Voici pourquoi les armes chimiques toujours cachées en Syrie inquiètent autant


Gabriel Ouimet
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Les experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) se réunissent d’urgence jeudi pour déterminer comment se débarrasser des armes chimiques laissées dernières par Bachar al-Assad en Syrie. On répond à trois questions qui permettent de mieux comprendre pourquoi l’arsenal chimique du dictateur déchu inquiète autant.
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C’est quoi, des armes chimiques?
«Ce sont des armes qui utilisent un produit toxique, souvent des gaz de combat, et qui peuvent entraîner toutes sortes de blessures et causer la mort», expliquait à 24 heures en 2022 Éric Ouellet, professeur au Collège des Forces canadiennes et spécialistes de la sociologie du militaire.
Ces produits toxiques peuvent avoir été inventés à des fins de combat ou avoir été convertis en armes. Ils sont regroupés en catégories selon leurs effets sur le corps humain, indique la Croix-Rouge.
- Les agents vésicants, comme le gaz moutarde, sont utilisés sous plusieurs formes, notamment en aérosol, et font apparaître des cloques potentiellement mortelles sur la peau et les poumons.
- Les agents suffocants, expulsés sous forme de gaz, irritent les voies respiratoires. On peut penser au chlore, le produit que l’on utilise pour purifier l’eau.
- Les agents neurotoxiques causent une paralysie, déclenchent des crises d’épilepsie ou entraînent des pertes de conscience. Le plus connu − et le plus létal − est le gaz sarin. Ils peuvent être utilisés sous plusieurs formes, comme en aérosol.
- Les agents hémotoxiques, qui sont très létaux, asphyxient les organes. On peut penser au cyanure d’hydrogène. Ils sont le plus souvent utilisés sous forme de gaz.
L’utilisation de ces agents est jugée particulièrement barbare, puisque plusieurs d’entre eux n’ont pas pour objectif de tuer, mais plutôt de blesser.
Les armes chimiques sont aussi conçues pour ne pas être détectées: on ne peut ni les voir ni les sentir. Il est donc impossible de les fuir.
Que sait-on de l’arsenal chimique laissé derrière par Bachar al-Assad?
Le 21 août 2013, l’armée de Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques, notamment du gaz sarin, contre son propre peuple à Goutha, en banlieue de Damas. L’attaque a fait plus de 1200 morts, dont une majorité d’enfants, et a intoxiqué plus de 10 000 autres personnes.
Dans la foulée du massacre, Barack Obama avait menacé de multiplier les attaques américaines en Syrie. Le président américain voulait forcer le régime à déclarer et à détruire son stock d’armes chimiques.

Bachar al-Assad, influencé par le président russe Vladimir Poutine, avait accepté de se plier aux exigences occidentales. En 2016, l’OIAC avait ainsi annoncé avoir complètement détruit 1300 tonnes de produits chimiques destinés au combat en Syrie.
D’autres attaques chimiques ont pourtant été menées contre le peuple syrien par la suite. La communauté internationale soupçonne ainsi le régime d’avoir menti sur la quantité d’armes chimiques qu’il avait en sa possession en 2013, ainsi que sur ses capacités de production.
On ne connait pas l’ampleur de l’arsenal chimique toujours caché dans le pays, mais l’OIAC croit qu’il pourrait en rester des quantités «importantes».
La production et le stockage d’armes chimiques font partie du programme militaire syrien depuis les années 70.
Pourquoi, c’est inquiétant?
La chute de Bachar al-Assad fait craindre que les réserves d’armes illégales ne tombent entre de mauvaises mains, alors que la communauté internationale en sait très peu sur les intentions des rebelles islamistes qui se sont emparés du pouvoir à Damas.

Bien qu’elle se présente comme étant modérée, la milice a déjà entretenu des liens avec l’État islamique et Al-Qaïda.
La communauté internationale craint que ces armes soient utilisées ou vendues par le nouveau régime à des groupes mal intentionnés et demande à ses dirigeants de les détruire le plus rapidement possible.
Israël a déjà mené plus de 300 frappes en Syrie depuis le départ de Bachar al-Assad. L’État hébreu affirme que ses attaques visent à empêcher que des armes chimiques ne tombent «entre les mains d’extrémistes».
− Avec les informations de l’AFP