9 professeurs sur 10 veulent interdire le cellulaire en classe
Ils réclament aussi des changements au bulletin du primaire

Daphnée Dion-Viens
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Les enseignants affiliés à la Fédération des syndicats de l’enseignement appuient massivement l’interdiction du cellulaire en classe, sauf dans le cadre d’activités pédagogiques. Ils réclament aussi des changements au bulletin du primaire.
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Ces constats ressortent d’une vaste consultation réalisée au cours des derniers mois par la fédération syndicale à laquelle ont participé près de 7000 enseignants.
La très grande majorité d’entre eux – 92% – ont affirmé que les cellulaires en classe devaient être bannis, excepté si le prof les autorise pour une activité d’apprentissage.
Il s’agit de la première fois que la FSE sonde ses membres sur cette question, un enjeu qui refait surface «régulièrement» parmi les préoccupations des enseignants, indique sa présidente, Josée Scalabrini.
«C’est un combat, lance-t-elle. Il y a eu des années où le combat c’était la casquette en classe ou la gomme dans la bouche, maintenant, c’est le cellulaire.»
Les enseignants, sur le qui-vive, sont nombreux à craindre d’être filmés à leur insu par des élèves qui pourraient ensuite être tentés de faire circuler ces images sur les réseaux sociaux hors contexte, ajoute-t-elle.
L’interdiction généralisée du cellulaire en classe, comme celle qui a été décrétée en Ontario par le gouvernement Ford en 2019, viendrait donner un coup de pouce aux enseignants qui veulent réduire les distractions en classe, affirme Mme Scalabrini.
«Si, comme société, on s’entend sur un message social et on dit que le cellulaire n’a pas sa place dans la classe, ça porte beaucoup plus que quand tu es obligé, à la pièce, de gérer une situation comme celle-là», dit-elle.
Interrogé à ce sujet récemment par le député péquiste Pascal Bérubé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a indiqué qu’il était «ouvert à y réfléchir.»
À son cabinet, on s’est contenté de préciser que «la réflexion est entamée».
- Écoutez l'entrevue avec Josée Scalabrini à l’émission de Philippe-Vincent Foisy via QUB radio :
Un bulletin à modifier
Dans le cadre de ce sondage, les enseignants de maternelle, du primaire et de l’adaptation scolaire se sont aussi prononcés pour une refonte de l’évaluation: 82% des profs interrogés considèrent que le bulletin doit être révisé.
Le nombre de bulletins, les résultats chiffrés et la pondération des étapes doivent être modifiés, affirment-ils.
De manière générale, près de 80% de ces enseignants estiment qu’ils passent trop de temps en classe à évaluer leurs élèves, au détriment du temps d’apprentissage.
«Les enseignants aimeraient revenir à ce qu’ils préfèrent, c’est-à-dire enseigner. Ce n’est pas normal qu’à certains niveaux, ils passent plus de temps à évaluer qu’à enseigner», affirme Mme Scalabrini.
De l’aide pour les profs non qualifiés
La quasi-totalité des enseignants interrogés réclame par ailleurs des formations obligatoires pour les enseignants non légalement qualifiés, dont le nombre fracasse sans cesse des records dans le réseau scolaire en raison de la pénurie.
«Les enseignants nous disent: vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point le personnel non légalement qualifié vient ajouter à la lourdeur de notre tâche», affirme Mme Scalabrini. Des collègues veulent bien leur donner un coup de pouce, mais cette aide s’ajoute à tout le reste, explique-t-elle.
Pour aider à contrer la pénurie, les enseignants se prononcent d’ailleurs en faveur (88%) de la transformation de la quatrième année du baccalauréat en enseignement en «année de résidence», pendant laquelle les étudiants pourraient enseigner à temps plein, tout en étant supervisés.
Les répondants considèrent d’ailleurs que les groupes difficiles, la surcharge de travail et le manque de soutien pour les élèves en difficulté sont les trois enjeux qui poussent des collègues à quitter le réseau scolaire.
La majorité (86%) se prononce aussi en faveur de la modification de l’examen obligatoire pour les futurs profs, le Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE), afin de réduire la place qui est accordée aux exceptions de la langue française.
Ce coup de sonde, qui ne portait que sur des enjeux pédagogiques plutôt que de relations de travail, a par ailleurs permis de démontrer que les mesures prévues dans le projet de loi 23, déposé par le ministre Drainville la semaine dernière, sont bien loin des préoccupations des profs au quotidien. «Ça ne permet pas du tout de répondre au cri du cœur des enseignants sur le terrain», lance Mme Scalabrini.
Consultation auprès des profs de la Fédération des syndicats de l’enseignement sur des enjeux pédagogiques:
- 92% sont d’accord avec l’interdiction du cellulaire en classe (sauf dans le cadre d’activités pédagogiques)
- 87% réclament des modifications à l’évaluation des apprentissages et 82% une refonte du bulletin au primaire
- 79% considèrent que trop de temps de classe est consacré à l’évaluation
- 94% estiment que les enseignants non légalement qualifiés devraient suivre une formation pédagogique obligatoire
- 88% affirment que la quatrième année du baccalauréat en enseignement devrait être transformée en «année de résidence» au cours de laquelle les étudiants pourraient enseigner à temps plein tout en étant supervisés.
Source : consultation réalisée à l’automne 2022 et l’hiver 2023 par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) à laquelle ont participé près de 7000 enseignants.
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