Crédit : Courtoisie Avangard d'Omsk

Hockey

Bob Hartley sur la lune

Publié | Mis à jour

L’entraîneur raconte son expérience derrière le banc de l’Avangard d’Omsk au cœur de la pandémie.

La première image restait très forte. Elle frappait l’imaginaire. Et dans le langage typique de Bob Hartley, elle prenait encore plus de couleurs. C’était aussi annonciateur d’une saison pas comme les autres. 

« À mon arrivée à l’aéroport de Moscou, c’était vide. En temps normal, ça grouille de monde. Mais là, je pensais que je venais d’atterrir sur la lune. Il y avait cinq ou six astronautes. Ils étaient habillés avec le costume blanc, les bottes blanches et l’aquarium sur la tête. Ils n’avaient pas juste un masque, mais aussi l’aquarium d’astronaute. Pour la sécurité, c’était du gros sérieux. » 

« Nous avons passé près de trois heures à l’aéroport avant de partir, s’est remémoré Hartley en entrevue téléphonique au Journal. Nous avons eu une batterie de tests, il y avait même une imagerie du corps avec un paquet de couleurs. Ils ont étampé plusieurs papiers pour ensuite nous dire de partir pour l’hôtel et que nous ne pouvions pas sortir pour les quatre prochains jours. » 

Le Laval de Moscou 

Hartley a atterri à Moscou le 15 juillet dernier. Il partait de Frankfort en Allemagne en compagnie de trois joueurs de son équipe, le Britanno-Colombien Corban Knight et les Finlandais, Oliwer Kaski et Ville Pokka. Les propriétaires de l’Avangard d’Omsk avaient réservé un avion nolisé de 60 passagers pour s’assurer de l’arrivée du coach et de trois joueurs étrangers. 

Hartley a rapidement compris qu’une saison en temps de pandémie de la COVID-19 n’aurait rien de normal. 

L’homme de 60 ans débarquait dans la capitale de la Russie pour y vivre sa troisième saison comme entraîneur en chef de l’Avangard d’Omsk. 

Pour une troisième année, l’Avangard joue ses matchs à Balashikha, une banlieue de Moscou. À Omsk, une ville située à 2700 km à l’est de Moscou, l’aréna de l’équipe subit toujours des rénovations majeures. « Balashikha, c’est comme Laval pour Montréal, a répliqué Hartley. Il y a un métro, je suis à sept stations de la Place Rouge à Moscou. Où je reste, c’est très bien. Il y a quatre grandes tours d’appartements. Il y a des magasins, des restaurants, des parcs. C’est comme une ville. Dans les quatre tours de près de 25 étages, il y a 11 000 habitants. C’est plus gros qu’Hawkesbury (population de 10 263 en 2016). » 

« Je suis super heureux dans la KHL. Je travaille avec mon vieux chum Jacques Cloutier. J’aime l’organisation, les joueurs et notre DG avec l’Avangard. » 

« J’aime ça. Mais en temps de COVID, c’est plus difficile. Je ne suis pas avec ma femme, Micheline. Je suis dans un mode plus renfermé. En temps normal, j’adorais aller me promener au Kremlin. Je n’ose pas y aller en ce moment. Je ne veux pas prendre les transports en commun pendant la pandémie. Je ne peux pas manger dans les restos du Kremlin. Je n’ai pas mis les pieds une seule fois sur la Place Rouge cette année. » 

Une éclosion 

Il n’y a pas eu de champion de la Coupe Gagarin en 2019-2020 en raison de l’interruption de la saison. Toujours au cœur de la pandémie, les dirigeants de la KHL ont toutefois recommencé leur saison le 1er septembre dernier. 

Hartley et l’Avangard ont déjà joué 21 matchs. C’est un peu plus du tiers de la saison de 60 rencontres. 

« En théorie, nous aurions déjà 22 matchs de joués, mais nous avons annulé une rencontre la semaine dernière contre le Dynamo de Riga à la maison, a précisé Hartley. Le Dynamo restait en quarantaine en raison de certains cas de COVID. » 

À ses premiers jours en Russie, Hartley n’aurait probablement pas parié sur les chances d’une longue saison dans la KHL. 

