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Trump, Groenland et géopolitique: un roman de Mo Malo qui secoue le débat

Photo fournie par Alexandre Isard
Photo portrait de Karine Vilder

Karine Vilder

2025-12-05T22:00:00Z

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En réaction aux déclarations de Trump, l’écrivain français Mo Malo signe un court roman qui va prendre de court bien des lecteurs et lectrices!

Revenons quelques mois en arrière. À peine de retour au pouvoir, Donald Trump réitère haut et fort son intention de mettre la main sur le Groenland. 

Bien sûr, ça suscite pas mal de réactions, dont celle Marie Leroy, directrice du département de littérature aux Éditions de La Martinière. Ne faisant ni une ni deux, elle décide de contacter Mo Malo, qui a déjà à son actif une série de polars se situant au Groenland (Qaanaaq, Disko, Nuuk et Summit), pour lui proposer de réagir à chaud aux déclarations du président américain dans un roman très court, très incisif.

«J’ai dit oui, d’accord, je relève le défi, explique Mo Malo, qui vit aux environs de la ville d’Orléans, à environ 130 km de Paris. Je ne vous apprends sans doute rien en affirmant que Trump et son administration ont voulu soudoyer de manière sonnante et trébuchante la population groenlandaise. Ils s’imaginent qu’il suffit de distribuer des biftons à l’homme de la rue pour réussir à le convaincre que c’est une bonne idée d’aller dans le giron américain. On sait que les États-Unis se sont souvent étendus, qu’ils ont souvent élargi leurs frontières en mettant la main au portefeuille.»

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«Donc voilà, tout ça pour dire que moi, je n’ai pas eu l’impression de pousser les curseurs de la fiction si loin que ça. On m’a beaucoup posé la question: est-ce que ce court roman serait une dystopie? Mais non, on est plutôt dans un avenir possible, même proche. J’ai essayé de mettre la fiction au service de ces propos et de ce débat, sans aller plus loin que nécessaire», ajoute l'auteur.

Un chantage abject

Avec Groenland, le pays qui n’était pas à vendre, on est donc projeté quelques années en avant. Combien? L’histoire ne le dit pas. Mais assez pour que le Groenland, qui est à l’heure actuelle un territoire autonome de la Couronne danoise, soit depuis peu devenu un État souverain. 

À sa tête, le premier ministre, Frederik Karlsen. C’est d’ailleurs grâce à lui que le Groenland a été en mesure d’obtenir son indépendance. Sauf que ce même Frederik Karlsen est sur le point de mettre son propre pays aux enchères. Et les États-Unis, la Chine, la Russie et le Danemark sont prêts à débourser une petite fortune pour l’acquérir, le sous-sol du Groenland regorgeant de ressources naturelles totalement inexploitées.

L’enchère minimale a déjà été fixée à 100 millions de dollars, et la vente ferme doit être conclue sans faute au cours des cinq prochaines heures. 

Un véritable cauchemar pour le peuple groenlandais, tout en étant diffusé en direct à la télé et sur les réseaux sociaux. Mais pour Frederik Karlsen, c’est encore pire. Séquestré dans une cabane isolée, il n’a pas le choix d’orchestrer calmement ces enchères s’il veut pouvoir revoir sa femme et sa fille vivantes, qui ont toutes deux été kidnappées plus tôt dans la journée...

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Escalade des prix!

«Ce dispositif — les enchères, le rapt du premier ministre et de sa famille — peut sembler extrême, mais il permet de dénoncer l’attitude des États-Unis tout en restant crédible, précise Mo Malo. Je voulais que la fiction flirte avec le réalisme, que le militantisme passe par l’action plutôt que par le discours. Bien sûr, mon premier ministre prononce un discours final, solennel, mais j’ai veillé à ce qu’il reste digeste, percutant, et qu’il serve le récit plutôt que de l’alourdir.»

Pendant que les secondes s’égrènent, on voit avec angoisse les chiffres monter. Trois milliards de dollars, cent soixante milliards de dollars, deux cent cinquante milliards de dollars...

«Pour moi, il était important que le lecteur ressente cette tension, poursuit Mo Malo, qu’il comprenne que derrière l’humour noir et l’exagération, il y a un enjeu sérieux: le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, face à la cupidité et aux manœuvres géopolitiques.»

Entre suspense et satire, ce court roman met donc en lumière la fragilité des nations face à l’avidité de certains...

Photo fournie par Éditions de La Martinière
Photo fournie par Éditions de La Martinière

Groenland, le pays qui n’était pas à vendre
Mo Malo
Éditions de La Martinière
180 pages

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