Trump accuse Harris et les démocrates d’exécuter des bébés: on vous explique d’où vient le mensonge


Gabriel Ouimet
Partager
Donald Trump a faussement accusé, mardi soir, Kamala Harris et les démocrates de tuer légalement des bébés en pratiquant des avortements au neuvième mois de grossesse ou après la naissance. Voici d’où vient cette fausse affirmation.
• À lire aussi: Des migrants haïtiens volent des chats pour les manger: voici d’où vient le mensonge avancé par Trump
• À lire aussi: Économie, immigration, climat, armes à feu: on vous résume les positions de Harris et de Trump
«Les démocrates sont favorables à l'avortement au cours du neuvième mois», a déclaré à tort Donald Trump lors du débat l’opposant à Kamala Harris, mardi soir.
L'ancien président est ensuite revenu sur une déclaration controversée datant de 2019 de l’ancien gouverneur démocrate de Virginie-Occidentale, le neurologue pédiatrique Ralph Northam. Questionné sur la manière de soigner un bébé né avec des complications fatales, il avait répondu que l'État «déciderait quoi faire du bébé» après sa naissance.
«En d'autres termes, nous exécuterons le bébé», a lancé mardi soir Donald Trump en référence à cette réponse de Ralph Northam.
L’attaque de Donald Trump contre Kamala Harris s'appuie également sur un mensonge complotiste abondamment répandu dans les cercles républicains: «L’avortement après la naissance» serait permis dans des États démocrates comme la Californie, New York et le Minnesota.
La modératrice rectifie le tir
Mardi soir, la modératrice du débat diffusé sur le réseau ABC, Linsey Davis, a rapidement corrigé l'ancien président.
«Il n'y a aucun État dans ce pays où il est légal de tuer un bébé après sa naissance», a rectifié la journaliste.
«Nulle part en Amérique une femme qui mène sa grossesse à terme ne demande ensuite un avortement. Ce n'est pas le cas, c'est insultant pour les femmes américaines», a pour sa part insisté la candidate démocrate, Kamala Harris.
@thegoodliars Many conservatives believe ab***ion is happening after birth and use this false information to push for ab***ion bans. #rnc #milwuakee #wisconsin #interview #fyp ♬ original sound - The Good Liars
Un mensonge visant à interdire l’avortement
Il faut savoir qu'aux États-Unis, les opposants à l’avortement se servent régulièrement de termes comme «exécution», «meurtre» ou encore «infanticide» pour parler des interruptions volontaires de grossesse (IVG).
Ces termes sont remis de l’avant chaque fois que des démocrates s’opposent à des projets de loi conservateurs qui visent à interdire ou à restreindre le droit à l’avortement, comme le Born-Alive Abortion Survivors Protection Act, que les républicains ont proposé à quatre reprises devant le Congrès américain entre 2015 et 2023.
S’il était adopté, le projet de loi exigerait que les médecins fassent tout en leur pouvoir pour sauver la vie d’un enfant qui serait né et aurait survécu après une tentative d’avortement, sans quoi ils s’exposeraient à des poursuites criminelles.
Les opposants y voient une manière de décourager les médecins de pratiquer des IVG.
Des cas «extrêmement rares»
Il est «extrêmement rare» qu’un fœtus survive alors qu’il devait être avorté, soulignait en 2019 le Dr Daniel Grossman, porte-parole du Collège américain des obstétriciens et gynécologues.
En entrevue au New York Times, il expliquait que dans de très rares cas d’avortement tardif, le processus d’accouchement peut devoir être déclenché, notamment pour sauver la vie de la mère.
Dans de tels cas, qui ne surviennent à peu près jamais, comme le soulignait le Dr Grossman, il peut arriver que le fœtus naisse. Ses chances de survie sont à peu près inexistantes et le fœtus meurt sans que les médecins s’acharnent à le réanimer.
Les démocrates se sont opposés au projet de loi républicain, principalement parce qu’il imposerait aux médecins de tenter de réanimer l’enfant dans de tels cas, même quand la femme qui souhaitait mettre un terme à sa grossesse s’y oppose.
Les républicains pro-vie dénoncent quant à eux la position de leurs adversaires démocrates et les accusent de permettre les meurtres légaux de bébés naissants.
• À lire aussi: Quatre déclarations qui semblent prouver que Donald Trump et J.D. Vance sont bizarres