Tous les résultats
Publicité

Une coureuse québécoise franchit 315 km en moins de 48h dans une folle épreuve au Bas-Saint-Laurent

Stéphanie Simpson a battu son record personnel en effectuant 47 tours à «l’interminable» course d’endurance du Big Wolf’s Backyard Ultra, terminant au 3e rang

La coureuse québécoise de 38 ans Stéphanie Simpson a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 au 14 juillet 2024.
La coureuse québécoise de 38 ans Stéphanie Simpson a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 au 14 juillet 2024. Photo courtoisie BIG WOLF'S BACKYARD ULTRA
Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2024-07-17T15:30:00Z
2024-07-17T16:00:00Z

Partager

Quand elle a traversé le fil d’arrivée de la course d’endurance du Big Wolf’s Backyard sur les airs de la toune Dreams de Fleetwood Mac, la coureuse Stéphanie Simpson a serré son conjoint dans ses bras et s’est penchée pour tenter de retrouver son souffle. La femme de 38 ans venait de bouffer pas moins de 315 km en moins de 48 heures dans la chaleur suffocante du week-end dernier.

Qu’est-ce que le Big Wolf’s Backyard Ultra?

Une épreuve extrême d’endurance qui prend des airs, dans l’univers de la course à pied, d’une «course à la mort». Les participants doivent boucler un tour d’environ sept kilomètres en moins d’une heure et les enchaîner jusqu’à... ce que le dernier homme ou la dernière femme tienne encore debout.

Vous voyez le genre de compétition de «fous» où les limites de l’endurance et de la persévérance sont constamment repoussées?

Tant que deux coureurs sont sur la ligne de départ chaque heure, la compétition ne s’arrête pas.

7,5 marathons

Celle de Simpson a pris fin au 47e tour, dimanche, à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, lors de la quatrième édition de la compétition. Ses 315 km parcourus sont l’équivalent de 7,5 marathons!

Son record. Jamais elle n’avait franchi les 43 tours. Et à ses dires, il lui restait encore des vapeurs d’essence dans son réservoir d’énergie.

Publicité

La coureuse québécoise de 38 ans, Stéphanie Simpson, a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 au 14 juillet 2024.
La coureuse québécoise de 38 ans, Stéphanie Simpson, a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 au 14 juillet 2024. PHOTO COURTOISIE BIG WOLF'S BACKYARD ULTRA

«Je crois que je pouvais encore faire quelques boucles. Je courais encore très bien et j’étais dans les temps. Je n’avais pas de raison d’arrêter, à part que j’étais tannée et j’avais vraiment mal aux pieds. Mais on a fait les calculs et je ne voulais pas m’hypothéquer pour le reste de la saison.»

Des calculs?

En effet, car Simpson avait visé deux objectifs. Primo, réaliser une performance qui lui assurerait une place sur l’équipe canadienne en prévision du Championnat du monde de la discipline pour une troisième fois.

Secundo, améliorer sa marque personnelle.

Son billet d’entrée pour l’équipe canadienne n’est pas encore assuré à 100%, car deux personnes pourraient encore la surpasser au classement. Mais celles-ci devront réaliser d’excellentes performances d’ici l’automne pour y arriver.

La Québécoise peut presque dire mission accomplie si ce n’est d’une formalité.

«À la fin de la course, on calculait le nombre de tours encore nécessaires pour s’assurer de la place sur l’équipe, mais j’avais aussi besoin d’un autre objectif, un bonbon, pour continuer à m’accrocher. Je voulais vraiment ma place, mais je voulais aussi gagner», a expliqué celle qui conserve toujours son principe «un tour de plus».

«Sauf que j’avais accompli ce que je voulais faire et je m’étais convaincue», a ajouté celle qui a arrêté, entre autres, en raison d’une infection à un pied.

Publicité

Elle a pris le troisième rang. Le vainqueur, Marco Poulin, 59 ans, de Sherbrooke, a résisté jusqu’au 53e tour et à 355 km pour conserver sa couronne. Son rival, Nico Poulin, est tombé au combat sans être en mesure de terminer cette dernière boucle.

D’autres records à battre

Simpson se veut la dernière femme à être restée debout. «Mais ça ne sert à rien, car c’est une course mixte. C’est le dernier homme ou la dernière femme qui se tient debout qui gagne», a rappelé la courtière hypothécaire et femme d’affaires montréalaises qui a complété sept tours de plus que sa plus proche rivale.

