« Vous n’êtes pas votre trauma »: Ingrid Falaise partage un message profondément humain sur les traumas et la reconstruction
Équipe Salut Bonjour et Ingrid Falaise
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Je dis toujours que peu importe ce qu’on a traversé, une belle vie reste possible. Le chemin vers la reconstruction est loin d’être simple, cela dit. La première étape, c’est de reconnaître que les traumas complexes — soit l’exposition répétée à des traumas interpersonnels comme l’intimidation, la violence physique à l’enfance, la violence psychologique, le dénigrement, l’abandon, la parentification — laissent des traces profondes. Le trauma fait souffrir et modèle la personne qu’on devient. Il marque inévitablement notre vie, notamment ce qu’on appelle le tronc psychologique.
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Revoyez la chronique complète dans la vidéo en tête de l’article !
Les 3 piliers de notre identité
Dans le livre Vous n’êtes pas votre trauma, coécrit par la docteure Natacha Godbout et Marie-Michelle Ricard, on apprend ce que sont les trois pilliers de notre tronc psychologique.
- L’identitaire : il renvoie aux réponses qu’on se donne sur soi-même. « Qui suis-je comme personne ? Est-ce que je m’aime ? Est-ce que j’ai confiance en moi ? C’est quoi mon estime, mes objectifs de vie, mes valeurs ? C’est ce qui nous permet de nous connaître, d’avoir l’impression de valoir la peine d’être aimé en relation, d’avoir une forme de force intérieure et un alignement qui nous aide à nous diriger dans la vie » m’explique Dre Godbout en entrevue.
- Le cerveau du trauma et de la régulation émotionnelle : lorsqu’on a grandi dans des environnements précaires, dangereux, on développe un cerveau où une petite structure au centre — l’amygdale — se retrouve en état d’hypervigilance, à surveiller les dangers en permanence. « Ces personnes ont appris à surveiller les dangers et c’est beaucoup plus difficile pour elles de s’apaiser et de se réguler », poursuit-elle.
- L’aspect relationnel et sexuel : lorsqu’on a grandi dans des climats qui ne permettent pas de développer nos capacités relationnelles de façon optimale, on arrive moins outillé. « On peut par exemple avoir un sentiment de persécution constant — l’impression que les gens ne sont pas corrects, qu’ils sont hostiles, qu’on leur prête des intentions malveillantes. On a l’impression qu’ils vont nous abandonner, nous faire du mal, parce que c’est déjà arrivé dans le passé. »
Le temps ne guérit pas tout
Certaines personnes préfèrent ne pas rouvrir leurs blessures et les garder enfouies. Pourtant, l’idée que le temps guérit tout est un mythe. Le cerveau ne fonctionne tout simplement pas ainsi. La docteure Godbout propose dans son livre une analogie parlante — celle du compost. Un concombre laissé dans un sac Ziploc au frigo ne disparaît pas. Pour qu’il se transforme vraiment, il doit changer de forme, dégager des odeurs, devenir méconnaissable.
C’est exactement ça, le trauma. Pour le métaboliser — pas juste l’effacer —, il faut ouvrir le sac, sortir le concombre, le mettre en terre et le laisser se décomposer. Le brasser de temps en temps, pas constamment, puis revenir. Petit à petit, quelque chose change. Avec nos traumas, c’est pareil : il faut en prendre soin, ouvrir ces petits sacs intérieurs pour amorcer la guérison. En parler, c’est fondamental.
Le trauma interpersonnel a quelque chose de particulièrement cruel : c’est quelqu’un d’autre qui t’a fait du mal, et c’est toi qui dois aller réparer ce qu’il a laissé derrière. On attend souvent que ça vienne de l’extérieur — des excuses de l’agresseur, une reconnaissance publique — mais parfois, la guérison ne passe pas par là.
La croissance post-traumatique
Se dire « tu n’es pas bonne, tu n’es pas capable », ça vient tout seul. Mais se dire « bravo pour ce que tu as accompli aujourd’hui, tu es extraordinaire » ? C’est un vrai travail, qui demande un entretien constant. On se parle à soi-même 24 heures sur 24. On voit une thérapeute une heure par semaine — mais on est avec soi en permanence. Remplacer les mots durs par des mots doux, c’est donc un chantier fondamental.
Il faut être capable de créer sa propre « terre riche » en revisitant comment la manière dont on a pu traverser les différents défis de notre vie — les petits, les énormes, tous ceux que j’ai rencontrés. « Ma perception de mon quotidien va changer, explique Dre Godbout. Aller au Costco, par exemple, ne sera plus “mon Dieu, c’est difficile d’aller à l’épicerie“, mais plutôt ”c’est une opportunité d’affronter le stress du quotidien, de sortir dans un milieu public”. »
Reconnaître ses forces, se fixer des limites qui permettent de traverser les imperfections de la vie, de l’humanité, des systèmes, des autres — et les siennes propres — tout en restant ouvert à la relation, à l’amour, à la bienveillance et à un fonctionnement épanoui. C’est ça, la croissance post-traumatique : un changement de regard pour avancer avec espoir, ouverture et souplesse.