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[EN IMAGES] Une Québécoise qui n’aimait pas l’hiver raconte comment elle a réalisé un record en Antarctique

Elle a atteint seule le pôle Sud après avoir skié 1138 km pendant plus d’un mois, malgré le froid et le vent

Caroline Côté a réussi l’exploit de franchir les 1138 kilomètres entre Hercules Inlet et le pôle Sud en solitaire et en autonomie complète. On la voit ici à son arrivée en janvier 2023.
Caroline Côté a réussi l’exploit de franchir les 1138 kilomètres entre Hercules Inlet et le pôle Sud en solitaire et en autonomie complète. On la voit ici à son arrivée en janvier 2023. Photo Vincent Colliard, fournie par Caroline Côté
Photo portrait de Mylène Richard

Mylène Richard

2023-12-07T02:31:00Z

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Seule au milieu de l’Antarctique, Caroline Côté a bravé pendant plus d’un mois un «gigantesque plateau blanc», le froid, le vent, la neige, le brouillard étourdissant, «le silence infini», craignant des blessures «horribles», tout en appréciant la liberté pure et le goût chaleureux du beurre et du chocolat. Tout ça en réalisant un record mondial.

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Il y a un an, la Québécoise de 37 ans en était à ses derniers préparatifs avant de vivre l’expérience d’une vie en terre australe, où il n’y a pas âme qui vive. Pas d’ours polaire, pas de prédateur, pas de «feux de circulation ni de sens uniques, de trafic ou de klaxons». Que la nature, qui peut se rebeller sans avertissement.

Elle a skié en autonomie complète les 1138 kilomètres séparant Hercules Inlet (point de départ de plusieurs expéditions en Antarctique) et le pôle Sud, en 33 jours, 2 heures et 53 minutes. La Suédoise Johanna Davidsson l’avait fait en 38 jours et 23 heures. Un voyage que Côté raconte en toute simplicité dans son deuxième livre, L’Appel de l’Antarctique.

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«C’était plus difficile chaque jour. Je me mettais de la pression en me disant que j’avais déjà fait tout ça, alors il fallait [continuer pour] battre le record», explique-t-elle lors d’une généreuse entrevue au Journal.

Elle n’aimait pas l’hiver

Caroline Côté rappelle qu’elle n’aimait pas l’hiver québécois. Elle n’aimait pas «déneiger [sa] voiture» ou «marcher dans la gadoue», et elle ne s’habillait pas convenablement, ce qui l’empêchait d’en profiter. Elle a appris à l’apprivoiser.

«Je suis frileuse en réalité! Mais quand on prend le temps de bien se vêtir, c’est super de faire de l’activité physique en bas de -20 degrés Celsius. On a chaud.» 

Son amour pour cette saison a pris de l’ampleur, au point de lui faire rencontrer l’homme de sa vie, Vincent Colliard, un Français connu lors d’une expédition en Antarctique en 2019. Leur mariage en Norvège a d’ailleurs eu lieu «dans un congélateur». 

Pas le choix de savourer l’hiver après ça! Et pas question d’aller dans un tout-inclus dans le Sud.

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La solitude

Introvertie, elle ne pensait pas que la solitude s’avérerait être un aussi grand défi. Les idées négatives ont fait surface et elle devait «décrocher» afin de poursuivre.

«Les 10 premiers jours, c’est correct. Mais plus ça avançait, plus je me questionnais, les pensées prennent vraiment beaucoup de place. C’est facile de devenir négative, on perd beaucoup d’énergie. Au milieu de l’expédition, c’était le pire, parce qu’on ne voit pas le bout», raconte-t-elle de sa petite voix, parlant d’un «combat constant».

Ironiquement, la solitude lui permet aujourd’hui d’apprécier plus les contacts humains.

«Je connais la valeur d’être avec quelqu’un. Mon écoute s’est beaucoup améliorée», note l’athlète d’endurance qui participe à des épreuves pouvant aller jusqu’à 154 km.

Caroline Côté au début de son expédition au pôle Sud, en décembre 2022.
Caroline Côté au début de son expédition au pôle Sud, en décembre 2022. Photo fournie par Caroline Côté

Les «cuisses polaires»

Avant son départ, Caroline Côté craignait les engelures, qui «peuvent mettre fin à l’expédition». La meilleure prévention est la crème solaire, surtout dans un monde où il fait soleil 24 heures sur 24. Elle l’a oublié une fois. Résultat: des engelures aux joues. Une erreur qu’elle n’a pas répétée.

Elle voulait aussi éviter les «cuisses polaires». Exposée longtemps à des températures très froides – jusqu’à -35 degrés Celsius, sans compter le facteur vent –, «la peau se dégrade et pourrit». La situation peut empirer de retour à l’intérieur, les plaies s’infectant.

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«C’est dégueulasse! Ça laisse d’énormes traces et ça peut aller jusqu’à l’amputation. J’ai vu des photos et c’est horrible», laisse tomber celle qui n’a pas subi de blessure majeure.

Portrait de la cinéaste d'aventure Caroline Côté lors d'une expédition polaire.
Portrait de la cinéaste d'aventure Caroline Côté lors d'une expédition polaire. Photo fournie par Caroline Côté

«Un facteur mortel»

Même bien préparée pour réduire les risques dans un milieu hostile, en étudiant le terrain et en repérant les crevasses, le vent demeure l’ennemi numéro un.  

