1277423035

Crédit : Photo Getty Images

Repêchage de la LNH

Que vaut un choix de premier tour?

Publié | Mis à jour

«Le repêchage est une science inexacte.» Voilà l’un des clichés que l’on risque d’entendre le plus souvent au cours des deux prochains jours, alors que se tiendra, de façon virtuelle, le repêchage de la LNH.

Il est vrai qu’on ne peut jamais savoir de quelle façon se développera un joueur. Toutefois, les hommes de hockey sont de plus en plus nombreux à tenter de prédire les chances qu’auront les jeunes de venir en aide à l’équipe qui les aura sélectionnés. 

À ce propos, que vaut un choix de premier tour?

«Bien entendu, ce n’est pas la même chose pour un choix dans le top 3 ou le top 10. Mais, plus loin que ça, les choix de premiers tours sont souvent surévalués», a soutenu Julien BriseBois lorsque joint par Le Journal de Montréal la semaine dernière.

Le sujet est venu sur la table lorsque l’auteur de ces lignes a demandé au DG du Lightning de lui expliquer pourquoi il avait sacrifié un choix de premier tour pour les services de Barclay Goodrow et un choix de troisième tour, à la date limite des transactions.

«En fait, on parle du coût d’acquisition de Goodrow. Qu’est-ce qu’il a fallu faire pour obtenir ses services ? Il a fallu échanger un choix de premier tour contre un choix de troisième tour», a indiqué BriseBois.

À première vue, on serait porté à croire que le Longueuillois s’en est fait passer une belle. Où se trouvait l’avantage de reculer de près de 60 rangs pour mettre la main sur un attaquant n’ayant jamais inscrit plus de huit buts en une saison dans la LNH ?

Moins d’une chance sur deux

À 43 ans, BriseBois fait partie de la nouvelle génération de directeurs généraux. Celle qui joue les probabilités. Et dans ce cas-ci, les probabilités disaient que le Lightning ne perdait rien en échangeant un choix de premier tour se trouvant entre les 23e et 31e rangs en retour d’une sélection de milieu de troisième ronde.

«La différence était minime. Les probabilités que l’on sélectionne un joueur capable de devenir un joueur régulier de la LNH étaient de moins d’une sur deux», a souligné le DG, ajoutant que, bien évidemment, ses dépisteurs avaient gardé un œil sur Goodrow tout au long de la saison.

De plus, Goodrow avait un contrat attrayant pour le Lightning, à 925 000$ par saison. Une entente valide également pour la campagne 2020-2021.

Non pas que Le Journal doutait de la théorie de BriseBois, mais on s’est tout de même plié à l’exercice. Pour les fins de la recherche, on a recensé tous les joueurs réclamés du 23e au 31e rang sur une période de 10 ans (2007 à 2016).

Pourquoi s’arrêter en 2016 ? Parce que la théorie de BriseBois veut qu’un espoir sélectionné dans cette portion de l’encan mette de deux à quatre ans pour se tailler un poste régulier dans la LNH. Et ça, c’est s’il y parvient.

Alors, sur les 90 joueurs choisis, 37 ont fini par se tailler une place stable dans le circuit Bettman. Ce qui donne 41 % ou, comme le dit BriseBois, un peu moins d’une chance sur deux.

«Évidemment, tu peux être chanceux et mettre la main sur un joueur comme David Pastrnak [25e choix en 2014], mais les probabilités que tu repêches un joueur qui ne jouera pas de façon régulière dans la LNH sont beaucoup plus grandes.»

De rares exceptions

D’ailleurs, un seul des 37 joueurs a fait le saut dans la LNH dès son premier camp d’entraînement : David Perron (26e choix en 2007). Pastrnak et Travis Konecny (24e en 2015) y sont parvenus à leur deuxième essai. Puisque tous les autres ont dû patienter au moins trois ans, ce sont donc trois exceptions.

Et qu’en est-il des joueurs sélectionnés en milieu de troisième ronde ?

Comme ceux-ci prennent habituellement plus de temps à se développer, on a reculé la recherche de quelques saisons (2004 à 2013). Que ce soit des rangs 74 à 82 ou 77 à 85, ce sont 31,1 % des joueurs (28 sur 90) qui connaissent des carrières à tout le moins respectables.

De 31,1 % à 41,1 % sur une décennie, ce n’est même pas l’équivalent d’un joueur par repêchage.

Décisions calculées

Bref, quand Jon Cooper vantait le travail de BriseBois pendant la finale, en disant que toutes ses décisions étaient calculées, en voici un bel exemple.

Comme le dit le vieux dicton, un tien vaut mieux que deux tu l’auras. Et lorsqu’un DG considère qu’il est à un ou deux joueurs de pouvoir remporter la coupe Stanley, aussi bien en acquérir un sur lequel il pourra compter pendant au moins une autre saison plutôt que de miser sur un choix dont il n’obtiendra jamais de contribution.

«Je préférais tenter ma chance plutôt que de vivre avec des regrets.»

À la lumière des résultats, ce fut une bonne décision.