«Tuez-les tous»: pourquoi les États-Unis sont soupçonnés de crimes de guerre au Venezuela

Gabriel Ouimet
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Le gouvernement de Donald Trump est soupçonné d’avoir commis des crimes de guerre lors des attaques meurtrières menées contre des bateaux de narcotrafiquants présumés au large du Venezuela, alors que les indices s’additionnent quant à la possible invasion du pays d’Amérique latine par les États-Unis.
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Le 2 septembre dernier, un avion de l’armée américaine a bombardé un bateau soupçonné de transporter de la drogue près des côtes du Venezuela.
Les autorités américaines ont annoncé que l’embarcation appartenait au groupe criminel vénézuélien Tren de Aragua, désigné «organisation terroriste» par Washington. Elles ont précisé que tous les occupants avaient été tués lors des frappes.
Une enquête publiée vendredi par le Washington Post révèle toutefois que le premier bombardement aurait éliminé seulement 9 des 11 trafiquants qui se trouvaient à bord. Deux d’entre eux auraient survécu pendant de longues minutes en s’accrochant à des morceaux de l’épave.
Le chef du Commandement des opérations spéciales aurait ensuite ordonné une deuxième attaque ciblant les survivants afin de se conformer aux ordres du secrétaire à la Défense Pete Hegseteh.
«Tuez-les tous», aurait ordonné ce dernier avant l’opération.
Pete Hegseth a nié les faits qui lui sont reprochés, qualifiant l’information de «fausse nouvelle».
Crime de guerre ou «simple» meurtre?
Dimanche, des législateurs démocrates et républicains, ainsi que d’anciens militaires, ont tiré la sonnette d’alarme, affirmant que Pete Hegseth pourrait avoir commis un «crime de guerre» en ordonnant une attaque supplémentaire dans l’objectif de tuer les survivants de l’embarcation.
«Il est très probable qu’un crime de guerre ait été commis. Bien sûr, pour qu’il s’agisse d’un crime de guerre, il faut accepter toute la construction de l’administration Trump... à savoir que nous sommes en conflit armé, en guerre contre ces gangs de trafiquants de drogue. Si cette théorie est fausse, alors il s’agit purement et simplement d’un meurtre», a notamment déclaré le sénateur démocrate du Maryland, Chris Van Hollen, lors d’une entrevue diffusée sur le réseau américain ABC News.

Les règles de droit international dans de tels conflits armés sont dictées par les Conventions de Genève, qui interdisent de prendre pour cible des participants blessés. Théoriquement, ces derniers doivent plutôt être arrêtés et soignés.
De nombreux experts juridiques ont plutôt affirmé que les trafiquants de drogue présumés sont des civils, et non des combattants. Ces frappes constitueraient donc des exécutions interdites par les lois internationales, mais aussi par les lois américaines et les règlements du département de la Défense.
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Des opérations contestées
Donald Trump accuse le président vénézuélien, Nicolas Maduro, d’être à la tête du «Cartel des Soleils», un réseau de trafic de drogue visant le territoire américain.
Pour remédier à la situation, Washington a déployé au mois de septembre des navires de guerre et un sous-marin au large du Venezuela. Depuis, une vingtaine d’embarcations soupçonnées de transporter de la drogue ont été éliminées par l’armée américaine.

Ces opérations ont tué au moins 83 personnes.
Donald Trump et ses collaborateurs martèlent qu’elles sont essentielles pour protéger les Américains contre le fentanyl, l’opioïde de synthèse à l’origine de la pire épidémie de surdoses de l’histoire des États-Unis.
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Or, la plupart du fentanyl consommé aux États-Unis provient du Mexique et non d’Amérique du Sud, selon les autorités frontalières américaines.
Les experts estiment qu’il n’y avait probablement pas — ou, du moins, très peu — de fentanyl à direction des États-Unis dans les bateaux abattus récemment par Washington dans les Caraïbes.
Les États-Unis n’ont d’ailleurs jamais présenté de preuves que ces navires étaient impliqués dans le trafic de drogue.
Plusieurs experts et organisations internationales, dont l’ONU, contestent la légalité des opérations américaines.