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Traiter Félix de drogué, c’est OK pour Facebook

Félix Auger-Aliassime
Félix Auger-Aliassime Getty Images via AFP
Photo portrait de Jean-Nicolas  Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2023-08-17T14:30:00Z

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La censure des vraies nouvelles sur Facebook donne déjà un spectaculaire ramassis de cochonneries sur le réseau social concernant les nouvelles sportives.  

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Et ça ne fait que commencer. Dans le monde du sport québécois, plusieurs petits sites ont émergé dans les dernières années. Je n’apprends rien à tous les gens dans ce milieu. 

La formule est simple. Ce sont quelques personnes qui travaillent dans leur sous-sol sans jamais faire une seule tâche journalistique, ils copient le contenu des médias comme Le Journal, TVA Sports, La Presse et RDS, et le publient. 

Les gens qui écrivent sur ces petits sites ne font aucun appel, n’ont sûrement jamais assisté à une conférence de presse de leur vie et n’ont jamais parlé à un athlète. Leur modèle d’affaires, c’est d’attendre que les autres fassent le boulot et à la fin, ils sautent dessus. 

Ces petits sites ne sont pas censurés par Facebook, contrairement au contenu du Journal de Québec et du Journal de Montréal, notamment. 

C’est donc le party pour eux. Ils n’ont qu’à attendre de voir ce qu’on fait et let’s go. Et c’est souvent très bon ce qu’ils font. J’espère, ce sont nos reportages, nos idées, nos entrevues, nos analyses... Ces sites sont donc capables d’attirer un nombre considérable de lecteurs et les revenus de publicité qui viennent avec. 

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Vous me direz que les internautes ne sont pas dupes et préfèrent consulter le contenu des médias qui font vraiment du journalisme. 

Non, pas du tout. Et c’est condescendant de penser que les internautes qui choisissent ces petits sites sont ignorants ou stupides. 

Ces petits sites ont souvent des titres faux, mais très efficaces. Ils pullulent sur Facebook. 

J’ai 35 ans. Une bonne partie de ma génération ne s’informe que sur Facebook. Oui, on doit les convaincre d’aller sur les sites de nos médias. Mais plusieurs s’en sacrent et ils en ont bien le droit. Ils travaillent comme des malades, courent partout pour leurs enfants et essaient de lâcher leur écran de téléphone le soir. 

Ils ne s’informent pas plus que ça et ne connaissent pas toute cette situation injuste des petits sites qui volent les nouvelles des autres. 

Ces gens-là, que ce soit un média X ou Y qui fait un texte sur Cole Caufield et qui passe sur Facebook, s'ils sont intéressés, ils vont cliquer. Ce n’est pas un péché. Ça passe sur leur téléphone, le titre est bon et intrigant. Puis let’s go. Et leur algorithme Facebook continuera de leur proposer ce petit site. 

C’est vraiment ridicule parce que c’est parfois le média X qui a payé des journalistes pour sortir la nouvelle, tandis que le média Y l’a copié. Mais c’est comme ça depuis des années et ça ne change pas. J’en suis presque blasé. Là où ça atteint un autre niveau d’idiotie, c’est quand le média X ne peut plus publier sur Facebook, mais que le média Y peut le faire. 

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Je vois aller tous ces sites Y, et je me demande vraiment ce qu’ils écriraient si on n’existait pas. 

J’en entends plusieurs crier haut et fort que les médias ne se sont pas ajustés aux géants du web et qu’ils n’ont qu’eux à blâmer. 

Vous avez le droit de penser tout ça. Mais voici un exemple de ce que ça donne. 

Mercredi, j’ai écrit une chronique sur Félix Auger-Aliassime. Ce n’était pas méchant, mais j’ai ressorti certaines statistiques qui exposent que le jeune Québécois a de la difficulté dans les moments clés des matchs. 

Un petit site comme celui dont j’ai parlé plus haut a sauté là-dessus et s’en est donné à cœur joie. C’est épouvantable ce qu’ils ont fait avec mon texte. 

Je ne suis pas un grand connaisseur de tennis, mais je suis Félix depuis plusieurs années. Je suis allé le voir à Wimbledon et à New York. Je n’ai pas écrit ça sur le coin d’une table entre deux pizzas pochettes. Ça fait des semaines que j’y réfléchis, que je fouille et que je me renseigne. 

Je ne mérite pas un diplôme pour ça, mais je veux simplement dire que je sais très bien qu’une chronique sur le sujet, quand je ne suis pas un expert en tennis, doit être solide. Si vous êtes un fan de tennis, je ne pense pas que vous aviez hâte chaque matin de savoir si j’allais finalement donner mon opinion sur Félix. Il fallait donc que je sois préparé. 

Mais, ce site internet, dont je vais taire le nom pour ne pas leur donner de publicité, s’est gâté pas à peu près avec mon texte. 

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Sérieusement, allez lire ma chronique avant de lire la suite, c’est tristement fascinant tellement c'est n’importe quoi. 

Leur titre: «Les vices de Félix enfin dévoilés», avec une photo de Félix sur la plage avec une fille en bikini (qui est sa conjointe, d’ailleurs; ça, ce n’est pas précisé).  

Le site internet me cite et reprend intégralement plusieurs passages de mon texte en y ajoutant des éléments déroutants et surtout préjudiciables pour Félix. 

En lisant tout ça, on n’a aucune idée si c’est moi qui ai écrit ces niaiseries ou ce site. C’est voulu. Ce site veut tromper le lecteur en glissant des informations mensongères croustillantes à travers ce que j'écris.

On y lit notamment que Félix est «dans de beaux draps». C’est l'une des expressions préférées de ce site pour n’importe quel sujet. 

Comme causes possibles de la «descente aux enfers» de Félix (comme le site l’écrit), le lecteur a le choix entre «alcool» et «drogue». Mais, au moins, l’auteur a mis des points d’interrogation...  

Je ne sais pas si j’ai besoin de le préciser, mais je vous confirme que Félix n’a aucun problème de drogue ou d’alcool. C'est plutôt le genre de gars qui joue du piano dans ses temps libres. 

Le texte indique aussi: «On raconte qu’il fait maintenant des crises d’a-n-x-i-é-t-é.» Oui avec des traits d’union entre chaque lettre, pour donner un effet viril, je présume.  

Je n’ai évidemment jamais écrit ça. Et personne ne raconte qu’il fait des crises d’anxiété. 

Et ça continue comme ça, une niaiserie après l’autre. 

En fait, c’est loin d’être drôle, tout ça. C’est épouvantable d’associer faussement un jeune athlète avec la drogue de façon aussi gratuite, caché derrière un site qui réussit malheureusement à tirer son épingle du jeu dans la diffusion de contenu de sports au Québec. 

Avec la censure de Facebook, c’est maintenant à cela que ça ressemble, l’information sportive au Québec, sur ce réseau social.

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