Trois hommes tués au hasard à Montréal et à Laval: le suspect en possession de deux armes à feu artisanales
L’enquête publique du coroner sur le triple meurtre en août 2022 s’est amorcée hier

Erika Aubin
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Le jeune atteint de schizophrénie qui a tué trois hommes ciblés au hasard dans le Grand Montréal en août 2022 était en possession de chargeurs, d’une centaine de balles et de pistolets fantômes qu’il a probablement fabriqués lui-même en se renseignant sur internet.
Lorsqu’il a été abattu par la police après une cavale meurtrière, Abdulla Shaikh avait un glock dans sa chambre de motel et un autre dans son véhicule. Ces deux armes à feu de fabrication artisanale ont été assemblées de façon privée, a détaillé Marc-André Dubé, sergent-détective à l’Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes.

Une enquête du coroner est en cours pour faire la lumière sur les meurtres d’André Lemieux, 64 ans, de Mohamed Belhaj, 48 ans, et d’Alex Levis-Crevier, 22 ans. Les trois victimes tuées par balles ont été ciblées au hasard.
Le pistolet retrouvé dans la voiture du suspect de 26 ans était équipé d’un dispositif permettant le tir en mode automatique, ce qui ajoute à la dangerosité, selon l’expert Dubé. Pas moins de 190 cartouches ont aussi été saisies ainsi que sept chargeurs prohibés, car le rivet pour limiter la capacité avait été retiré.

« C’est une autre faiblesse dans la loi canadienne : des chargeurs en version limitée à 10 cartouches se retrouvent en vente libre [légalement]. Une fois l’achat fait, c’est une opération de 30 secondes pour retirer l’entrave mécanique et rétablir la capacité à 33 cartouches », a expliqué le policier à la Gendarmerie canadienne royale.
À la portée de tous
Les enquêteurs n’ont pas été en mesure de trouver la provenance de ces armes fantômes ni de savoir comment il a en fait l’acquisition. « Sans numéro de série sur la carcasse, c’est très difficile à identifier », a souligné sergent-détective.
Toutefois, des captures d’écran de pièces retrouvées dans les appareils électroniques de Shaikh les laissent croire qu’il a probablement assemblé les armes en s’instruisant, par exemple sur internet.
« La fabrication privée, c’est à la portée de tout le monde. C’est un fléau auquel on fait face. Il y a des vides dans la loi qui permettent la prolifération », a laissé tomber Marc-André Dubé.
Il se barricade
Abdulla Shaikh attendait vraisemblablement l’arrivée des autorités de pied ferme dans sa chambre de motel le 4 août 2022. Il avait pris soin de faire une barricade avec une table et une chaise devant la porte et de mettre la chaînette de sécurité.
Lorsqu’ils ont réussi à défoncer la porte de la chambre 139 au deuxième coup de bélier, les agents ont lancé un dispositif de distraction – comme une grenade assourdissante – pour déstabiliser Shaikh.
« Mais en une seconde, il avait déjà son arme à feu dans la main et faisait feu sur nous », a témoigné l’agent Jean-Philippe Bergeron du Groupe tactique d’intervention (GTI) de la police de Montréal.
Les policiers ont répliqué immédiatement en ouvrant le feu en direction du suspect, qui est tombé au sol après avoir été atteint par au moins un tir. Les agents ont bien pris soin de s’assurer « qu’il ne jouait pas au mort pour [les] attirer vers lui. »
D’autant plus que l’intervention policière à haut risque se déroulait dans un environnement urbain.
« On ne peut pas se permettre de laisser le suspect tirer [partout] », a poursuivi M. Bergeron.
Abdulla Shaikh est décédé sur place, ce qui a mis fin à sa cavale meurtrière de deux jours.
Les problèmes de santé mentale du jeune homme seront éventuellement au cœur de l’enquête publique du coroner. Il avait notamment reçu un diagnostic de schizophrénie en 2017. Il était également considéré comme dangereux, ce qui n’a pas empêché sa remise en liberté sous conditions en mars dernier.
Hier, il a été possible d’apprendre que Shaikh s’était rendu dans un zoo à Toronto et au parc d’attractions Canada’s Wonderland entre son deuxième meurtre à Montréal et son troisième, commis à Laval.

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