La vie après la boxe : une autre sorte de danger pour l'ex-boxeur Jean-François Bergeron


Mathieu Boulay
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Jean-François Bergeron n’a jamais reculé devant un adversaire plus imposant que lui durant sa carrière de boxeur. C’est la même chose aujourd’hui, dans son boulot de pompier, alors qu’il n’hésite pas à affronter le danger avec ses collègues de la caserne 4 de Laval.
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Ses nombreux entraînements et ses durs combats ont été remplacés par des interventions de toutes les sortes. Il est passé d’un sport individuel à un boulot d’équipe.
C’est d’ailleurs l’aspect qu’il aime le plus du métier qu’il occupe à temps plein depuis 2008.
« À Laval, c’est un gros service avec une mentalité de proximité. C’est comme une famille, explique Jean-François Bergeron. Au début, c’est un peu épeurant. Puis tu entends parler les gars et tu finis par les connaître.
« On passe beaucoup de temps ensemble. Lorsqu’on fait des interventions, tout le monde a une tâche précise. Ce que j’adore, c’est le partage d’informations entre nous à notre retour à la caserne. »

Pas le même stress
Bergeron et ses collègues n’ont pas le temps de se tourner les pouces. Avec une moyenne de 1200 appels par année, la caserne 4 est l’une des plus sollicitées à Laval.
Est-ce que l’adrénaline est similaire entre un combat de boxe et une intervention d’urgence ?
Le colosse de 6 pieds 5 pouces affirme que ça ne se compare pas.
« Ce ne sont pas les mêmes sensations. Au début, j’avais de la difficulté à être aussi excité que les autres quand on allait au feu. Aujourd’hui, c’est différent.
« Je ne me suis jamais senti en danger parce que nous prenons des risques calculés et que nous sommes supervisés. »
Bergeron se souvient de ses premières interventions sur le terrain.
« La première fois que tu touches à un mort, c’est assez particulier. Pour moi, ça s’est passé lors d’un accident de la route.
« Je me souviens aussi qu’on a réanimé un bébé dans une noyade. Ce ne sont pas des affaires amusantes, mais ça fait partie du boulot. »

Débuts difficiles
À l’instar des autres retraités de la boxe, celui qui a défendu les couleurs d’InterBox a vécu des moments difficiles lors de ses premières années loin du ring.
« Quand je suis rentré ici (à la caserne 4), j’ai trouvé cela difficile, souligne Bergeron. Je n’étais pas prêt parce que j’étais encore sur le high de ma carrière et je pensais encore à boxer.
« Je pensais encore à obtenir de gros combats. »
Comparativement aux autres recrues, Bergeron s’est rendu compte qu’il ne partait pas au même point. Ses collègues le connaissaient par ses exploits sportifs.
« Ils savaient que j’étais sur la liste d’attente. Ma réputation m’a précédé. Je n’ai pas été traité comme une recrue normale, mais les gars étaient super cool avec moi.
« Malgré cela, j’ai fait les mêmes tâches que les autres pompiers de première année. J’ai fait des choses que je n’avais jamais faites dans ma vie comme de la mécanique. Tu apprends sur le tas et ça te bouscule. Ça te donne surtout une bonne dose d’humilité. »

Recul de la boxe
Dans les dernières années, entre ses quarts de travail de pompier, Bergeron a tenté sa chance comme entraîneur. Il a été dans le coin de Schiller Hyppolite, puis dans celui de Steven Butler.
Après la défaite de Butler contre Ryota Murata l’an dernier, il a décidé de prendre du recul par rapport à la boxe. Il n’a pas voulu commenter la fin de son association avec Butler. Par contre, il est en paix avec la situation.
Cependant, il a bien voulu raconter le jour où il a décidé d’accrocher ses gants pour de bon.
« À partir du moment où je suis retourné à l’école pour devenir pompier, je n’ai plus jamais été le même boxeur. Si tu fais d’autres choses en même temps que la boxe, tu ne peux pas être à 100 % partout.
« Après mon dernier combat, j’ai constaté que je n’étais pas capable de faire les deux (boxe et études) au même niveau. Puis, une visite au Temple de la renommée de la boxe m’a confirmé que je devais prendre ma retraite.
« Si tu n’es pas prêt à mourir dans le ring, tu ne boxes pas pour les bonnes raisons. Pour ma part, j’étais convaincu que j’arrêtais pour les bonnes raisons. De plus, je n’avais aucune hésitation lorsque j’en parlais. »
Benoit Gaudet : un charpentier qui a du punch

