Trois coupes Stanley et 39 ans au service des Nordiques et de l’Avalanche: retraite méritée pour Jean Martineau

Stéphane Cadorette
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PARKER, Colorado | Dans l’histoire de l’Avalanche, deux personnes seulement peuvent affirmer qu’elles comptent trois coupes Stanley à leur actif: Joe Sakic, qui n’a plus besoin de présentation, et Jean Martineau, qui a vécu pendant 39 ans l’épopée de la franchise. Pas trop mal, pour le petit gars de Québec, fraîchement retraité, qui m’a invité à un fascinant voyage dans le temps chez lui.
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L’ancien vice-président aux communications de l’équipe habite dans le bucolique secteur de Parker, à une trentaine de minutes de Denver. En arrivant sur place, on comprend rapidement l’attachement familial à ce petit coin de paradis.
Pas si loin du bouillonnement de Denver et à une heure à peine des sublimes pentes de ski célèbres du Colorado, la maison familiale surplombe un magnifique terrain de golf où des cerfs viennent prendre leur marche.
Cette vie paisible contraste avec la frénésie dans laquelle Martineau a été constamment plongé dès la minute qu’il s’est joint aux Nordiques, en 1986, et jusqu’à sa retraite, l’été dernier.
«J’ai adoré tout, mais j’en avais assez. C’est une job de jeune. J’ai eu le cancer de la prostate en 2017. J’ai passé 17 heures en chirurgie en 2024 pour une reconstruction complète de ma vessie. J’ai été au plancher pendant quelques mois et j’ai eu beaucoup de soutien de Joe Sakic et de l’organisation. J’ai fait mon temps et je suis fier de ma longévité avec la franchise», m’a-t-il confié, fièrement vêtu de son polo des Nordiques, dans son bureau.
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Que de souvenirs!

Et parlons-en, de ce bureau! Si Jean Martineau s’ennuie de sa vie dans le hockey par une rare journée grise au Colorado, il a largement de quoi s’amuser dans cette machine à voyager dans le passé.
C’est dans cette véritable caverne d’Ali Baba où les trésors variés témoignent de son vécu qu’on a jasé une bonne heure et demie.
À la base, Jean, c’est un puits infini d’anecdotes, une source sans fond d’histoires, une mémoire éléphantesque des événements.

Une fois entouré des trois répliques de ses coupes Stanley de 1995-1996, 2000-2001 et 2021-2022, de multiples artéfacts et de photos qui immortalisent de grands moments de l’équipe, il n’est plus arrêtable!
Sur une étagère, un cadre rappelle sa visite à la Maison-Blanche avec l’Avalanche en 1996, aux côtés de l’ancien président Bill Clinton.
Sur un mur, on trouve une lettre signée par George Bush fils quand il est devenu citoyen américain. Ailleurs, une photo où il accompagne Sakic sur la glace pour son 1000e match en carrière.
«39 ans, c’est une marque de confiance de tous les propriétaires avec lesquels j’ai travaillé. Marcel Aubut et Jean D. Legault ont été bons pour moi. Ils ont pris une chance avec un jeune diplômé de l’Université Laval. Ils ont été très patients et m’ont soutenu à mes débuts», m’a-t-il raconté.
Une nouvelle vie

Martineau a encaissé durement le choc du départ des Nordiques en 1995. Il n’a cependant pas eu le temps de pleurer bien longtemps.
Deux semaines avant que la vente du club soit officialisée, le directeur général Pierre Lacroix l’a informé de l’inévitable et lui a demandé de le suivre à Denver.
«Si je voulais poursuivre ma carrière dans le hockey, je devais partir. C’était ma vie, j’ai été élevé dans le hockey. À 4 ans, j’allais aux matchs des As de Québec avec mon grand-père.
«L’Avalanche, c’est un défi qui a été incroyable. La ville était en ébullition. Denver est devenu un marché majeur quand l’aéroport de 5 milliards a été bâti. C’est devenu une fenêtre ouverte avec le reste du monde. Ça a généré plein de projets d’envergure», a-t-il expliqué.

Si Martineau est comblé par sa vie à Denver aujourd’hui, c’est qu’il a d’abord dû en bûcher un coup. À certains moments, il lui est arrivé de se demander dans quel bateau il s’était embarqué.
«Au début, ça n’a pas été facile. Les premiers mois, je travaillais sans arrêt. On n’avait pas encore acheté notre maison. Brigitte [son épouse] vivait dans un appartement avec notre bébé de 13 mois. Je fonçais dans l’aventure, mais je vivais en même temps le deuil de Québec. Je voulais que Pierre reste fier de m’avoir amené. J’ai toujours travaillé en fou, et sans une femme extraordinaire et indépendante à mes côtés, rien de tout ça n’aurait été possible», a-t-il lancé.

Deux réalités
À Denver, l’Avalanche a toujours partagé le marché sportif avec les Broncos (NFL), les Nuggets (NBA) et les Rockies (MLB). C’est une autre planète, par rapport à Québec.
«À Québec, les Nordiques, c’était plusieurs pages dans les deux journaux, il y avait les radios qui ne parlaient que de nous. C’était la première nouvelle à la télé tous les jours. Ici, la tarte était très divisée. Tu es dans l’actualité quand tu mérites d’être dans l’actualité. L’environnement pour les joueurs était plus sain», estime-t-il, sans renier le moindrement son temps avec les Nordiques.
«Je suis fier d’avoir travaillé pour les Nordiques pendant neuf ans. S’il y avait eu la moindre volonté politique, le club serait encore à Québec. 30 ans plus tard, on voit que ce que l’équipe demandait, c’était du gros bon sens», a insisté celui qui ne changera jamais d’avis sur le sujet.

À la prochaine!
La veille de notre long entretien, j’étais en entrevue avec Joe Sakic au domicile de l’Avalanche. «On m’a dit que tu vas rencontrer Jean? Bonne chance!» m’a lancé Sakic en riant.
C’est vrai que Jean a toujours beaucoup de choses à raconter et que sa longue carrière l’emballe, avec raison.
J’ai même eu peur, un instant, qu’on jase tellement que je rate la pratique de l’Avalanche, où je devais aller.
Je suis finalement arrivé pile à l’heure et j’ai l’impression que, sans cette pratique, on jaserait encore.
Mais Jean est à la retraite, maintenant. On aura en masse le temps de se reprendre.
39 ANS DANS LE HOCKEY EN BREF...
Villes préférées:
Vancouver et Los Angeles
Arénas préférés:
Vieux Boston Garden et vieux Chicago Stadium
Meilleurs moments:
Match 7 de la finale en 2001 à Denver et Rendez-vous 87 à Québec
Joueurs marquants des Nordiques:
Peter Stastny et Michel Goulet
Joueurs marquants de l’Avalanche:
Joe Sakic, Peter Forsberg, Patrick Roy et Nathan MacKinnon
Joueur le plus drôle:
Alexei Gusarov
Meilleurs amis:
Guy et Luc Ouellet: «Il ne s’en fait plus, des spécimens comme ça.»