«En deux minutes, ça peut devenir un facteur mortel», lance la cinéaste d’aventure.

Elle aurait bien voulu qu’un documentaire découle de ce périple, mais elle est partie avec le strict minimum afin de ne pas alourdir le traîneau de 70 kg qu’elle devait tirer dans la neige, à travers les sastrugis, de petites structures de glace formées par le vent qui la ralentissaient. 

Son traîneau la heurtait chaque fois qu’elle montait et descendait ces «petites buttes dans un labyrinthe infini».

«Dès qu’il y a du -30 avec du vent, c’est un calvaire. Ça m’est arrivé souvent d’avoir les larmes aux yeux, mais aussi de pleurer comme un enfant, sans retenue.» 

Créatrice d’un «ami imaginaire», un chien husky qu’elle a baptisé «North» afin de ne pas se sentir trop seule, la Montréalaise de 37 ans a affronté une mer de brume où elle «ne faisait plus la différence entre le ciel et la terre», se demandant si elle allait tomber dans le vide.

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Curieusement, elle s’est sentie claustrophobe, ayant «l’impression que les murs blancs [allaient l]’écraser et [la] réduire en miettes».

«Le soir, au Québec, lorsque j’étais petite, j’imaginais des monstres et des histoires d’horreur mais, ici, c’est pire», écrit-elle.

Caroline Côté lors d'une expédition dans le Nord canadien, en 2022.
Caroline Côté lors d'une expédition dans le Nord canadien, en 2022. Photo Vincent Colliard, fournie par Caroline Côté

Merci la Krazy Glue

Apporter le strict minimum, c’est de la nourriture (voir le tableau ci-dessous), peu de vêtements – elle n’avait qu’un pantalon, une bien mauvaise nouvelle puisqu’elle a eu ses menstruations sans serviettes ni tampons –, un sac de couchage, un tapis de sol très mince, un GPS, une boussole.

«C’était un projet d’endurance sportive. Je ne pouvais pas amener une caméra en raison du poids. Je n’avais pas le temps de prendre des vidéos, car je devais me grouiller», se rappelle celle qui ne s’est accordé qu’un petit avant-midi de congé.

Côté n’avait donc qu’un seul panneau solaire, plutôt que deux en temps normal, afin de recharger son téléphone satellite et son cellulaire (pratique pour écouter des balados ou des chansons de Noël pour une fan du temps des Fêtes). Le panneau a brisé, mais elle a réussi à le réparer. Une fixation de ski l’a lâchée, mais la magie de la Krazy Glue a opéré. 

La cinéaste d'aventure Caroline Côté lors d'une expédition au Nunavut.
La cinéaste d'aventure Caroline Côté lors d'une expédition au Nunavut. Photo Vincent Colliard, fournie par Caroline Côté

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En mode survie

À son retour à la civilisation, Caroline Côté a dû se réhabituer à côtoyer des humains. 

«C’est un exercice physique soutenu pendant 33 jours. C’est très demandant pour le corps, mais aussi pour la tête. On est en mode survie. On sort de là exténué mentalement», souligne-t-elle.

«La fatigue physique est partie vite en mangeant, mais la tête, ça se reconstruit et c’est un peu plus long. Ça m’a pris un mois avant d’avoir envie de lire par exemple. Je m’endormais tout le temps.»

Étourdie au milieu d’une foule, les bonnes manières doivent revenir rapidement.

«On n’a pas besoin de se moucher dans un mouchoir là-bas!» lance la femme ayant des formations en publicité, en cinéma et en communication.

Il y a aussi l’odorat qui revient «parce qu’il disparaît quand il fait tellement froid». 

«Les odeurs de grillades, de lavage ou juste des gens, ça me manquait. Même les odeurs de poubelle!»

Croquer dans du beurre

Côté bouffe, l’exploratrice avait hâte de déguster une salade, des fruits et des légumes frais. Son premier repas a été un plat de courge à Punta Arenas, au Chili, «avec un verre de pisco sour, l’alcool de la place».

«Ça vaut tout l’or du monde après un mois à manger du gras, du chocolat, de la nourriture lyophilisée. J’ai même croqué dans du beurre là-bas même si je n’aime pas les produits laitiers! C’est doux, chaleureux et ça m’a donné de la force. J’ai développé aussi un goût pour le chocolat, mais c’est resté de retour à la maison, contrairement au beurre.»

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Sa maison, c’était un appart dans le quartier Saint-Henri, à Montréal. Bientôt, ce sera la Norvège, avec son époux. Il entreprendra sous peu la même aventure qu’elle, avec l’objectif de battre le record masculin, qui est de 24 jours.

Ensuite, le couple souhaite fonder une entreprise qui guidera des gens dans les montagnes derrière sa résidence à Nordskot.

Préoccupée par les changements climatiques, Caroline Côté aimerait également réaliser un documentaire sur la culture des Samis, un peuple autochtone vivant en Norvège, en Suède, en Finlande, en Russie et en Ukraine.

GOÉLETTE ÉDITIONS
GOÉLETTE ÉDITIONS

Caroline Côté.
Caroline Côté. Photo Marie-Ève Rompré, fournie par Nathalie Roy

La cinéaste d’aventure Caroline Côté lors d’une expédition au Nunavut, dans le Nord canadien, en 2022.
La cinéaste d’aventure Caroline Côté lors d’une expédition au Nunavut, dans le Nord canadien, en 2022. Photo Vincent Colliard, fournie par Caroline Côté

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