Au Championnat du monde par équipes qui se déroulera à Edmundston (N-B) en octobre, elle compte bien améliorer son record.

Sinon, à plus long terme, elle veut approcher et battre la marque canadienne établie par l’Ontarienne de 35 ans Amanda Nelson de 57 tours et 382,2 km. Sur la scène mondiale, c’est l’Américaine de 57 ans Jennifer Russo qui a réalisé l’impensable de 74 tours et 496,2 km l’an dernier.

BIG WOLF’S BACKYARD ULTRA EN BREF

Créé par Gary «Lazarus Lake» Cantrell | Course d’endurance jusqu’au dernier participant encore debout

Photo tirée d'Instagram, BIGDOGBACKYARDULTRA
Photo tirée d'Instagram, BIGDOGBACKYARDULTRA

Les règlements

› 1 tour d’environ 6,7 km à l’heure.

Publicité

› Aucun retard permis sur la ligne de départ.

› Le tour doit être complété en moins de 60 minutes.

Photo tirée d'Instagram, BIGDOGBACKYARDULTRA
Photo tirée d'Instagram, BIGDOGBACKYARDULTRA

Une course 2024 «pénible» à Cacouna

La feuille de route de Stéphanie Simpson s’allonge depuis ses débuts il y a quelques années à peine. Malgré deux présences au Championnat du monde et aussi à la grande finale du Big Wolf’s Backyard Ultra au Tennessee, des épreuves éreintantes, elle estime que cette édition à Cacouna a été particulièrement «pénible».

La coureuse québécoise de 38 ans, Stéphanie Simpson, a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 et 14 juillet 2024. La chaleur a gêné les 126 participants. Parmi les finalistes qui ont résisté aux 24 dernières heures de course, près d'une quarantaine de sacs de glace ont été distribués.
La coureuse québécoise de 38 ans, Stéphanie Simpson, a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 et 14 juillet 2024. La chaleur a gêné les 126 participants. Parmi les finalistes qui ont résisté aux 24 dernières heures de course, près d'une quarantaine de sacs de glace ont été distribués. Photo courtoisie tirée de Facebook, BIG WOLF'S BACKYARD ULTRA

Sa blessure hâtive au pied n’a pas aidé. C’est toutefois la température qui l’a ennuyée alors que le mercure ressenti dans le Bas-Saint-Laurent aurait approché les 40 degrés Celsius, selon ce qu’on lui a dit sur le tracé.

La chaleur a écourté l’aventure de plusieurs coureurs pourtant aguerris. Si bien qu’après tout juste huit heures, 36 des 116 coureurs au départ avaient agité le drapeau blanc.

«Ils furent terrassés par des coups de chaleur, la déshydratation ou des nausées», a noté l’organisateur, Yvan L’Heureux, en dressant son bilan du week-end. Aucun d’entre eux n’a toutefois nécessité l’intervention des services médicaux, selon lui.

Publicité

D’ordinaire, il n’y aurait qu’un ou deux abandons dans les huit premières heures. L’épreuve de Cacouna a donc fait des siennes. À partir du 29e tour, il ne restait que quatre participants toujours debout.

«C’était un parcours toujours exposé au soleil, sans ombre, sauf sous notre tente entre les tours. J’ai une bonne tolérance à la chaleur, mais cette fois, j’ai été encore plus vigilante, a raconté Simpson en entrevue téléphonique à son retour à Montréal.

Brillante stratégie

«J’ai couru beaucoup plus lentement en ralentissant d’au moins cinq bonnes minutes par tour, a-t-elle ajouté alors qu’elle boucle d’ordinaire un tour en 48 minutes.

J’ai opté pour cette stratégie dès le début, car je ne voulais pas hypothéquer ma course. Je devais être plus sage, car la température ne permettait pas de folie», a-t-elle expliqué en remerciant son équipe composée de son conjoint, Maxime, son beau-frère Guillaume et un autre précieux supporteur en Réjean Lachance pour leur soutien.

Comme ses rivaux, Simpson a usé de gros sacs de glace dans ses quelques minutes de repos afin de rafraîchir le moteur entre les boucles.

Reconnue pour son moral d’acier, son endurance et sa ténacité, Simpson avoue toutefois que la chaleur a ajouté une charge mentale énorme à l’épreuve, d’autant plus qu’ils étaient peu nombreux à ses 20 derniers tours.

