Trois hommes tués au hasard : le suspect va au zoo en Ontario avant de revenir abattre sa dernière victime à Laval
L’enquête publique du coroner sur le triple meurtre s’est amorcée ce matin

Erika Aubin
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Après avoir abattu deux hommes, un jeune atteint de schizophrénie s’est rendu dans un zoo et à un parc d’attractions de Toronto puis est revenu dans le Grand Montréal, où il a tué une troisième personne aussi ciblée par hasard, en août 2022.
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C’est ce qu’on a appris à l’enquête publique du coroner menée par Me Géhane Kamel pour faire la lumière sur les circonstances de ce triple meurtre.

Dans la soirée du 2 août 2022, Abdulla Shaikh a ouvert le feu sur André Lemieux, 64 ans, qui se trouvait dans un abribus de l’arrondissement Saint-Laurent. Environ une heure plus tard, l’homme de 26 ans a abattu Mohamed Belhaj, un travailleur de la santé de 48 ans qui se rendait à son boulot.
L’impressionnante traque policière pour retrouver le suspect qui se déplaçait avec un Dodge Challenger blanc a été détaillée lors de la première journée d’audience au palais de justice de Montréal.
Les limiers ont entre autres visionné les caméras de surveillance et rencontré plusieurs témoins, a expliqué Alexandra Caron Vadeboncoeur, enquêtrice à la Sûreté du Québec.
Petite visite au zoo
Au lendemain des deux premiers meurtres, l’homme en cavale s’est rendu jusqu’en Ontario.
Grâce à des caméras de surveillance, on l’aperçoit arriver en avant-midi au parc d’attractions Canada’s Wonderland.
Il a ensuite passé quelques heures dans un zoo à Toronto.
Dans la soirée du 3 août, Abdulla Shaikh était de retour dans la belle province, où il a fait sa troisième et dernière victime. Alex Levis-Crevier, 22 ans, a été atteint par plusieurs balles en pleine rue alors qu’il se déplaçait en planche à roulettes, à Laval. Les trois hommes ont été ciblés au hasard, a confirmé l’enquêtrice de la SQ.

Un témoin a aperçu le suspect, habillé en noir avec un capuchon sur la tête, repartir avec son véhicule. Il a pu identifier partiellement la plaque d’immatriculation. Ce détail a permis de remonter jusqu’à un véhicule loué sur la plateforme Turo et d’identifier celui qui l’avait loué : Abdulla Shaikh.
Risque élevé
L’enquête a mené les policiers au motel Pierre, où il avait loué une chambre. Lorsqu’ils ont pénétré dans la chambre 139 en défonçant la porte avec un bélier, Shaikh a ouvert le feu sur les policiers qui ont riposté. Le jeune homme a rapidement été abattu.
« J’avais rarement fait une évaluation du risque aussi élevé. [...] Après l’échange de coups de feu, j’ai demandé un bodycheck pour voir si [des agents] étaient blessés », s’est souvenu le sergent Claude Thibault, responsable du Groupe tactique d’intervention à la police de Montréal.

Aucune accusation ne sera portée contre les policiers, a fait savoir Mélissa-Amélie Plourde, coordonnatrice au Bureau des enquêtes indépendantes.

Dans la chambre, les enquêteurs ont retrouvé un chargeur avec 30 balles ainsi qu’un pistolet de calibre 9 mm. Cette arme sans numéro de série et acquise de façon illégale a servi à commettre les trois meurtres, a confirmé Mme Caron Vadeboncoeur.
Dangereux et connu des autorités
Les problèmes psychiatriques du meurtrier peu abordés aujourd’hui seront éventuellement au cœur de l’enquête du coroner. Rappelons que l’homme qui avait reçu un diagnostic de schizophrénie en 2017 était considéré comme dangereux, ce qui n’a pas empêché sa remise en liberté sous conditions en mars dernier.
Il était également connu des services policiers : « Il avait une cause pendante d’agression sexuelle. Il n’avait pas beaucoup de condamnations, mais il avait une feuille de route éloquente », a souligné Donald Simpson, lieutenant aux crimes majeurs à la police de Montréal.
Lors de son témoignage, le policier a également admis que la communication entre les centres hospitaliers et la police était « à toutes fins pratiques inexistante ».
Pendant sa folie meurtrière, Shaikh a échangé au téléphone avec sa mère. « C’était une conversation banale. Pour elle, il lui semblait normal. [...] Personne de sa famille n’a vu venir ces événements-là », a indiqué Mme Caron Vadeboncoeur.
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