Un cycliste dénonce un chauffeur de pick-up qui l’a intimidé: «C’était un geste de haine!»


Anne-Sophie Poiré
Partager
Un cycliste de Québec qui roulait dans une bande cyclable affirme avoir été victime d’intimidation de la part d’un conducteur de camionnette qui aurait donné «un coup de volant» en sa direction. Ce genre de comportements haineux envers les vélos, dit-il, serait de plus en plus fréquent sur la route.
• À lire aussi: Il faudrait plus que doubler le nombre de pistes cyclables à Montréal
• À lire aussi: Doit-on arrêter d’écouter les «véloanxieux», ces «faux experts» qui critiquent les pistes cyclables?
«Le chauffeur du pick-up m’a mis en danger de mort, littéralement», dénonce Alexis Richard, 30 ans, qui raconte avoir été victime d’une énième tentative de harcèlement de la part d’un automobiliste, le 27 septembre dernier.
Alors que le cycliste roulait vers l’est dans la bande cyclable du chemin Saint-Louis, à Québec, le chauffeur d’une camionnette noire couverte d’un lettrage blanc et rouge aurait tenté de l’effrayer en le poussant jusqu’à la chaine de trottoir avant de repartir en accélérant.
«J’étais clairement dans ma voie et je respectais toutes les règles de la route», assure Alexis Richard.
«C’était un geste de haine! Non seulement il m’a donné la peur de ma vie, mais lui, il s’est juste dit que c’était une bonne idée de passer proche de tuer quelqu’un cette journée-là», s’indigne-t-il.
Vélos c. autos
Ce n’est pas la première fois que le cycliste dit être victime de violence de la part d’automobilistes. Dans une vidéo publiée sur TikTok, il parle même d’une «tendance» propulsée par les «radios poubelles» de Québec.
@arichardvideo Tu manques un brin ton move : je suis mort. Pense à ça. Malheureusement, c’est encore d’actualité. . . . #cycling #training #danger #quebec ♬ original sound - Alexis Richard
En avril 2024, l’animateur de la station Radio X Louis Gauvin suggérait aux conducteurs de donner «un petit coup de volant» en direction des vélos qui roulent dans la rue pour leur signifier qu’ils n’avaient «pas d’affaire à être là» et qu’ils faisaient «chier».
• À lire aussi: Un animateur de radio suggère de donner «un petit coup de volant» aux cyclistes dans la rue
Et en cas d’accident de la route menant à un décès?
«Il avait juste à ne pas être là. J’ai juste donné un petit coup de volant», s'était défendu M. Gauvin.
Alexis Richard témoigne également de commentaires malveillants laissés par des utilisateurs de TikTok sous sa vidéo publiée il y a deux jours. Certains trouvent «dommage» que le pick-up l’ait «manqué», tandis que d’autres appellent à la haine envers les cyclistes.
La Ville de Québec dénonce fermement le comportement de l’automobiliste décrit par Alexis Richard dans sa vidéo.
«C’est aussi inacceptable que dangereux et ça n’a pas sa place sur aucune route», a répondu à 24 heures le porte-parole de la Ville, Jean-Pascal Lavoie.
Il assure que l’administration municipale poursuivra «ses efforts de sensibilisation» pour le partage de la route, tout en offrant «des infrastructures sécuritaires pour les usagers».
«Il faut aussi qu'on sensibilise au fait que le risque que l'on représente pour les autres usagers de la route dépend de notre mode de déplacement», précise quant à lui le directeur des affaires publiques et gouvernementales chez Vivre en Ville, Samuel Pagé-Plouffe.
Un vélo n’a pas le même poids qu’une camionnette, illustre-t-il.
Le vélo, le bouc émissaire
Chez Vélo Québec, on ne s’étonne pas qu’un automobiliste puisse avoir un tel comportement.
«Plusieurs cyclistes ont témoigné de coups de klaxon ou de conducteurs qui font mine d’accélérer à un arrêt, y compris des gens qui se déplacent à vélo avec leurs enfants», dénonce la directrice des programmes de l’organisme, Magali Bebronne.
«Dans les dernières semaines, il y a un climat de polarisation sur la question des pistes cyclables dans certaines grandes villes. Ça se reflète par un niveau d’agressivité qui augmente envers les cyclistes», affirme-t-elle.
Selon Mme Bebronne, «le vélo est devenu le bouc émissaire pour ce qui va mal dans les municipalités».
«Le discours ambiant tend à légitimer les gestes haineux de la part d’automobilistes et c’est vraiment regrettable», signale-t-elle.
Devant la hausse du harcèlement sur la route, Alexis Richard affirme prioriser l’entrainement sur son vélo à l’intérieur plutôt que de rouler sur la voie publique.
«C’est dommage, parce qu’on a de plus en plus de belles pistes cyclables à Québec. Mais un cycliste qui habite en plein centre-ville pour éviter ce genre de comportement, ça ne fait pas de sens», déplore-t-il.
Un débat tendu aussi à Montréal
Les pistes cyclables sont au coeur de la campagne électorale à Montréal.
Après avoir proposé cet été de «faire une petite pause» dans la construction de pistes cyclables, la cheffe du parti Ensemble Montréal et candidate à la mairie, Soraya Martinez Ferrada, répète son intention de mener un audit pour s’assurer que les pistes «sont bien aménagées et sécuritaires».
• À lire aussi: Soraya Martinez Ferrada voulait encore plus de pistes cyclables en 2024
En septembre, elle s’est aussi présentée comme une «victime» de la polarisation entourant les pistes cyclables.
Mais pour son adversaire de Projet Montréal, Luc Rabouin, c’est plutôt Mme Martinez Ferrada qui contribue à la polarisation dans le dossier.
Plus récemment, les millionnaires Olivier Primeau et Luc Poirier ont critiqué la nouvelle configuration du croisement entre l’avenue Christophe-Colomb et la rue Bellechasse, à Montréal, où l’une des premières intersections protégées pour améliorer la sécurité des piétons et des cyclistes a récemment été inaugurée.
• À lire aussi: Christophe-Colomb/Bellechasse: on vous explique la nouvelle intersection décriée par Olivier Primeau et Luc Poirier