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Un ambulancier se lance le défi de courir 911 kilomètres en 11 jours pour soutenir ses collègues des services d’urgence

Le Québécois de 53 ans Louis Marois va courir pour une épreuve d’endurance afin de soutenir un organisme venant en aide aux métiers «en uniforme»

Photo François-David Rouleau
Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2026-05-17T04:00:00Z

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C’est parce qu’il était à bout de souffle dans son métier d’ambulancier que la vie de Louis Marois a bifurqué en 2018, et pour le mieux, après avoir suivi une thérapie dans un organisme aidant les métiers « en uniforme ». En septembre prochain, il se lancera dans un gigantesque défi, celui de courir 911 kilomètres en 11 jours pour amasser des fonds.

• À lire aussi : 911 kilomètres de course en 11 jours : un grand et long défi bâti chez lui

L’homme de 53 ans remettra sa collecte à La Vigile, l’organisme qui lui a permis de voir la vie différemment et de poursuivre le métier qui le passionne il y a huit ans.

La date de sa première foulée à Oka n’est pas choisie au hasard. Il la fera le 11 septembre pour souligner les 25 ans des attentats du World Trade Center, à New York. Près de 3000 personnes y ont perdu la vie, dont plus de 400 membres des services d’urgence.

« Peu importe l’événement, quand tout le monde quitte, nous, on rentre. Que ce soit les pompiers, les policiers ou les paramédicaux, on est tous dans le même bateau », rappelle Louis Marois, dans son touchant témoignage au Journal sur les réalités frappantes de son quotidien. Elles l’ont amené à se lancer ce défi.

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De tout depuis 30 ans

Marois, un athlète d’endurance qui a multiplié les courses de type ultra, est ambulancier depuis 1996 sur la Rive-Nord de Montréal. Fort d’une rarissime expérience de 30 ans dans son milieu, il estime avoir tout vu dans son métier. Des accidents fatals de la route aux crises cardiaques, en passant par les appels de détresse et l’écrasement du vol PropAir 420 à l’aéroport de Mirabel. Avec ses deux années de service, il avait été dépêché d’urgence sur les lieux de la tragédie survenue en 1998 et qui avait tué 11 personnes.

Les scènes traumatiques, il les a vues et ne les compte plus depuis longtemps.

« Je peux dire que j’ai un mauvais karma sur les appels. J’en ai eu des très durs avec des visions d’horreur et d’autres qui m’ont confronté à des situations d’impuissance. C’est dur d’encaisser ces coups. »

Photo d’archives, Ben Pelosse
Photo d’archives, Ben Pelosse

Fatigue mentale

Avec la vie qui défile à grande vitesse de nos jours, les paramédicaux n’ont souvent plus le temps de décompresser entre deux appels lourds.

De nombreux maux rongent son métier, qui est plus difficile mentalement que physiquement, selon une étude réalisée par des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) il y a deux ans. Cette recherche réalisée auprès de 282 répondants comptant parmi quelque 5000 membres paramédicaux de la province avait permis de savoir que sept individus sur dix souffrent de dépersonnalisation, soit une baisse d’empathie.

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Marc Vallières/Agence QMI
Marc Vallières/Agence QMI

Cet homme d’action, qui se décrit comme incapable de tourner en rond, a frappé son mur en janvier 2018. Tandis qu’il était fatigué, stressé et plus à cran dans sa vie personnelle, sa conjointe de l’époque l’a amené à aller chercher de l’aide.

« J’étais à bout. On m’a diagnostiqué un syndrome de fatigue de compassion sévère », relate-t-il, à propos de ce qui est le résultat de l’exposition à la détresse, aux souffrances et aux traumatismes des autres.

Retrouver les repères

« On voit beaucoup d’événements traumatiques et de détresse humaine dans le quotidien. L’angle psychosocial, je ne l’ai pas appris à l’école, je l’ai appris sur le tas. À la longue, notre bouclier de protection craque et on vit la peine des gens. Avec une dizaine d’interventions par jour, ça fait beaucoup. On arrive à la maison et on est à bout. Tout est déséquilibré. »

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Un passage salutaire qui a allumé ses lumières

Ses quatre semaines d’hébergement à La Vigile à Québec, passées à baigner dans un univers neutre et à échanger avec des gens œuvrant aussi dans les milieux des services d’urgence, hospitaliers, militaires, et autres métiers « en uniforme », lui ont permis de retrouver une vie plus saine 10 mois plus tard.

« C’était un coup dur sur l’image et l’estime. J’ai ressenti la faiblesse, mais c’était nécessaire. Je n’étais pas seul dans mon bateau. Les intervenants m’ont aidé à allumer mes lumières, travailler sur moi et dresser mon propre constat. »

En sortant de là, Marois aurait pu décider de changer de carrière. Équipé de nouveaux outils et d’un nouveau bouclier pour affronter le quotidien difficile de son boulot, il a décidé de persévérer en faisant honneur à l’une des valeurs principales des paramédicaux.

Photo François-David Rouleau
Photo François-David Rouleau

Avant la retraite, il veut faire plus qu’un don annuel en argent. Il souhaite provoquer un électrochoc à son univers en lançant un message d’espoir pour la santé mentale et redonner à l’organisme qui l’a sauvé de la tempête.

Le coureur espère que son défi de franchir 911 km attirera l’attention au-delà des frontières provinciales et nationales. Selon l’élan de générosité des donateurs dans un contexte économique qu’il sait précaire, il visait au départ 911 000 $ dans son concept 911.

« Mais peu importe le montant amassé, je serai heureux de tout redonner à l’organisme. »

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