LHJMQ

Une saison bien spéciale

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Forcée d’annuler l’ensemble de ses activités le printemps dernier, incluant la présentation des séries éliminatoires de la coupe du Président, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) fait le pari de retourner sur la glace alors que la province est frappée par une deuxième vague de contamination à la COVID-19.

En excluant la Ligue nationale, la LHJMQ sera le seul circuit d’importance en Amérique du Nord à reprendre une programmation presque normale aussi rapidement, ce soir, en dépit de la pandémie qui ne connaît aucun signe d’essoufflement.

Ci-dessus, voyez l'entrevue de Dave Morissette avec le commissaire, Gilles Courteau.

En Ontario et dans l’Ouest, la saison s’amorcera respectivement le 1er décembre et le 4 décembre alors que les circuits équivalents (USHL et NCAA) aux États-Unis ont annoncé vouloir recommencer au mois de novembre.

Ce retour s’effectuera toutefois dans une ambiance particulière devant des sièges vides puisqu’aucun spectateur ne sera admis dans les arénas du Québec jusqu’à nouvel ordre. Une poignée d’amateurs seront autorisés à assister aux matchs de leur club favori dans les six marchés des Maritimes.

Mesures strictes

Les joueurs et les membres du personnel des 18 équipes se soumettent à un rigoureux protocole sanitaire depuis le début des camps d’entraînement à la fin août pour éviter les éclosions.

Il en sera ainsi tout au long du calendrier régulier de 60 rencontres disputées à l’intérieur de sa division.

À l’heure actuelle, aucun joueur ou membre du personnel n’a été déclaré positif, ce qui témoigne de l’efficacité des mesures, mais la formule sera mise à rude épreuve au cours des prochaines semaines.

«Comme dans la société, notre plus gros défi sera de ne pas baisser la garde. Ça peut arriver proche de nous, n’importe quand. Il sera important de rester vigilants et de prendre la situation au sérieux. On se considère chanceux que notre ligue puisse partir et on sera rigoureux pour suivre les consignes», mettait en garde l’entraîneur et directeur général des Remparts, Patrick Roy, au premier jour de la relance.

En tout temps, sauf lorsqu’ils sont sur le banc ou sur la glace, les joueurs doivent porter le couvre-visage et respecter la distanciation physique entre eux. Cette règle s’applique même dans l’autobus lors des matchs sur la route. 

L’époque du poulet sur les genoux est révolue puisque les repas d’après-match se prendront dans l’amphithéâtre visité plutôt que dans l’autocar pour respecter les mesures sanitaires.

Contrairement aux grandes ligues de sport professionnel qui ont repris leurs activités dans les derniers mois, les acteurs de la LHJMQ ne seront pas soumis à des tests de dépistage réguliers, à moins de ressentir des symptômes s’apparentant au virus.

Il y a plutôt prise de température dès qu’ils pénètrent à l’intérieur de l’aréna et ceux-ci doivent divulguer leur état de santé quotidien dans une application mobile. Puisque les athlètes vivent au sein de familles de pension qui sont constamment exposées à un risque de contracter la maladie en raison de leurs emplois et de leurs enfants, la vigilance sera cruciale afin que la saison se déroule sans anicroche.

«Les joueurs doivent déclarer leurs symptômes dans l’application et déclarer s’ils ont été en contact au premier, deuxième ou troisième niveau avec une personne ayant eu la COVID-19. 

«On étire au maximum pour avoir le plus d’informations possible», a mentionné le directeur des communications de la LHJMQ, Maxime Blouin.

Calendrier flexible

En débutant la saison aussi tôt qu’en octobre alors que ses ligues voisines restent sur pause et que le tournoi de la coupe Memorial aura lieu du 17 au 27 juin prochains, le circuit Courteau estime qu’il pourra reprendre les matchs reportés en cas d’éclosions.

«On a une bonne fenêtre alors qu’on a quasiment un mois avec l’Ontario et l’Ouest [pour la fin de la saison]. Ça nous donne de la latitude. On ne prendra pas de risques pour la sécurité et la santé des joueurs», a précisé Maxime Blouin.