« Je n’ai pas le nombre exact. Mais il y avait environ 40 joueurs au camp. Nous avions deux groupes de joueurs. À un moment, il me restait seulement huit joueurs sur la glace. Les médecins, les préposés à l’équipement étaient aussi sur le carreau. Le virus a frappé vraiment fort au sein de mon équipe. » 

« J’ai servi de coach et de préposé à l’équipement pendant deux semaines. Les trois gars de l’équipement étaient sur le cul. Nos deux docteurs sont tombés aussi. Jacques Cloutier et moi, nous n’avons absolument rien eu. Depuis le camp, il y a juste Reid Boucher qui a attrapé la COVID. On l’a placé en isolation. » 

« Comme c’est là, nous passons à travers une éclosion de gastro-entérite. Ça fait trois ou quatre joueurs qui sont malades. Lundi, j’avais deux absents contre Saint-Pétersbourg. » 

Plusieurs tests 

Hartley assure que les dirigeants de la KHL ont instauré un protocole rigoureux pour survivre à une saison en temps de pandémie. 

« Encore aujourd’hui, nous passons un test aux quatre jours. Pour rentrer dans l’aréna, tu as besoin d’une preuve que tu es négatif. Depuis la semaine dernière, nos matchs sont à huis clos. Nous avons un aréna qui peut contenir 5500 partisans. Je dirais que nous jouions à 15 ou 20 % au début de l’année. Maintenant, c’est zéro. » 

« Il y a des villes où tu peux encore jouer devant des partisans, mais avec un faible pourcentage. À Saint-Pétersbourg, il devait y avoir 5000 fans pour un aréna de 15 000. Ce n’est clairement pas une saison comme les autres. » 

Un coach dans le sang 

Bob Hartley a toujours la passion et l’amour de son métier. Il se réveille encore le matin avec un sourire dans le visage à l’idée de partir vers l’aréna. Même dans la KHL. Même au cœur d’une pandémie de la COVID-19. 

Hartley a comme plan de poursuivre son aventure avec l’Avangard d’Omsk. Il ne rêve pas d’un retour derrière un banc d’une équipe de la LNH. 

« Je ne peux pas me libérer de mon contrat, a-t-il dit. Il me reste cette année et l’an prochain. J’ai promis à l’organisation d’honorer mon contrat. J’aime ça ici et ils me traitent vraiment bien. Je vis une belle expérience. » 

« Je suis venu ici pour essayer de remporter un autre championnat. J’aimerais en avoir un dans une sixième ligue. Je me retrouve dans la bonne organisation pour y arriver. Nous voulons gagner avec l’Avangard. J’ai fait la finale de la Coupe Gagarin contre le CSKA de Moscou, mais je ne l’ai pas encore gagnée. » 

Vers la fin 

Hartley a déjà un palmarès remarquable. Il a gagné la coupe Stanley en 2001 avec l’Avalanche du Colorado. Il a gagné la coupe Calder en 1997 avec les Bears de Hershey. Il a gagné le championnat en Suisse en 2012 avec les Lions de Zurich. Il a gagné la coupe du Président avec le Titan de Laval dans la LHJMQ en 1993. Et à ses débuts comme entraîneur en chef, il a gagné à deux reprises le championnat de la Ligue junior A de l’Ontario avec l’équipe de sa ville natale, Hawkesbury. 

Il pourrait donc se retirer demain matin la tête en paix. Mais ce serait aussi mal connaître l’homme. 

« J’en suis à mes derniers milles comme coach, a répliqué Hartley. Je sais que je suis un drogué du hockey. Je vais essayer de sortir en douceur. Je tenterai de me guérir. J’aurai probablement besoin d’une thérapie. Est-ce que ça fonctionnera ? Je ne le sais pas. » 

« Est-ce qu’il me reste deux ans ? Trois ans ? Je ne le sais pas encore. J’adore encore mon métier. J’ai été chanceux. J’ai gagné des championnats dans pratiquement toutes les ligues où j’ai eu la chance de coacher. J’ai eu six championnats dans cinq ligues. » 

Avant de ranger son sifflet et de rentrer à la maison, Hartley aimerait vivre une autre scène grandiose avec l’équipe nationale de la Lettonie qu’il dirige depuis la saison 2016-2017. 

« J’aimerais ça vivre l’expérience des Jeux olympiques avec la Lettonie. J’ai connu les championnats du monde, mais pas encore les JO. C’est un autre de mes objectifs personnels. » 

En théorie, les JO d’hiver se dérouleront au mois de février 2022 à Pékin en Chine. La Lettonie, absente à Pyeongchang, cherchera à se qualifier pour une première fois depuis 2014.