Benoit Gaudet se souvient de son dernier combat comme si c’était hier. Il faut remonter à 2011, alors qu’il avait affronté un certain Logan McGuinness.
« J’ai subi mon plus gros knock-out en carrière. J’ai retrouvé mes sens lorsque j’étais assis dans mon coin. J’ai perdu cinq minutes.
« Puis, plus tard dans ma chambre d’hôtel, j’ai dit à ma blonde que j’étais écœuré et que je pensais que c’était fini. Même son de cloche avec mes entraîneurs. J’étais à l’aise avec cela. »
Toutefois, la flamme brûlait toujours en dedans de lui.
« J’ai dit à Jean-François Bergeron que je voulais faire un dernier combat pour me prouver. Par contre, après discussion, je voyais bien que ce n’était pas une bonne idée. »
Par contre, ce tiraillement, il l’a eu pendant cinq ans après son dernier duel.

« Ç’a été une guerre avec moi-même, une torture de ne pas retourner boxer. J’en ai fait une dépression. Je n’avais rien fait d’autre que la boxe dans ma vie. D’apprendre à vivre comme tout le monde, ce fut un défi incroyable. Je n’étais pas prêt à cela.
« J’ai souvent voulu recommencer. Une chance que JF, Stéphan Larouche et Pierre Bouchard étaient là pour moi. »
Aujourd’hui, il est charpentier-menuisier sur des chantiers commerciaux.
« Quand je boxais, j’ai pris des informations pour faire mon cours à deux reprises. J’ai toujours eu un intérêt.
« Je savais que je voulais faire cela un jour, mais je ne savais pas quand. J’ai toujours eu un côté manuel. »
Auparavant, il s’occupait du volet boxe d’un centre de conditionnement physique. Toutefois, ce ne fut pas concluant. Un conflit de personnalités a mis fin à l’aventure.
« Je me suis rendu compte que je ne serais pas un bon homme d’affaires. Par contre, comme dans tout ce que j’ai fait dans la vie, je n’ai pas de regrets. »
Fathi Missaoui : retour à ses racines en Tunisie

Fathi Missaoui a vu sa carrière prendre fin dans le cabinet d’un médecin en 2001. À ce moment-là, il venait de subir une délicate opération pour un décollement de la rétine à l’œil droit.
« Le docteur m’avait mis en garde et il m’avait dit : “Si tu recommences à boxer et que ta rétine décolle à nouveau, je ne pourrai rien pour toi.” »
« Ça m’a fait réfléchir. Je ne voulais pas devenir aveugle jusqu’à la fin de mes jours. J’ai décidé de tout arrêter après huit opérations, surtout que ma rétine dans l’autre œil commençait à décoller.
« Avec le recul, ma décision était très difficile à prendre, mais c’était la bonne. Aujourd’hui, je suis capable de voir ma femme et mes enfants. »
Il ne se cache pas pour dire que les deux premières années de son après-carrière ont été ardues.

« Je me suis remonté le moral en devenant entraîneur. Puis, en 2009, je suis parti de Montréal pour entraîner en Tunisie. Je me suis rendu compte que le coaching était très différent dans mon pays natal. »
Avec l’équipe nationale de Tunisie, il a participé à quatre Jeux olympiques à titre d’entraîneur.
« Ici, c’est la vieille école de la boxe. Je suis privilégié d’avoir pu acquérir des connaissances intéressantes avec Stéphan Larouche et Pierre Bouchard à Montréal. »
Est-ce qu’il s’ennuie du Québec ?
« Je ne m’ennuie pas de la température. Par contre, je m’ennuie de la Cage aux Sports pour regarder un bon combat en bonne compagnie avec un bon repas et un pichet de bière. »