Tinder et Grindr utilisées pour dénoncer des agents de l'ICE... et traquer des migrants


Anne-Sophie Poiré
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Des créateurs de contenu encouragent les utilisateurs de Tinder, Bumble et Grindr à exposer publiquement les agents de l’ICE rencontrés sur ces applications de rencontre. En parallèle, certains accusent la police fédérale de l’immigration d’utiliser ces plateformes comme outil de traque et de localisation.
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«Si vous êtes sur les applications de rencontre et que vous croisez quelqu’un qui dit être en Caroline du Nord comme agent des services frontaliers ou agent de l’ICE, peu importe la formulation utilisée, faites une capture d’écran et envoyez-la-moi», demande Hannah Preston à ses 44 000 abonnés sur TikTok et Instagram.
La créatrice de contenu, connue sous le pseudonyme @healthpolicyprincess, dit vouloir compiler un dossier afin de profiler un maximum d’agents de la police de l’immigration.
@healthpolicyprincess CALLING ALL DATING APP BADDIES WE NEED YOUR HELP! Send me a screenshot of anyone who’s says they are are for ICE! Let’s work smarter not harder ppl!! Also my shirt is from the fabulous @Sending Luck ♬ original sound - hannah
«Vous savez que la dernière chose qu’ils souhaitent actuellement, c'est d’être identifiés», lançait-elle le 18 novembre dernier, alors que l’ICE débarquait dans la ville de Charlotte, en Caroline du Nord.
Le mouvement s’est depuis propagé dans plusieurs États américains où les agents armés, masqués et dépourvus de matricule multiplient les rafles.
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Le 12 janvier – quelques jours après le meurtre de Renee Nicole Good, 37 ans, tuée par un agent de l'ICE au Minnesota –, une femme de Minneapolis a appelé «tous ses amis gais» à dénoncer et à divulguer les informations personnelles des agents présumés de l'ICE rencontrés sur Grindr.
@ohforthegoodoftherealm Get those d*ck pics and selfies and share them widely! #iceout #minneapolis #iceraids #icegrindr ♬ original sound - Nina
«Vous savez que l’application explose en ce moment avec tous les visiteurs venus d'ailleurs, et je parie que vous pourriez obtenir de très bonnes informations», a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur TikTok.
«Prenez ces dick pics et ces selfies et diffusez-les largement», a-t-elle exhorté.
Le lendemain, le compte d’extrême droite Libs of TikTok mettait en garde contre cette pratique.
TikTokers are organizing groups of women to get dates with ICE agents so they can expose their identities and dox their personal info. pic.twitter.com/QzzKyYITWY
— Libs of TikTok (@libsoftiktok) January 13, 2026
«Des utilisateurs de TikTok organisent des groupes de femmes afin d’obtenir des rendez-vous avec des agents de l’ICE dans le but de révéler leur identité et de divulguer leurs informations personnelles», peut-on lire sur X et Instagram.
Doxxing et menaces en ligne
La tendance du doxxing, soit le fait de publier les informations d’une personne comme son nom complet et son adresse, inquiète le département de la Sécurité intérieure américain (DHS) qui, en octobre dernier, condamnait la pratique par voie de communiqué.
Les autorités fédérales appelaient alors «les politiciens partisans» et «les médias» à «modérer leur rhétorique concernant les forces de l’ordre de l’ICE» qui seraient «victimes de doxxing et de menaces en ligne».
On rapportait également une hausse de 1000% des agressions envers les agents de l’ICE et leur famille.
Le DHS souligne que l’identification et la divulgation de l’identité des agents fédéraux peuvent constituer un acte criminel.
Des profils suspects sur Tinder
Ce mouvement anti-ICE survient alors que, parallèlement, plusieurs utilisateurs des réseaux sociaux affirment que des agents de la police de l’immigration se seraient introduits sur les applications de rencontre afin de traquer et localiser des personnes susceptibles d’être placées en détention.

On prétend que des arrestations se seraient produites après des interactions avec des représentants de l’ICE sur Tinder, entre autres.
La rédactrice en chef de la Ligue des citoyens latino-américains unis (LULAC), Brenda Bastian, a elle-même fait le test en décembre dernier.
Elle se dit «profondément inquiète» par ce qu’elle a constaté.
Brenda Bastian mentionne avoir croisé les profils d’«agents de sécurité armés» ou de «prestataires de services de sécurité indépendants» utiliser le «mode passeport» sur Tinder, ce qui signifie qu'ils «swipent» dans des villes où ils ne se trouvent pas physiquement, comme dans des endroits où ils pourraient se rendre prochainement.
Certains de ces profils affichaient également des tatouages et un «langage» liés à l’extrême droite.
Mais pourquoi des agents de l’ICE commencent-ils à traquer de la sorte?
La LULAC pointe les nouveaux incitatifs financiers annoncés en septembre par le département de la Sécurité intérieure. Des primes de performance pouvant atteindre 1000 sont en effet attribuées aux agents en fonction du nombre d'immigrants sans papiers ciblés et localisés.
— Avec les informations du New York Post et du International Business Times