La coureuse québécoise de 38 ans, Stéphanie Simpson, a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 et 14 juillet 2024. Installée sur sa chaise, Simpson est entourée de deux de ses grands rivaux à la toute fin de l'épreuve, dont l'éventuel vainqueur, Marco Poulin (à gauche).
La coureuse québécoise de 38 ans, Stéphanie Simpson, a participé à la compétition d'endurance Big Wolf's Backyard Ultra à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, durant le week-end du 13 et 14 juillet 2024. Installée sur sa chaise, Simpson est entourée de deux de ses grands rivaux à la toute fin de l'épreuve, dont l'éventuel vainqueur, Marco Poulin (à gauche). Photo courtoisie tirée de Facebook, BIG WOLF'S BACKYARD ULTRA

Publicité
La neige à plus de 20 degrés!

Cette fois, la fatigue, le manque de sommeil et les conditions ne lui ont pas joué de si vilaines hallucinations durant la nuit. Ayant auparavant imaginé des attaques d’animaux sauvages et des bateaux pirates, elle a moins déliré au fil de la deuxième nuit de course.

«La deuxième nuit, c’est la pire dans ces épreuves. Ce week-end, j’ai imaginé que je courais sur un sentier enneigé», a-t-elle blagué alors qu’il faisait plus de 20 degrés Celsius. Elle était donc loin de courir sur un doux sentier recouvert d’une neige légère!

Et d’épauler l’éventuel vainqueur, Marco Poulin, l’a aidée à rester connectée à la réalité.

La vallée de la Mort dans sa mire pour son 40e anniversaire

Photo tirée d'Instagram, @BADWATERHQ
Photo tirée d'Instagram, @BADWATERHQ

À force de compiler les tours et les faits d’armes dans les épreuves d’endurance Big Wolf’s Backyard, on pourrait penser que Stéphanie Simpson caresse la folle idée de cogner à la porte de l’unique Gary «Lazarus Lake» Cantrell, le créateur du démoniaque marathon de Barkley. Mais non...

La Québécoise a déjà participé à l’une de ses épreuves d’endurance, la petite sœur de la Barkley Race, soit la grande finale du Big Dog’s Backyard Ultra au Tennessee.

Mais ce n’est pas la Barkley qu’elle vise. Il s’agit de l’épreuve ultime de cette discipline d’ultra. C’est une course extrême d’endurance, peu orthodoxe, en pleine nature, où la résistance et la ténacité côtoient la démence. Chaque année, une quarantaine de participants doivent boucler 5 tours d’une distance d’environ 32 km chacun dans les montagnes et les vallées du parc d’État de Frozen Head en moins de 60 heures. Depuis sa fondation en 1986, moins de 1% des participants l’ont terminée. Celle-si figurait d’ailleurs dans notre palmarès des 25 épreuves extrêmes au monde du dossier «Les fous de l’endurance» publié en février dernier. 

Publicité

• À lire aussi: Les 25 épreuves extrêmes d’endurance parmi les plus folles au monde

Simpson a plutôt dans sa mire une autre folie, celle-là disputée dans un fourneau de la Californie: la Badwater 135. Un cadeau qu’elle veut s’offrir pour souligner son 40e anniversaire. Comme quoi on n’a pas tous les mêmes idées de cadeaux!

Depuis ses débuts

Reconnu comme la course à pied la plus difficile au monde, c’est un ultramarathon de 217 km couru en 48 heures à travers le parc national de la vallée de la Mort, dans le désert de Mojaves aux États-Unis. Dans des températures parmi les plus extrêmes sur Terre, les coureurs grugent 4450 m de dénivelé positif en traversant trois chaînes montagneuses. En 2023, la championne avait franchi la distance en 21 h 44 min 35 s.

Photo AFP
Photo AFP

«À mon 40e anniversaire, j’espère y participer», a fait savoir la femme de 38 ans.

«Quand j’ai commencé à courir, j’en avais entendu parler. Je trouvais ça complètement débile, a-t-elle raconté. Je me disais “qui veut faire ça?”. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai compris cette course.»

«J’ai donc aussitôt souhaité la faire. C’est l’une des premières courses que j’ai connues. C’est maintenant un objectif.»

D’ici là, elle va continuer à multiplier les boucles dans les courses de type Big Wolf’s Backyard, qui gagnent en nombre et en popularité. Son expérience lui permettra de relever avec brio sa mission.

Publicité
Publicité