Les balles de tennis sont moins bonnes qu’avant, ce qui enrage les meilleurs joueurs au monde

AFP
Partager
La petite balle jaune les rend fous ou tout du moins sceptiques: «les balles sont un gros problème», a regretté le numéro 2 mondial Alexander Zverev, frustré comme la majorité de ses collègues de devoir jouer avec des balles différentes d’un tournoi à l’autre et ayant beaucoup perdu, selon eux, en qualité.
C’est le sujet qui enflamme les après-matchs des Masters ATP: pas l’avenir du «tournoi des maîtres» qui, après 2025, pourrait quitter l’Italie, mais la qualité des balles utilisées tout au long de l’année au sein du circuit.
• À lire aussi – Coupe Billie Jean King: le Canada pour un improbable doublé
• À lire aussi – Masters ATP: Alcaraz craque face à Ruud
• À lire aussi – Classement ATP: une très belle nouvelle pour Denis Shapovalov
Pas une conférence de presse à Turin sans que le sujet, récurrent sur le circuit comme du reste la rapidité des surfaces sur lesquelles ils jouent, soit abordé par les joueurs.
L’ATP a un contrat de partenariat depuis 2019, prolongé l’an dernier jusqu’en 2028, avec Dunlop, mais les balles du fabricant japonais ne sont utilisées que «par près de la moitié des tournois du circuit, dont quatre Masters 1000 et les Masters ATP», a rappelé l’instance qui chapeaute le circuit masculin.
«Zéro plaisir»
Les organisateurs de tournoi peuvent avoir de leur côté leur propre fournisseur de balles, comme c’est le cas pour les quatre tournois du Grand Chelem qui consomment plus de 50 000 balles chaque année et assurent aux fabricants une exposition auprès des joueurs amateurs très recherchée.
L’Open d’Australie se fournit ainsi chez Dunlop, Roland-Garros et l’US Open chez l’Américain Wilson et Wimbledon, chez le Britannique Slazenger.
«Quand on a un enchaînement de quatre tournois sur un même continent, on peut avoir quatre fournisseurs de balles différents, cela peut rendre les choses difficiles, c’est un sacré défi», a résumé Casper Ruud après sa victoire face à Carlos Alcaraz, lundi.
Le plus virulent sur le sujet est le numéro 4 mondial Daniil Medvedev, qui, récemment à Shanghaï, a fait mine de cracher sur une balle et de s’essuyer les fesses avec une autre.
«Tous les jours, depuis 2-3 ans, j’ai ce problème [avec les balles], chaque entraînement, chaque match est une lutte, je ressens zéro plaisir quand je suis sur le court», a asséné le Russe après sa défaite face à l’Américain Taylor Fritz.
«Le problème est général et ne se limite pas à un fournisseur: la qualité des balles s’est détériorée, elles sont devenues plus lentes, elles durent moins longtemps, elles changent d’un lot à l’autre, elles peluchent plus», a renchéri Zverev après sa victoire contre Andrey Rublev.
Réduction des coûts
L’Allemand, membre du conseil des joueurs de l’ATP, assure avoir fait des recherches, discuté avec les fabricants, et a livré ses conclusions.
«À cause de la pandémie de COVID, les fabricants ont essayé de réduire leurs coûts de production et utilisent un caoutchouc différent qui rend les balles de 30 à 60% plus lentes», a-t-il estimé.
«En raison de ce nouveau matériel de base utilisé, l’air et la pression ne restent pas dans la balle, cet air et cette pression baissent de façon spectaculaire au fil des échanges», a poursuivi le récent vainqueur du Masters 1000 de Paris.
Comment se comportent ces balles changées tous les sept jeux? «Un peu comme des volants de badminton, elles sont très rapides sur les 2-3 premiers mètres, puis elles ralentissent tout simplement», a-t-il illustré.
Et Zverev de tirer le signal d’alarme en s’inquiétant de l’impact sur la santé des joueurs: «C’est à cause des balles que beaucoup de joueurs ont des problèmes d’épaule, de poignet, ce n’était pas le cas il y a 10 ou 15 ans».
Ruud, lui, veut voir dans ces rebonds parfois imprévisibles des petites balles jaunes «d’une certaine façon toute la beauté de notre sport».
«S’il n’y avait qu’un seul fournisseur, cela serait injuste pour ceux qui préfèrent les balles Tecnifibre ou Wilson», fait remarquer le Norvégien.