Plus de prudence

La saison de la LHJMQ sera tout sauf un long fleuve tranquille à travers une crise sanitaire qui évolue quotidiennement. Comme dans la vie de tous les jours, l’incertitude accompagnera les équipes jusqu’à la conclusion des activités saisonnières.

Or, la fin abrupte du rêve de certaines équipes l’an passé de remporter les grands honneurs en raison de la pandémie pourrait-elle freiner les ardeurs de dirigeants à la prochaine période des transactions? Ceux-ci ne voudront pas se retrouver à leur tour le bec dans l’eau.

Si personne ne souhaite ce dénouement, le risque qu’un scénario semblable se reproduise au printemps 2021 est bien réel. À moins qu’un vaccin miracle fasse son apparition durant l’hiver et que la pandémie ne s’essouffle d’elle-même!

«Tu n’as pas le choix d’avoir des craintes présentement avec tout ce qui se passe. Et en voyant des équipes comme Moncton et Chicoutimi, l’an passé, les gars ont fait du bon travail pour amener leur équipe où ils voulaient qu’elle soit. C’est certain que c’est épeurant, mais on a un travail à faire et on va voir comment ça va aller dans les prochaines semaines», constate le directeur général des Cataractes de Shawinigan, Martin Mondou.

Pour l’heure, le format des séries demeure inconnu en raison des restrictions de déplacements avec les provinces de l’Atlantique. Le portrait devrait être plus clair en décembre.

«C’est une situation spéciale et il faut s’adapter [...] Val-d’Or n’a pas eu peur d’acheter, peut-être y a-t-il des clauses spéciales [dans leurs transactions]. Cela dit, c’est peut-être une saison qui est ouverte comme c’est arrivé quand j’étais à Bathurst [en 2017-2018]. Il y a moyen de faire des affaires, mais faudra être créatifs. On ne contrôle absolument rien dans la situation de la COVID», a prévenu le pilote et directeur général des Huskies de Rouyn-Noranda, Mario Pouliot.

Considérations financières

Leur homologue du Phoenix de Sherbrooke, Stéphane Julien, qui a mené le club à la conquête du championnat de la saison régulière écourtée l’an passé, a apporté un autre éclairage sur la situation.

«Au niveau monétaire, si on arrive aux Fêtes et on sait qu’on aura zéro spectateur jusqu’à la fin de l’année, est-ce que ça vaut le coup de donner une shot alors qu’on ne fera pas d’argent et qu’on aurait trois années difficiles ensuite?», réfléchit-il à voix haute.

Qu’arrive-t-il si un joueur est déclaré positif?

Un cas de COVID-19 à l’intérieur d’une équipe n’entraînera pas automatiquement la suspension des activités de l’équipe touchée. Dès qu’un cas sera confirmé, la LHJMQ déploiera un plan de contingence pour déterminer si d’autres joueurs ont été exposés à cette personne, qui devra s’isoler 14 jours en vertu des consignes de la Santé publique.

«Un cas n’est pas une éclosion et ça va dépendre à quel point le joueur a été exposé aux autres coéquipiers. Il y aura une mini-étude à l’intérieur du cas pour limiter au maximum la propagation. Chaque situation va être différente, mais ça se peut qu’il y ait des matchs suspendus», explique le porte-parole de la LHJMQ.

Et si un joueur présente des symptômes? «Il est immédiatement retiré de l’équipe et doit aller se faire tester. S’il est testé négatif, on peut le réintégrer dans l’équipe.»

UNE SAISON COVIDIENNE DANS LA LHJMQ

  • Les mesures pour éviter des éclosions :
  • Couvre-visage pour joueurs, entraîneurs et membres du personnel en tout temps
  • Les entraîneurs doivent porter le masque et les lunettes de protection derrière le banc
  • Prise de température quotidienne pour toute personne en contact rapproché avec les joueurs, incluant familles de pension et officiels
  • Les études se font à distance
  • Contacts restreints pour les joueurs à l’extérieur de l’aréna
  • Désinfectant et masques obligatoires pour les officiels en covoiturage
  • Un seul officiel à la fois autorisé à manger dans la voiture