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Turgeon au Temple de la renommée: une injustice corrigée

«Ça fait des années que je sais qu’il est un “Hall of Famer”» –Stéphane Matteau

Photo d'archives, LE JOURNAL DE MONTRÉAL
Photo portrait de Jean-François Chaumont

Jean-François Chaumont

2023-06-22T16:00:00Z

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«Je trouvais ça illogique. Je croyais que tu ne pouvais pas faire rentrer un gars à 1000 ou 1100 points quand Pierre Turgeon est à 1300. Il se retrouvait isolé parmi les grands. Je ne comprenais pas. Ils ont maintenant fermé ce trou en faisant rentrer Pierre.»

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Ami d’enfance à Rouyn-Noranda, ancien rival et coéquipier dans la LNH, Stéphane Matteau reste catégorique. Turgeon méritait sa place au Temple de la renommée de la LNH depuis longtemps. 

Avec 1327 points (515 buts, 812 passes) en 1294 matchs, Turgeon se retrouve au 34e rang des meilleurs marqueurs dans l’histoire. 

Avant de recevoir l’appel de Lanny McDonald et de Mike Gartner mercredi, le Québécois avait le sentiment d’être seul sur son île. Des 33 joueurs avant lui et des dix joueurs après lui dans la colonne des points, il était le seul qui n’avait pas sa place dans la Mecque du hockey à Toronto. 

Jaromir Jagr (2e), Joe Thornton (12e), Sidney Crosby (15e), Alexander Ovechkin (16e) et Patrick Kane (41e) n’ont pas encore fait leur entrée au Temple de la renommée, mais ils ne peuvent y être puisqu’ils n’ont pas encore accroché leurs patins ou ils n’ont pas patienté les trois ans avant une retraite complète du hockey. 

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Dans le cas de Jagr, il roule encore sa bosse avec l’équipe de Kladno en Tchéquie, ce qui est explique son absence.  

Stéphane Matteau
Stéphane Matteau Photo d'archives, AFP

La modestie

Matteau, un ancien gagnant de la Coupe Stanley avec les Rangers en 1994, roulait vers une école de hockey dans la région de New York jeudi matin quand il a pris l’appel du Journal. 

Il respirait le bonheur en parlant de son complice de toujours. 

«Ça fait des années que je sais qu’il est un Hall of Famer. J’ai grandi avec Pierre. Il est mon plus vieux chum. On a tous les deux 53 ans. J’ai toujours su qu’il était un Hall of Famer. Pierre est le gars le plus modeste et humble que je connais. Il n’en parlait pas. Mais ses amis savaient qu’il méritait sa place au Temple. Il ne déterminait pas sa vie avec ça. S’il avait passé son tour encore cette année, il aurait été déçu, mais il n’aurait pas boudé. C’est une belle récompense pour la famille Turgeon. Il peut maintenant fermer ce livre et passer à autre chose.»

«On doit arrêter le critère qu’il n’a jamais gagné la Coupe Stanley ou atteint une finale, a-t-il continué. Pierre a toujours bien représenté la LNH. Il était un athlète formidable.»

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«Dans les 18 membres du comité, il y a beaucoup de monde de Toronto et de l’Ouest. Quand j’ai vu les noms de Luc Robitaille et Marc De Foy, j’étais rassuré. Pierre a travaillé pour Luc à Los Angeles. Ils ont un bon lien d’amitié et de respect.»

Au moment de l’annonce du choix de Turgeon, Matteau frappait la petite balle blanche sur un terrain de golf. Il a déposé ses bâtons quelques minutes pour parler à son vieil ami. 

«J’étais un peu nerveux vers 14h. J’attendais le moment. Je sentais qu’il était pour être élu cette année. Je regardais les noms qui sortaient comme candidats, comme Mogilny et Roenick, je me disais que Pierre devait passer avant.» 

«Pierre n’en parlait pratiquement jamais. C’était son année. Le timing était bon. C’était aussi un bon moment l’an dernier, mais on ne vivra pas dans le passé!»

«Je lui ai parlé tout de suite après l’annonce mercredi. J’étais surpris de voir qu’il m’a répondu immédiatement. Quand il a vu mon nom, il voulait me parler. Je suis tellement fier de mon chum.»

Pierre Turgeon
Pierre Turgeon Photo d'archives, LE JOURNAL DE MONTRÉAL

Les mêmes voitures, mais pas une Ferrari 

Stéphane Matteau et Pierre Turgeon ont grandi ensemble à Rouyn-Noranda. Ils ont joué au hockey, mais aussi au baseball au sein de la même équipe, participant même à la célèbre série mondiale des petites ligues à Williamsport à l’été de 1982 avec Éric Desjardins et André Racicot. 

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Les deux jeunes originaires de Rouyn-Noranda ont tracé leur chemin jusqu’au sommet. 

«On rêvait comme tous les jeunes, a dit Matteau. Je l’explique aussi à mes jeunes quand je participe à des écoles de hockey ou que je visite des écoles primaires. Enfant, tu as le droit de rêver à des trucs incroyables ou impossibles. Quand nous avions 10 ou 11 ans, Pierre et moi, nous nous imaginions dans la LNH. Nous avons atteint notre objectif. Et bien plus.»

Quand il replonge dans ses souvenirs, l’ancien ailier qui a connu une carrière de 848 matchs ne peut s’empêcher de sourire en pensant à l’influence de l’ancien premier de classe du repêchage de 1987 par les Sabres de Buffalo. 

«Pierre était mon modèle et mon idole même s’il était mon meilleur chum. Il jouait avec des bâtons Victoriaville. Je jouais avec la même marque de bâton. Je m’achetais aussi des voitures comme lui. Mais je n’avais pas commencé avec une Porsche comme lui. Je l’ai suivi pour les autos jusqu’au jour où il s’est payé une Ferrari!» 

«Je le suis depuis notre enfance. J’ai déménagé à West Palm Beach il y a trois ans pour le retrouver là-bas en Floride. Il a eu une grande influence.»

«Quand je jouais contre lui, je recevais aussi des avertissements de mes coéquipiers, a-t-il enchaîné. Ils savaient qu’il était mon meilleur ami, mais ils voulaient que je le frappe comme les autres. Si je ne le plaquais pas, je me faisais brasser à mon retour sur le banc. J’ai joué contre lui en séries. Quand nous avons gagné la coupe en 1994 avec les Rangers, nous avions éliminé les Islanders au premier tour.»

Mais pour Matteau, un de ses plus précieux souvenirs dans la LNH reste la saison 1996-1997. 

«C’est la saison où Réjean Houle avait échangé Pierre aux Blues de St. Louis, s’est-il remémoré. Il était mon cochambreur sur la route pendant près d’un an. Nous étions tellement heureux de partager le même vestiaire avec les Blues.»

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