«Un million d’actes médicaux inutiles»: les examens et les traitements prescrits sans raison valable engorgent le système de santé
Près d’un acte médical sur trois serait superflu, selon un spécialiste


Louis-Philippe Messier
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Des spécialistes de la santé dénoncent les soins médicaux inutiles, dont la proportion est estimée à 30 % dans le système de santé, et qui entraînent un immense gaspillage de temps, d’argent et d’efficacité.
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« C’est surprenant que personne ne fasse une priorité de la diminution des gestes médicaux inutiles, puisque ça semble une solution incontournable pour faire mieux avec les ressources que l’on a déjà », s’étonne le Dr René Wittmer, président de la campagne Choisir avec soin Québec.
Le chiffre d’environ 30 % d’actes médicaux inutiles a été calculé par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) pour le reste du Canada.
« Il y a environ un million d’actes médicaux inutiles au Canada et ce chiffre ne comprend pas le Québec, qui ne fournit pas ses données à l’ICIS », s’indigne le Dr René Wittmer.
« On est dans les mêmes ordres de grandeur d’actes médicaux inutiles au Québec, soit un peu moins d’un sur trois », estime le Dr Wittmer.
Éliminer ces actes inutiles améliorerait instantanément notre système de santé.
Prescrire pour prescrire
Parfois, une prescription a pour but de « satisfaire » un patient qui n’en a pas besoin, comme si ce dernier n’allait pas se contenter d’un avis médical rassurant sur sa condition.
« Il y a un préjugé tenace chez les médecins comme quoi les patients qui viennent consulter pour un rhume et qui n’ont pas besoin de médicaments ne seront pas satisfaits, à moins qu’on leur en prescrive et qu’ils iront voir d’autres médecins pour en avoir... mais c’est faux », fait remarquer le Dr Wittmer.
Des examens, des radiographies, des prises de sang sont parfois aussi prescrits à la légère, sans motif suffisant.
« On a toute une liste de critères pour déterminer si un examen est indiqué ou contre-indiqué dans une situation donnée », rappelle le Dr Wittmer.
« Si quelqu’un a mal au dos sans autre signe alarmant, sans perte de poids ou traumatisme, ça ne donne rien de l’envoyer passer une radio », poursuit-il.
Si certains tests prescrits ne servent à rien, ils coûtent du temps et de l’argent.
« Dans beaucoup de cas, les examens sont faits par réflexe, par routine, sans qu’on prenne le temps de s’attarder à se demander si la personne en a réellement besoin, et ça encombre le système », déplore-t-il.
Gaspillage systémique
Parfois, des médecins se voient obligés de prescrire des services dispendieux superflus à des patients qui n’ont pas les moyens de se payer certains soins au privé.
« Si je prescris de la physiothérapie à un patient qui en aurait besoin, mais qui n’a pas les moyens de s’en payer parce que ce n’est pas couvert, ça ne donne rien : je vais alors envoyer ce patient chez un médecin spécialiste, ce qui va augmenter la liste d’attente déjà longue, parce que ce sera couvert », déplore-t-il.
« C’est la même chose, hélas, avec les soins psychiatriques : il y a des patients qui auraient seulement besoin d’un bon psychologue, mais qui n’y ont pas accès, de sorte que l’on doit les envoyer vers un psychiatre », poursuit-il.
Santé Québec a récemment ouvert des cliniques musculosquelettiques pour offrir des soins en physiothérapie ou en ergothérapie sans frais pour le patient et désengorger les listes d’attente de médecins spécialistes débordés.
« C’est un pas dans la bonne direction », commente le Dr Wittmer.