Une amitié de 66 ans entre Rodger et «Bergy»
Agence QMI
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C’est peu de le dire : Michel Bergeron vit un deuil immense à la suite du décès de Rodger Brulotte, survenu vendredi, en raison d’un cancer.
Tous les deux natifs de Rosemont, ayant essentiellement le même âge, le célèbre entraîneur de hockey et le tout aussi célèbre analyste de baseball étaient amis depuis toujours.
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« Ça fait 66 ans que je suis avec lui », a-t-il affirmé au cours d’un long entretien accordé à TVA Sports, quelques minutes après l’annonce de sa disparition.
« J’ai tellement de souvenirs, décrire ça en une semaine, ce ne serait pas assez », a-t-il admis.
« À toutes les fois que je revenais de l’hôpital, je me disais, “ça ne se peut pas”. Jamais il ne s’est plaint. Aujourd’hui, il n’est plus là », a-t-il laissé tomber, visiblement ému.
« Bergy » s’est souvenu d’« un gars serviable, tout le temps prêt ». D’une amitié solide comme le roc, malgré de nombreuses engueulades.
« Au golf, des fois, il m’haïssait tellement, a-t-il raconté. Mais j’ai tellement aimé ce gars-là. Des fois, je l’haïssais au bout. Mais on n’était pas capables de se défaire l’un de l’autre. »
« C’était un bon gars, a-t-il réitéré. Toujours prêt à aider tout le monde. Il connaissait tout le monde. Je voulais parler au premier ministre, il avait son numéro personnel. »
Des anecdotes en or
Soixante-six ans d’amitié entre deux personnages de cet acabit, ça permet d’accumuler des histoires impossibles. « Le Tigre » s’est fait plaisir à en raconter quelques-unes.
« Quand j’ai eu mes crises cardiaques, Rodger s’est déguisé en docteur », s’est-il souvenu.
« Personne n’avait le droit de venir me voir, parce que j’étais tout intubé sur la civière, a-t-il continué. Ma femme avait le droit, mais pas mes enfants. Mais Rodgers s’est déguisé en docteur, il a mis une soutane avec l’affaire pour prendre la pression dans le cou. »
« Ma femme était fâchée après lui, a poursuivi Bergeron. Il appelait Ménick, il appelait Richard (Morency), il disait “il est pas si pire” et moi, j’avais tous les tubes dans le nez, dans les oreilles. »
Capable d’être l’ami de tout le monde, Rodger connaissait énormément de gens. Même que parfois, il pensait connaître des personnes... qu’il ne connaissait pas du tout. « Bergy » s’est rappelé d’un jour où son ami lui a demandé de l’accompagner au service funéraire d’une connaissance.
« Je lui ai dit “Rodger, le gars qui est mort, je ne le connais pas“, a-t-il raconté. J’en ris parce que c’est Rodger. On arrive au salon funéraire, le mort est là, on est à genoux devant le cercueil. Je lui dis “Rodger, je ne le connais pas". Savez-vous ce qu’il me dit ? "Moi non plus !”. Là, la veuve s’en vient, elle nous reconnaît. On la prend par le cou, ”on l’a tellement aimé”. Crisse, on ne le connaissait pas ! »
« Le matin, il regardait les sports (dans le journal) et il regardait qui était mort, a-t-il expliqué. Vu qu’il connaissait bien du monde, il y en avait tout le temps un qu’il connaissait. Et là il m’appelait “Bergy, il faut aller au salon mortuaire“. Je lui disais ”non, tu me pogneras pas une deuxième fois”. »
Toujours présent
Incroyablement généreux de son temps, Rodger voulait toujours être avec son ami dans les grands moments.
« J’arrivais coach des Nordiques de Québec, ils m’ont fait une fête, a-t-il indiqué. Qui était en avant à chanter ? Rodger Brulotte. »
« À toutes les fois que je faisais une émission, comme “En Direct de l’Univers“, Rodger appelait le producteur et lui disait ”tu ne peux pas faire l’émission si je ne suis pas là”. C’était souvent une surprise. Et qui arrivait au milieu de la surprise ? C’était Rodger. Il n’est plus là. »
Brulotte était aussi, à sa manière, le plus grand promoteur de son ami.
« Il a demandé à Jim Fanning de m’engager pour coacher les Expos, s’est souvenu Bergeron. Il était fou ! »
Maintenant, il reste le deuil, et le monde d’avant qui disparaît petit à petit.
« Il y a dix ans, René Angelil est mort, a rappelé “Bergy“. Ça m’a marqué, je pense que je le suis encore. Je pense que je n’ai pas fait mon deuil de René encore. Notre petite gang, là, Serge Savard nous appelait ”la petite clique de Rosemont”. Il y avait Pierre Lacroix, qui est décédé. Richard Morency, qui est hospitalisé, (le coiffeur) Ménick et Rodger. »
« Aujourd’hui, j’étais avec Ménick et je lui ai dit “on va être deux à manger des hot dogs”. Parce qu’on est tous des mangeurs de hot dogs. On a été élevé de même à Rosemont, à jouer au hockey, à jouer au baseball, on mangeait des hot dogs et on n’avait pas d’argent dans nos poches. »
Le légendaire analyste a terminé sur un dernier hommage à son grand ami.
« Il a fait partie de la vie des Québécois. Au baseball, il a été le personnage, pas seulement un commentateur. Un grand homme, même s’il se plaisait à dire qu’il n’était pas grand. Un grand homme. »