Voici pourquoi offrir plus de stationnements gratuits est une fausse bonne idée


Sarah-Florence Benjamin
Partager
L’administration Martinez Ferrada a ramené la gratuité du stationnement au complexe sportif Claude-Robillard, à Montréal, une mesure que la mairie songe à élargir à d’autres installations de la ville. Voici pourquoi cette idée a de bonnes chances d’avoir un impact négatif à long terme, même pour les automobilistes.
• À lire aussi : Une application québécoise veut vous éviter des centaines de dollars en tickets de stationnement
Le cas de Claude-Robillard
Comme promis lors de la campagne municipale de 2025, l’administration d’Ensemble Montréal a levé la tarification du stationnement du centre culturel et sportif de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, une mesure mise en place par la mairie de Valérie Plante en 2024.
Alan DeSousa, responsable de la mobilité au comité exécutif de la Ville, se dit fier d’avoir pu livrer la gratuité du stationnement rapidement, comme il s’agissait d’un engagement électoral.
« Comme on l’a souvent dit, ce qu’on veut, c’est une mobilité qui fonctionne pour tous les Montréalais, peu importe leur mode de transport », a-t-il déclaré, sans toutefois préciser d’autres installations où cette mesure pourrait être imitée.

Pour Alexandre Drouin, urbaniste et conseiller pour l’organisme Vivre en Ville, cette mesure n’atteindra pas le but escompté, soit celui de faciliter l’accès aux installations culturelles et sportives pour ses usagers.
« Si on recule en 2024, la décision de rendre le stationnement payant avait été prise pour limiter l’utilisation par les non-utilisateurs. Le stationnement gratuit encourage l’utilisation de la voiture, mais ne garantit pas que les gens qui en ont besoin ont accès », explique-t-il.
• À lire aussi : 4 occasions manquées du budget Girard pour le logement et le transport
• À lire aussi : Logement : interdire les animaux est illégal (dans certains cas), tranche le TAL
Le complexe se trouve effectivement à proximité de deux collèges dont les stationnements, eux, sont payants. Pour des étudiants, c’est soudainement plus avantageux d’aller se stationner gratuitement toute la journée au centre sportif, ce qui vient limiter les places disponibles.
La gratuité du stationnement aura pour effet d’augmenter le trafic autour du complexe Claude-Robillard, causant ainsi des enjeux de sécurité et de sédentarité qui vont à l’encontre de la vocation du lieu selon Alexandre Drouin.
L’urbaniste soulève aussi une « iniquité » dans cette mesure. « Le complexe sportif est à dix minutes d’une station de métro, pourtant on rembourse seulement l’utilisation de l’auto », souligne-t-il.
Le problème avec le stationnement gratuit
On peut avoir l’impression que de créer plus de places de stationnement ou de les offrir gratuitement permet aux automobilistes de se stationner plus facilement et ainsi passer moins de temps à circuler à la recherche d’une place.
C’est pourtant le contraire qu’on observe dans de nombreuses études sur la question, comme le relève Blaise Rémillard, responsable de la mobilité et de l’urbanisme pour le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE), qui a déposé un livre blanc sur la question du stationnement en 2023.
« Si on facilite l’utilisation d’un service, plus de gens vont l’utiliser. Si on diminue le prix du stationnement, les gens sont plus enclins à se déplacer en voiture », explique-t-il.
Il rappelle que 90 % du demi-million de places de stationnement sur rue sont gratuites ou tarifées en deçà de leur valeur à Montréal.
« Ça fait beaucoup de voitures qui cherchent du stationnement et il y a un enjeu de finances publiques. Il ne faut pas se surprendre qu’on manque d’argent pour entretenir les routes », ajoute-t-il.

Réduire et tarifer
Les deux experts sont d’avis qu’il faut réduire le nombre de places de stationnement à Montréal et tarifer celles restantes à leur juste valeur (selon les coûts de construction et d’entretien, l’emplacement et la demande).
Les stationnements occupent de grandes surfaces de terrain urbain qui pourrait être utilisé pour construire « des logements, des espaces publics, des parcs, des espaces de résilience aux changements climatiques », note Alexandre Drouin.
Il a notamment participé à l’élaboration d’un outil servant à calculer le coût d’un stationnement et les revenus qu’il pourrait rapporter en taxes municipales si on y construisait des logements.

C’est aussi un moyen de « contrôler la croissance des voitures » selon Blaise Rémillard. Si c’est plus difficile ou coûteux de se stationner au travail ou à la maison, les gens s’adaptent et sont moins nombreux à posséder une voiture.
Encore faut-il que les alternatives à la voiture, comme l’autopartage ou le transport en commun, soient accessibles pour que ça fonctionne, ce qui n’est pas toujours le cas quand on sort des quartiers centraux de la ville.
« Il faut doubler les investissements [en transport collectif] pour rattraper le retard. Si la Ville percevait plus de revenus du stationnement, elle pourrait investir des centaines de milliers de dollars », souligne-t-il.
Même si chaque fois qu’on parle de réduire le nombre de stationnements gratuits, on observe une levée de boucliers, ça peut aussi être une bonne nouvelle pour les automobilistes.
Moins de voitures sur la route, ça signifie une expérience de conduite plus agréable et moins de difficulté à trouver du stationnement.
« Si on module le coût du stationnement pour atteindre un équilibre où 15 % des places restent vides, ça fait descendre le temps de recherche de beaucoup. Le juste prix permet aux gens qui ont besoin de venir en voiture de le faire et à ceux qui ont d’autres options de les prendre », précise Alexandre Drouin.