Tensions entre Donald Trump et Justin Trudeau: est-ce la moquerie ou le baiser qui a tout changé?
Donald Trump se montre particulièrement hostile envers notre premier ministre Justin Trudeau

Guillaume St-Pierre
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OTTAWA | Que se cache-t-il derrière l’animosité que Donald Trump affiche envers Justin Trudeau et le Canada?
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M. Trump n’a pas l’habitude de respecter les règles les plus élémentaires de la diplomatie, de la bienséance ni même des lois en vigueur, mais une hostilité particulière semble guider sa relation avec notre premier ministre.
En effet, quiconque observe le sort réservé au Canada est en droit de se demander ce que nous avions fait pour mériter ce traitement.
Les menaces de tarifs que nous subissons en ce moment sont entièrement imméritées.
Pas comme le Mexique
On peut comprendre, à la limite, les récriminations américaines concernant la migration, le fentanyl et les cartels mexicains.
Entre le Canada et le Mexique, il n’y a tout simplement aucune comparaison possible.
Pour autant, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum évite le pire des insultes de Donald Trump, même si elle a réagi très fortement aux menaces tarifaires.
Cette semaine, lorsque Donald Trump a reculé sur ses tarifs, il a justifié l’avoir fait «par respect» pour la présidente.
«Merci, présidente Sheinbaum, pour votre travail acharné et votre coopération», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, quelques semaines après avoir changé le nom du golfe du Mexique...
Justin Trudeau, lui, a plutôt eu droit à un autre savonnage en tant que simple «gouverneur».
«Croyez-le ou non, malgré le travail terrible qu’il a fait pour le Canada, je pense que Justin Trudeau utilise le problème des tarifs, qu’il a largement causé, afin de se représenter comme premier ministre. Tellement amusant à regarder!» a publié le président américain sur Truth Social.
Le commentaire démontre bien à quel point Donald Trump connaît mal la politique canadienne, puisque Justin Trudeau en est à ses dernières heures à la tête du gouvernement.
Échecs en affaires
Dans un reportage pour essayer de comprendre la relation compliquée de Donald Trump avec le Canada, le New York Times revient sur la photo datant de 2019 sur laquelle Justin Trudeau semble prêt à embrasser Melania Trump, la première dame.

Le quotidien met de l’avant un autre fait oublié: les échecs du millionnaire en affaires de ce côté-ci de la frontière. Deux complexes hôteliers, un à Toronto et l’autre à Vancouver, qui devaient porter son nom, ont échoué et changé de mains.
Donald Trump a bien sûr écorché d’autres leaders mondiaux par le passé, mais ses insultes prennent un ton plus personnel, viscéral et fielleux lorsqu’il s’agit de notre premier ministre, qui n’en a que pour encore quelques jours avant sa retraite politique.
Le départ de Justin Trudeau à la faveur d’un nouveau chef libéral, dimanche, mettra-t-il la table vers un changement de cap dans le ton utilisé par le président à notre égard, lui qui nous menace de nous annexer par la force économique?
On peut en douter, mais qui sait!
La bise de trop

C’était à l’époque de la diplomatie des chaussettes colorées. Le premier ministre avait encore l’aura d’une rock star au G7 de Biarritz en 2019. L’angle de la photo laisse croire à un baiser interdit entre Justin Trudeau et Melania Trump. Le cliché a fait le tour du monde. Impossible que Donald Trump ne l’ait pas vu passer sur ses réseaux sociaux.
L’a-t-il eu en travers de la gorge toutes ces années? Justin Trudeau représente tout ce que Trump et son clan détestent: la gauche, le progressisme, le féminisme, son côté idéaliste, moins transactionnel, moins homme d’affaires. Il déteste tous ceux, aussi, qui peuvent lui faire de l’ombre. Le New York Times a fait écho au baiser dans un reportage qui cherche à comprendre la relation «amour-haine» du président avec le Canada.
Le mauvais choix
Justin Trudeau: "The United States voted—for a second time—to NOT elect its first woman president...I want you to know that I am, and always will be, a PROUD FEMINIST!" pic.twitter.com/yjkhPckixC
— Townhall.com (@townhallcom) December 11, 2024
Justin Trudeau aime bien faire l’étalage de ses valeurs d’inclusion, quitte à irriter volontairement ou non Donald Trump. En décembre dernier, le premier ministre a laissé entendre que les Américains s’étaient détournés de la marche vers le progrès en refusant d’élire la première femme présidente en Kamala Harris. L’ironie veut que le Parti libéral du Canada soit le seul à n’avoir jamais eu une femme à sa tête. La déclaration a vite fait son chemin à la Maison-Blanche, ce qui a même poussé Elon Musk à traiter le premier ministre d’«épais insupportable».
He’s such an insufferable tool.
— Elon Musk (@elonmusk) December 11, 2024
Won’t be in power for much longer.
Ce que Trump pense de ceux qui pourraient succéder à Trudeau
Si on sait ce que Trump pense de Justin Trudeau, qu’en est-il de ce qu’il a déjà dit de ceux qui pourraient bientôt lui succéder?

Mark Carney: le favori dans la course à la direction du Parti libéral du Canada pourrait devenir de facto premier ministre dans les prochaines heures. Jusqu’à présent, Donald Trump n’a fait aucune déclaration publique à son sujet.

Chrystia Freeland: l’aversion de M. Trump pour l’ex-vice-première ministre est bien connue. Il l’a traitée de «toxique» et d’«hurluberlue».

Pierre Poilievre: Donald Trump s’est récemment plaint du fait que Pierre Poilievre n’épouse pas le mouvement Make America Great Again (MAGA). «Je n’aime pas ce qu’il dit à mon sujet, a-t-il affirmé dans une entrevue. Ce n’est pas très positif ce qu’il a à dire de moi.»
Des railleries à l’OTAN
La séquence vidéo a fait le tour du monde, en 2019. On y voit Justin Trudeau se moquer de Donald Trump qui a l’habitude de s’adonner à des points de presse impromptus interminables avec les différents leaders mondiaux qu’il rencontre. Vexé, le président a traité M. Trudeau d’hypocrite avant d’annuler sa conférence de presse de clôture et de quitter le sommet de l’OTAN en coup de vent.

La séquence a par la suite été utilisée par la campagne de Joe Biden, afin de discréditer Donald Trump sur la scène internationale. «Le monde voit Trump pour ce qu’il est: malhonnête, mal informé, corrompu, dangereusement incompétent», pouvait-on entendre dans la publicité qui commençait avec l’image de Justin Trudeau se moquant du président.
Le fiasco de Charlevoix

Le G7 de 2017 de Charlevoix allait se conclure avec succès. C’était jusqu’à ce que Justin Trudeau qualifie les tarifs sur l’acier et l’aluminium d’«insultants».
Donald Trump, qui a entendu les propos du haut des airs dans Air Force One après avoir quitté le Québec, a traité le premier ministre de «très malhonnête» et de «faible».

Dans un livre, l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, a soutenu que le président était tellement en colère qu’il a envoyé ses sbires insulter Justin Trudeau à la télévision, ce qu’ils ont fait. Peter Navarro a déclaré dans une entrevue qu’une place spéciale en enfer attendait Justin Trudeau, avant de s’excuser, quelques jours plus tard.