«Tu les veux où tes sept balles? » : une militante Inuk submergée de messages haineux

Axel Tardieu
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Chaque jour, Emily Fleming-Dubuc reçoit une cinquantaine de messages haineux sur TikTok et Instagram. Cette militante Inuk est la cible d’insultes racistes à cause de ses vidéos sur les droits autochtones et se sent impuissante face à ce déferlement de haine qui prend de l’ampleur.
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« Tu les veux où, tes sept balles ? Gros déchet de la société », lit-elle. « C’est l’une des premières menaces de mort que j’ai reçue », raconte la militante.
Emily Fleming-Dubuc est une militante Inuk de 31 ans vivant à Montréal. Quand elle n’étudie pas pour son bac en travail social, elle crée du contenu en ligne sur les droits autochtones.
Elle a commencé à créer du contenu en 2020, mais depuis deux ans, les messages haineux se multiplient, surtout sur TikTok.
« Je reçois des commentaires racistes, comme : “Ostie d’indienne”. On me traite de BS, d’alcoolique », explique-t-elle.
« Il y a une montée de la haine, de la violence. Je trouve ça assez inquiétant. »
« Décalisse »
Son combat du moment : protéger un territoire ancestral en Mauricie contre les coupes forestières.
Ses vidéos ont entraîné beaucoup de réactions. « Ils sont gras comme des voleurs, que les camions foncent dedans, ça va en faire moins », lui a écrit un internaute.
« Décalisse avec les hindoux, vous méritez de manquer de tout », lui a dit un autre utilisateur.
Emily Fleming-Dubuc estime recevoir chaque jour une cinquantaine de messages haineux. Les auteurs seraient essentiellement des hommes qui écrivent avec leur vraie identité.

Exposer les auteurs
« Ça me fait de la peine, ça me met en colère, confie-t-elle. Je pense que ça dérange de voir une femme autochtone, une femme marginalisée, prendre parole comme ça. »
Selon Stéphane Villeneuve, professeur à l’UQAM et expert en prévention de la cyberintimidation, les femmes autochtones sont aussi davantage ciblées et souvent par des hommes, avec des attaques plus agressives ou sexualisées.
Malgré ces vagues de haine au quotidien, la militante veut continuer à partager la réalité des communautés autochtones et n’hésite plus à se faire justice soi-même en diffusant publiquement le nom des auteurs.
Elle ne croit pas que les plateformes en ligne la protégeront contre les auteurs de ces messages.
Des signalements inutiles ?
Les réseaux sociaux ne combattent pas sérieusement les propos haineux, confirme le professeur Stéphane Villeneuve.
« Même si on fait des signalements, ces plateformes veulent plus le profit que la sécurité des gens », dit-il.
Pour Stéphane Villeneuve, il faut malgré tout continuer à signaler les auteurs et pousser le gouvernement à mettre plus de pression sur ces géants du web pour lutter contre le cyberharcèlement.
L’avis d’avocats
Peut-on compter sur les lois canadiennes et québécoises pour nous protéger ?
Selon l’avocat criminaliste Adam Ginzburg, « la cyberintimidation n’est pas une infraction criminelle en soi ».
Au Québec, la liberté d’expression protège même des propos offensants ou racistes.
Par contre, « les mots peuvent devenir des infractions criminelles quand il y a des menaces de causer la mort ou des lésions ».
Un harcèlement répété pourrait aussi être un crime si la personne craint pour sa sécurité.
D’un casier à la prison
La propagande haineuse peut aussi être un crime en soi, selon l’avocate en droit criminel Marie-Pier Boulet : « Si ce sont des messages fréquents à caractère public qui visent à ce que des gens se révoltent contre un groupe, par exemple ».
Les auteurs risquent alors un casier judiciaire, des amendes ou de la prison.
Les victimes de messages haineux peuvent donc porter plainte à la police, qui peut retracer les auteurs... à condition que les forces de l’ordre en aient le temps.
« Les effectifs policiers sont débordés et ne vont pas prioriser ces dossiers malheureusement », explique Marie-Pier Boulet.
Une chose est sûre, le Code criminel évolue beaucoup moins vite que les usages des réseaux sociaux.