Yvan Cournoyer

Crédit : Photo D'archives, Normand Pichette

Canadiens de Montréal

Toujours en paix avec sa décision

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Il y a 25 ans, Ronald Corey prenait tout le monde par surprise en se présentant, en point de presse, en compagnie de Réjean Houle, de Mario Tremblay et d'Yvan Cournoyer.

Fraîchement nommé directeur général du Canadien de Montréal par M. Corey, Houle s’était tourné vers ses anciens coéquipiers pour pourvoir les postes d’entraîneur-chef et d’entraîneur adjoint. 

Des trois, seul Cournoyer possédait une quelconque expérience dans la gestion d’une équipe sportive. Un an plus tôt, l’ancien capitaine du Tricolore avait occupé le poste d’entraîneur-chef des Roadrunners de Montréal, de la Ligue internationale de roller-hockey.

«On avait eu de la difficulté la saison précédente [et la saison avait mal commencé: 0-4-0]. Je devais apporter des changements. J’ai nommé des gens que j’aimais beaucoup. J’ai nommé Réjean. J’étais bien content de le nommer», a insisté M. Corey lorsque joint par «Le Journal de Montréal», plus tôt cette semaine.

Un quart de siècle plus tard, l’homme d’affaires, maintenant âgé de 81 ans, demeure imperturbable lorsqu’on lui demande si d’autres candidats avaient été pressentis pour succéder à Serge Savard et s’il n’était pas risqué de jeter un homme sans expérience dans la gueule du loup.

«Je n’avais approché aucun autre candidat», a-t-il d’abord assuré à l’auteur de ces lignes.

Puis, dans une réponse pratiquement identique à celle livrée 25 ans plus tôt, il a poursuivi: «Quand j’ai nommé Serge [Savard], il était joueur. Il n’avait pas d’expérience non plus. Je l’avais donc fait à d’autres occasions. Avec toute cette équipe, j’avais bon espoir.»

Une fiche gagnante 

Les premières semaines lui ont donné raison. Défait à ses cinq premières rencontres de la saison, le Tricolore a remporté ses six premiers matchs sous les ordres de Tremblay. Ce dernier devenait, du même coup, le premier entraîneur de l’histoire de la LNH à savourer la victoire à ses six premières sorties derrière le banc. Depuis, il a été rejoint par... Patrick Roy avec l’Avalanche.

Après un mois et demi à la barre de l’équipe, le «Bleuet bionique» affichait un excellent dossier de 12-5-1. Le Canadien était même parvenu à revenir au deuxième rang de la division Nord-Est.

«Mario, je l’ai bien aimé comme "coach". D’ailleurs, si on regarde, il a une fiche gagnante», a tenu à préciser l’ancien président du Canadien.

En deux saisons (159 matchs) derrière le banc de l’équipe, Tremblay a affiché un dossier de 71-63-25 pour un total de 167 points.

D’ailleurs, le Canadien a participé aux séries lors des trois premiers printemps du règne de Houle, dont les deux premières sous les ordres de Tremblay. C’est par la suite que la situation s’est gâtée.

Le bon gars 

Plusieurs transactions desquelles le Canadien n’est pas sorti gagnant sont venues plomber les performances de l’équipe. Le départ des Roy, Pierre Turgeon, Mark Recchi et Vincent Damphousse, en retour de minces compensations, ont marqué le début de la descente aux enfers de la prestigieuse concession.

Vice-président aux communications du Canadien de 1992 à 2000, Bernard Brisset croit que le talon d’Achille de Houle n’était pas son inexpérience, mais plutôt sa trop grande gentillesse.

«Il a assurément fait des transactions avec lesquelles on ne comprenait pas trop où il s’en allait, a indiqué M. Brisset. Mais je pense que Réjean a surtout été victime de sa bonté. La transaction de Pierre Turgeon en est un exemple. Il savait que Pierre voulait partir, qu’il n’était plus heureux. Sur le plan hockey, il n’a pas obtenu son équivalent en retour, mais il a voulu l’accommoder.»

Conséquemment, le Canadien a raté les séries quatre fois sur cinq, de 1999 à 2003. Un record de médiocrité qu’il aurait égalé ce printemps sans l’intervention de la COVID.

Un contexte difficile 

D’ailleurs, plusieurs prétendent que Houle fut à l’origine du déclin de l’empire, ce que Corey réfute avec véhémence.

«Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, on a quand même eu de bons moments. Par la suite, oui, ce fut un peu plus difficile. Mais ce fut le cas pour toutes les équipes canadiennes. D’ailleurs, il y en a deux qui sont disparues: Québec et Winnipeg», a-t-il rappelé.

Un coup d’œil rapide aux classements de l’époque permet de constater que, mis à part quelques exceptions, les équipes canadiennes en ont arraché plus souvent qu’à leur tour.

«C’est l’époque à laquelle les joueurs trouvaient plus leur compte à aller jouer aux États-Unis. Ce n’était pas facile de manœuvrer là-dedans. Ce n’est pas pour rien qu’il n’y a pas une équipe canadienne championne de la Coupe Stanley depuis 27 ans», a indiqué Brisset.

«La flambée des salaires a commencé à peu près au même moment. Le dollar canadien était faible. Les clubs américains en ont profité. Ils faisaient de l’argent en US et payaient en US. Nous [les équipes canadiennes], on faisait de l’argent canadien et on payait en US. On avait de la misère à garder nos joueurs», a expliqué M. Corey.

«Dans ce contexte, ils [Houle et Tremblay] ont fait un bon travail», a-t-il conclu.