Superficielles, les amitiés entre gars?


Sarah-Florence Benjamin
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Dans une vidéo qui fait beaucoup réagir sur TikTok, un groupe de jeunes hommes est incapable de nommer la femme de laquelle leur bon ami vient de se séparer. Est-ce la preuve que les amitiés entre hommes ne sont ni émotionnelles ni profondes? On a posé la question à deux hommes et un chercheur.
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Émile (prénom fictif) parle peu de son quotidien ou de sa relation de couple avec ses amis. Ça ne veut pas dire qu’il n’est pas proche d’eux.
«Les enjeux relationnels avec ma conjointe, j’essaie de garder ça dans notre vie personnelle par respect pour elle. J’ai du small talk avec mes amis, mais on va plutôt parler d’économie, de politique», explique l’homme de 34 ans.
François-Mikhaël, 37 ans, le reconnaît: certains groupes d’hommes peuvent donner l’impression «qu’ils n’ont pas la même profondeur qu’une amitié plus viscérale, plus émotionnelle». Mais selon lui, c’est notamment parce qu’ils ont envie de «penser à autre chose ou se distraire» et d’échapper aux responsabilités du quotidien.
Axés sur l’action
Sony Carpentier est un étudiant au doctorat en sociologie à l’UQAM qui s’intéresse aux masculinités. Il reconnaît que les hommes ont souvent plus de mal que les femmes à être vulnérables, notamment en amitié.
«C’est vrai qu’on va voir que certains hommes qui adhèrent à des normes de masculinité plus rigides vont avoir plus de difficultés à aller là-dedans. Ce n’est pas le seul indicateur d’une amitié qui est fonctionnelle», souligne-t-il.
Les hommes ont plus tendance à exprimer leur affection par l’action: le fait d’être présent ou s’engager. Sony Carpentier donne l’exemple d’un ami qui en aide un autre dans son déménagement, qui peut devenir le prétexte pour discuter et prendre des nouvelles de l’autre.

François-Mikhaël remarque ce genre de comportements dans son entourage. Il a d'ailleurs fait beaucoup de travail sur lui dans les dernières années pour mieux connecter avec ses amis.
«Le concept que peut-être ils sont là juste parce qu’ils veulent me voir et parce que les activités les intéresseraient secondairement m’était complètement abstrait. Je n’ai pas toujours été le meilleur ami à cause de ça. Après ça, j’ai commencé justement à faire plus des activités qui ne me tentaient peut-être pas nécessairement, mais qui étaient importantes pour eux», raconte-t-il.
Lorsqu’il veut se montrer présent pour ami qui ne va pas bien, Émile s’arrange pour le contacter et «créer un contexte où la personne va être à l’aise». Il n’est pas du genre à «pousser quelqu’un à s’ouvrir à [lui]», dit-il.
Socialisation masculine
Si les hommes ont tendance à vivre leurs amitiés de cette façon, c’est en raison de la socialisation, explique Sony Carpentier. Dès l’enfance, on leur apprend à éviter les comportements associés à la féminité, comme parler de ses émotions ou du quotidien, précise-t-il.
«Les hommes pourraient être aussi bons à maintenir un espace, à discuter, à être vulnérables, c’est juste qu’ils n’ont pas appris à le faire ou il y a eu des barrières qui les empêchent de le faire, mais cette capacité, ils l’ont», ajoute l’étudiant au doctorat.
François-Mikhaël remarque que la naissance de ses enfants l’a poussé à s’ouvrir à ses amis davantage.
«J’ai eu beaucoup de misère avec la parentalité et plusieurs de mes amis qui sont sont pères. J’ai eu besoin de leur parler pour leur demander si je faisais ça tout croche. Ils ont été très présents pour moi», relate-t-il.
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Des tendances qui manquent de nuance
Cette tendance à souligner les différences entre les hommes et les femmes sur les réseaux sociaux, mais aussi dans les médias, est à prendre avec un grain de sel, croit Sony Carpentier.
«Je trouve que c’est toujours un enjeu de créer une espèce de «nous versus eux», les hommes versus les femmes. Pas juste pour les hommes masculinistes, mais des gars qui sont à risque d’y tomber. Ça, pour moi, c’est immensément dangereux», souligne-t-il.
Ce qui importe le plus, selon lui, c’est d'éduquer les hommes sur les impacts qu’ont les normes de masculinité sur leur vie. Parmi ces impacts: l’isolement, la difficulté à comprendre son monde intérieur et les problèmes de santé mentale qui en découlent.
«Les hommes ont des privilèges dans le patriarcat, indéniablement. Cela dit, il y a aussi des coûts, puis selon moi, ces coûts sont plus grands que les privilèges», martèle le chercheur.
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