Que perdrait la LNH en quittant l'Arizona?
Le commissaire de la LNH a multiplié les stratégies depuis plus de 20 ans pour assurer la survie de la concession dans le désert


Kevin Dubé
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Les gens de Québec le savent probablement mieux que quiconque: l’attachement de Gary Bettman envers le marché de l’Arizona est presque inconditionnel. Jusqu’à mardi soir, le commissaire de la LNH ne jurait que par l'idée selon laquelle les Coyotes étaient dans le désert pour de bon. Mais qu’est-ce qui justifie cet entêtement à vouloir garder une équipe dans un marché comme celui de l’Arizona?
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C’est une question que se pose à peu près tout le monde depuis une dizaine d’années, au moins.
Les Coyotes ont essuyé échec par-dessus échec depuis leur arrivée dans la LNH, mais Bettman et les gouverneurs de la LNH ont multiplié les efforts pour tenter de les garder en Arizona.
Et malgré le vote négatif lors du référendum à Tempe mardi soir, il semble toujours y avoir une option qui pourrait permettre aux Coyotes de demeurer en Arizona. Mais dans quel but?
Un marché de télévision attrayant
La grosseur du marché de l’Arizona est sans aucun doute le point le plus important de tout cet entêtement.
On peut dire ce qu’on veut de la passion des gens du désert pour le hockey, Phoenix représentait tout de même le dixième plus gros marché métropolitain aux États-Unis en 2021, selon Statista, avec plus de 4,9 millions d’habitants, devant des marchés établis dans la LNH comme Boston, Detroit, Tampa ou Denver.
Parmi les régions métropolitaines ayant une ou des équipes de la LNH, il vient au huitième rang.
Chacun de ces marchés est important pour la LNH et Gary Bettman dans la négociation de ses droits de télévision.
En 2021, la LNH a signé une entente historique de sept ans avec trois joueurs majeurs: Disney et ESPN, qui paient annuellement 400M$, ainsi que Turner Sports, qui allonge un autre 225M$ par année.
Il s’agit de la plus grande vache à lait du circuit et ce contrat a été signé en incluant l’importance du marché de l’Arizona.
Ça ne date pas d’hier, d'ailleurs, que le marché télévisuel de Phoenix et ses environs sont importants pour la LNH.
En avril 2011, un mois avant que les Thrashers d'Atlanta ne déménagent à Winnipeg, de nombreuses rumeurs envoyaient plutôt les Coyotes au Manitoba.
Le Globe and Mail avait alors rapporté que plusieurs gouverneurs de la LNH estimaient qu’une entrave majeure se plaçait devant la réalisation de ce projet: les droits télé.
«Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas aller à Winnipeg, c’est qu’ils veulent garder le marché de Phoenix, avait dit l’un d’eux. Tous nos partenaires de télédiffusion veulent garder ce marché.»
La théorie de la réussite des marchés du sud
L’entêtement de Bettman semble aussi se baser sur des idées théoriques.
Quand il a pris les rênes de la LNH en 1993, Gary Bettman a entamé un important plan visant à implanter le hockey dans les marchés du sud des États-Unis, la fameuse Sun Belt.
C’est là qu’on a vu apparaître des expansions en Floride et à Anaheim en 1993 ainsi que le déménagement de certaines concessions comme les North Stars du Minnesota vers Dallas, pour devenir les Stars, celui des Nordiques de Québec vers Denver, des Jets de Winnipeg vers Phoenix et des Whalers de Hartford vers la Caroline.
Après des années difficiles, les marchés floridiens de Tampa Bay et de la Floride se sont stabilisés, tandis que les équipes californiennes sont devenues des endroits prisés des joueurs et le hockey y a gagné en popularité.
L’ajout récent d’équipes dans des marchés non traditionnels comme Vegas et le succès qui s’ensuivit représentent d'autres arguments pour Gary Bettman, qui a répété à maintes reprises que le problème de l’Arizona n’était pas le fait qu’il était situé dans un endroit où le hockey n’est pas la priorité numéro 1, mais plutôt qu’on n'a jamais réussi à trouver de propriétaires assez stables pour bâtir une fondation solide.
«J’ai passé plus de deux décennies à soutenir cette concession. Il y a eu plusieurs embûches, mais la lumière au bout du tunnel est spectaculaire», disait Bettman, en entrevue à PHNX Sports le 13 avril dernier, un mois avant le référendum à Tempe.
Une qualité de vie hors du commun
Dans une situation favorable, est-ce que l’Arizona pourrait devenir un marché comme ceux de Tampa Bay ou de Los Angeles, par exemple? Une chose est sûre, les joueurs s’y installeraient sans problème.
«Si tu parles à n’importe quel joueur qui a joué là, il n’y a vraiment personne qui n’a pas aimé ça. La qualité de vie en dehors de l’aréna, les écoles... Tout ce qui est en lien avec la vie au quotidien là-bas, c’est exceptionnel», mentionne Éric Bélanger au Journal, lui qui a joué en Arizona lors de la saison 2010-2011.
«Pour une famille, c’est l’anonymat et c’est apprécié, ajoute de son côté Antoine Roussel, porte-couleurs des Coyotes en 2021-2022. C’est définitif que bien des joueurs recherchent ça. En Arizona, il y a aussi plein de choses à faire. Il fait beau, c’est magnifique, tu es collé sur le désert, la Californie est à côté. Juste la route pour aller déposer mes enfants à l’école, c’est complètement débile comme c’était beau. La vie est agréable là-bas, c’est impossible de ne pas aimer ça.»
Auston Matthews et le développement du hockey
Le hockey en Arizona n’a pas fait que du mauvais.
Le joueur vedette des Maple Leafs de Toronto Auston Matthews en est probablement le plus bel exemple.
Né et développé dans le désert arizonien, il a grandi en étant un partisan des Coyotes de l’Arizona, avant de devenir l’un des visages de la Ligue nationale de hockey.
Un autre porte-couleurs des Leafs, l’attaquant Matthew Knies, a aussi grandi en Arizona et fait maintenant partie des meilleurs espoirs au monde.
De nombreuses rumeurs ont circulé depuis des mois au sujet de la suite de la carrière de Matthews, lequel disputera la dernière année de son contrat avec les Leafs la saison prochaine avant de devenir agent libre sans compensation et d’avoir la possibilité de signer un contrat avec son équipe d’enfance.
Cette signature serait un coup de marketing inestimable pour cette concession.
Pour ça, il faudrait que l’équipe soit encore en Arizona en 2024, à la fin du contrat de Matthews. Et rien ne semble moins sûr.