«Gabriel’s Moon», le nouveau roman où William Boyd revisite l’histoire de l’espionnage


Karine Vilder
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Dans Gabriel’s Moon, l’écrivain britannique William Boyd revisite l’âge d’or de l’espionnage et nous invite à côtoyer l’un de ses personnages les plus attachants.
Par le passé, l’écrivain britannique William Boyd a maintes fois flirté avec le roman d’espionnage. Il y a une douzaine d’années, la famille du célèbre Ian Fleming lui a même demandé d’ajouter un nouvel opus à la série des aventures de James Bond — ce qu’il a fait avec Solo.
«La littérature du XXe siècle regorge d’écrivains sérieux qui se sont essayés au roman d’espionnage, affirme William Boyd, qu’on a pu joindre chez lui dans le quartier de Chelsea, à Londres. Joseph Conrad a ouvert le bal en 1907 avec L’agent secret, et ensuite, bien d’autres lui ont emboîté le pas: Graham Greene, Elizabeth Bowen, Muriel Spark, Ian McEwan, Sebastian Faulks, John Banville, Norman Mailer...»
«Le monde des espions est très proche de notre propre expérience parce qu’on a tous menti, trahi quelqu’un ou été trahis. C’est un genre qui reflète nos vies et qui, pour cette raison, parle souvent davantage aux lecteurs qu’un roman classique. L’espionnage amène donc du suspense à l’histoire, bien sûr, mais surtout plus de nuances et de détails.»
Après avoir terminé Le Romantique, son précédent livre, William Boyd a eu l’envie de travailler sur quelque chose de plus léger, de plus amusant, et qui ne serait pas trop long à écrire.
«On m’a approché pour faire une série télé sur la guerre froide, mais elle n’a finalement jamais vu le jour, raconte-t-il. Du coup, je me suis retrouvé avec une masse d’informations sur les années 60. Or, la guerre froide a été la grande époque de l’espionnage: avec une technologie encore relativement rudimentaire, les agents sur le terrain jouaient un rôle crucial. Le cadre idéal pour Gabriel’s Moon!»
Espion malgré lui
Avec ce roman, William Boyd nous entraîne ainsi directement au début des années 60.
«Une époque où tout le monde fumait, buvait, portait des vêtements bizarres et devait trouver une cabine téléphonique pour pouvoir passer des coups de fil une fois dehors, s’exclame-t-il. C’est en quelque sorte un monde perdu!»
Gabriel Dax, son nouveau héros, est journaliste de voyage pour un quotidien britannique. Alors qu’il se trouve à Léopoldville, on lui offre sur un plateau un entretien avec Patrice Lumumba, le premier ministre d’un Congo qui vient d’acquérir son indépendance.
Au fil de la conversation, l’homme d’État lui confiera qu’au moins trois personnes appartenant à diverses ambassades cherchent à l'éliminer. Vrai? Faux? Difficile à dire.
Toujours est-il qu’à son retour à Londres, Gabriel sera approché par une agente du MI6, qui sollicitera son aide pour une mission en apparence toute simple... et qui lui apprendra aussi la mort de Lumumba bien avant qu’elle ne soit officiellement annoncée dans les journaux.
«Mes espions sont invariablement des amateurs qui n’auraient jamais imaginé un jour se retrouver plongés dans un tel milieu, poursuit William Boyd. Ce ne sont pas des James Bond: ils n’ont ni gadgets sophistiqués ni sang-froid inébranlable. Ce sont des gens ordinaires qui commettent des erreurs ordinaires, et c’est précisément ce qui les rend intéressants.»
Trois fois plus de plaisir
Même s’il ne connaît rien aux armes à feu et qu’il n’a pas la moindre expérience sur le terrain, Gabriel ne tardera pas à accomplir quelques petites missions pour le MI6.
Boyd insiste: «C’est un type “normal” qui va devoir tout apprendre. Mais comme il est intelligent, il devient assez vite compétent. C’est une sorte d’éducation étrange: il commence à douter, à raisonner, à se sauver lui-même et à agir par ses propres moyens!»
Ce qui le changera totalement de son tranquille quotidien, qu’on découvrira à travers un brillant procédé: les transcriptions de ses séances chez la Dre Katerina Haas, la psy qu’il consulte pour essayer d’endiguer son problème chronique d’insomnie.
«Pour tous mes livres, le défi, c’est l’architecture du récit, explique William Boyd. Dans un roman d’espionnage, c’est encore plus crucial: il y a une énorme quantité de planification, ce qu’on révèle, ce qu’on retient...»
Cela dit, dès l’écriture du premier tome, il avait la suite en tête.
«Je savais que la fin appelait un deuxième livre, ajoute-t-il. Je suis à mi-parcours du troisième et je pense que les lecteurs seront heureux de découvrir la suite. J’ai dit à mon éditeur que j’allais écrire les trois livres en trois ans. Ils peuvent se lire séparément, mais si on lit les trois, l’expérience sera plus riche.»
Et bonne nouvelle, Gabriel Dax n’a pas fini de l’accompagner.
«C’est un personnage formidable et je suis sûr qu’après la trilogie, j’écrirai encore un roman avec lui.»
De quoi nous réjouir, surtout qu’on devrait bientôt pouvoir voir Gabriel’s Moon sur grand écran.

Gabriel’s Moon
William Boyd
Éditions du Seuil
368 pages