuré de contacter Matt. Il faut entamer une relation sur des bases solides. Nous nous entendons déjà très bien! Nous nous parlons trois fois par semaine, question d’apprendre à nous connaître et d’être fins prêts quand la saison débutera.»

Le plus gros test d’une relation   

Évidemment, une saison de 82 matchs dans la Ligue nationale de hockey n’est pas un long fleuve tranquille. 

D’ailleurs, Groulx ne craint pas de dire que certains jours sont plus difficiles que d’autres sur le plan humain. 

«Parfois, l’entraîneur-chef prend la décision de clouer son gardien numéro un au banc. Évidemment, le gardien impacté n’est pas heureux. Mais c’est justement dans les moments difficiles que la relation doit être à son meilleur. Quand un gardien commence à se questionner, c’est là que tu dois lui rappeler que tu es là pour lui, que tu crois en lui. 

«Tous les gardiens voudraient jouer. Quand ce n’est pas le cas, je leur dis de se tenir prêts et de ne pas se frustrer. Pour te préparer de la bonne façon, tu dois avoir l’esprit libre. C’est aussi simple que ça. 

«Dans les cas où mes gardiens ont été frustrés par une quelconque situation, je leur disais : “on ne changera pas l’idée de l’entraîneur-chef ce soir, c’est certain. Alors contrôle ce que tu peux et utilise ta frustration pour démontrer que tu peux garder ton filet.“ En bout de ligne, tout ce que les entraîneurs-chef veulent, c’est une chance de gagner.»

L’homme de 44 ans prend alors une pause. Puis il enchaîne. 

«Tu portes plusieurs chapeaux en tant qu’entraîneur des gardiens. Tu es un instructeur, mais aussi un psychologue, dans un certain sens. À certains moments, tu dois flatter des égos. À d’autres, tu dois pousser les gardiens à se dépasser. 

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

«Quand tu croises un gardien le matin, tu dois vraiment saisir comment il se sent pour pouvoir l’aborder de la bonne façon. Il y a, comme pour tout le monde sur cette terre, des journées plus difficiles que d’autres. Après un mauvais match, tu dois pouvoir encadrer ton gardien convenablement. Après un bon match, tu dois faire en sorte qu’il ne tombe pas dans la facilité.»

Deux joueurs marquants  

On le disait, Pierre Groulx a maintenant plus de dix ans d’expérience derrière la cravate dans la LNH. 

Lorsqu’on lui demande si certains joueurs l’ont davantage marqué que d’autres, le pilote répond par l’affirmative. Il accepte d’en nommer deux. 

«Rien à voir avec le fait que ce soit deux joueurs de l’édition actuelle des Sénateurs, mais je dois te dire que je suis impressionné par Thomas Chabot et Brady Tkachuk. Chaque jour, ils viennent à l’aréna et leur bonne humeur est contagieuse. 

«Ils sont jeunes, mais veulent être sur la glace le plus souvent possible et font des pieds et des mains pour s’améliorer. Leur amour du jeu est rafraîchissant. Ils sont fiers d’être ici. Ce sont les deux noms qui me viennent en tête en premier, même après toutes ces années.»

L’importance de la famille   

Fort d’une carrière de 21 ans dans l’industrie du hockey professionnelle, Pierre Groulx en a vu, des endroits différents! 

Marié et père de deux jumeaux de onze ans, il avoue que l’équilibre entre le travail et la famille n’a pas toujours été simple à trouver. Mais il croit maintenant avoir mis la main sur la formule gagnante et remercie ouvertement sa femme pour cela. 

«Ça n’a pas toujours été évident. Tu dois avoir une épouse qui comprend ta réalité. J’ai rencontré ma femme dès ma première année en tant qu’entraîneur, il y a 21 ans. Elle est capable de s’ajuster et comprend que pendant la saison de hockey, c’est elle qui doit prendre en charge l’éducation des enfants. Mais on se consulte régulièrement et on voit les choses de la même façon.

«Quand je suis à la maison lors des moments plus tranquilles ou pendant l’été, je me rattrape et j’essaie vraiment de tout donner à ma famille.»