«Baissez vos téléphones quand on chante»: artistes et cellulaires, une relation amour-haine qui perdure


Cédric Bélanger
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Lorsqu’il remarque qu’un spectateur a les yeux fixés sur son téléphone pendant qu’il chante ou qu’il s’adresse à la foule, Patrice Michaud lui donne deux minutes pour le fermer.
Passé ce délai de grâce, qu’il alloue en se disant que la personne a peut-être une urgence à régler, il intervient. Poliment, mais fermement.
«C’est arrivé deux ou trois fois durant la dernière tournée. Les gens oublient que quand ils regardent leur cellulaire à la noirceur, moi tout ce que je vois, c’est une face bleue ou blanche qui ressort dans une pénombre anonyme», raconte l’artiste gaspésien.

L’enjeu de la présence dérangeante des téléphones intelligents dans les salles de spectacles est revenu au cœur de l’actualité, dimanche, quand le chef québécois Yannick Nézet-Séguin a interrompu à deux reprises un concert de l’Orchestre de Philadelphie, qu’il dirige, à cause de la sonnerie d’un cellulaire.
«Est-ce possible de vivre sans téléphone durant une foutue heure?», a-t-il lancé au public, excédé.
Cinglant
L’automne dernier, l’artiste français Christine and the Queens, attendu au Festival d’été de Québec au mois de juillet, a pété sa coche sur Twitter.
«Baissez vos téléphones quand on chante, sérieusement on n’a plus rien d’autre que des concerts sincères à partager, ne nous faites plus l’offense, on s’occupera d’enregistrer pour vous», s’est-il emporté.
Guitariste virtuose de Rage Against The Machine, Tom Morello a été encore plus cinglant. «Si tu veux me filmer au lieu de te défouler, c’est ta décision, mais je le dis clairement: si tu me colles un téléphone cellulaire dans la face, je vais le lancer», a-t-il écrit, en guise d’avertissement, sur les réseaux sociaux.
Pour la lumière
Si des artistes ne cachent pas leur exaspération, à l’opposé, d’autres vivent très bien avec cet outil qui permet parfois de vivre des moments magiques.
Pendant une de ses chansons lors de ses récents concerts à Québec et Montréal, la vedette pop Angèle se filmait sur son téléphone et l’image était diffusée sur l’écran géant, créant un agréable effet de mise en scène.
Il y a aussi tous ceux qui demandent à la foule d’activer la fonction lampe de poche durant une ballade, remplaçant ainsi les briquets tenus à bout de bras à une autre époque.
Cela donne souvent un point de vue féérique pour l’artiste, comme lorsque Duran Duran a chanté Save a Prayer face à des plaines d’Abraham toutes illuminées, en 2016.

À l’OSQ, c’est oui
À l’Orchestre symphonique de Québec, on donne même la permission aux spectateurs de prendre des photos durant les concerts, à la condition de le faire discrètement.
Un message préenregistré est diffusé avant les représentations pour aviser la foule.
Pourquoi? Pour la publicité, répond Andréa Doyle Simard, porte-parole de l’OSQ.
«On encourage ça pour que les gens en parlent sur les réseaux sociaux. Si c’est fait dans le respect et que ce n’est pas un appareil photo avec un clic, théoriquement ça ne dérange pas les artistes.»
Ils ont dit non aux téléphones à leurs concerts
Jack White
«À ma grande surprise, et à la surprise de tout le monde, tout le monde a adoré ça.» – cité par Channel 4 News
Madonna
La madone a interdit les cellulaires lors de sa tournée Madame X en 2019.
Silk Sonic
«Avec les caméras, on se dit : je ne sais pas si je veux essayer ce pas de danse ou si je crains que cette blague se retrouve sur internet.» – Bruno Mars, cité par Los Angeles Times