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Steve Strong et Tiger Jackson au Temple de la renommée de la lutte au Québec

Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2022-12-23T17:17:09Z

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Deux nouvelles personnes font leur entrée au Temple de la renommée de la Lutte au Québec cette année. Il s’agit de Tiger Jackson, aussi connu sous le nom de Dink à la WWE, dans la catégorie des Québécois, ainsi que Steve Strong dans la catégorie des non-Québécois. 

Dans la catégorie des Québécois, Tiger Jackson a toujours eu un certain support des membres du comité de sélection. Il était passé bien près d’être intronisé en 2019, avait curieusement perdu quelques plumes en 2020 avant de revenir près du sommet en 2021. La lutte des nains (une expression encore utilisée et acceptée dans le monde de la lutte et par ses acteurs) a marqué une époque de la lutte professionnelle et Tiger a été le dernier des Mohicans au Québec. 

Parmi ceux qui ont eu un fort soutien de la part du comité cette année, notons René Goulet, qui a connu une solide carrière avec l’AWA et ensuite comme champion par équipe avec la WWWF, les frères Lortie (Paul et Bob) qui ont été très importants pour ce qu’on appelait la « p’tite lutte », mais qui ont aussi voyagé en Angleterre et qui ont été les premiers à présenter de la lutte à la télévision, Don Eagle et Billy Two Rivers, deux lutteurs des Premières Nations, le premier ayant fait sensation dans les débuts de la télévision aux États-Unis vers la fin des années 40, le second, très populaire en Angleterre et dans les années de Lutte Grand Prix, et finalement le Bourreau Neil Guay qui a entre autres fait équipe avec Hulk Hogan au début des années 80.

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Du côté des non-Québécois, le comité doit uniquement considérer ce que les personnalités ont accompli au Québec. Parmi ceux qui ont suivi Strong, on retrouve Leo Burke, qui a agi comme lutteur et scripteur pour Lutte Internationale dans les années 1980, l’Undertaker, l’un des quatre seulement à faire partie des 25 lutteurs ayant attiré le plus de spectateurs au Québec sans avoir été intronisé, Guy Hauray, l’un des commentateurs avec le plus de longévité au Québec, et finalement Dominic Denucci, décédé l’an dernier et qui a débuté sa carrière ici. 

Le comité comprend d’anciens lutteurs, des lutteurs actuels, de même que plusieurs personnalités ayant suivi l’histoire de la lutte au Québec à différentes époques.

Étant donné que les retraites arrivent très tard ou n’existent tout simplement pas pour un lutteur professionnel, les règles pour être admis stipulent que la personne doit avoir travaillé dans le monde de la lutte pendant au moins 15 ans, ou avoir atteint l’âge de 35 ans, ou être décédé et avoir travaillé durant l’un des âges d’or de la lutte au Québec, pour une promotion mondiale d’importance ou avoir eu une carrière internationale d’importance. Pour les acteurs de la scène indépendante, qui existe au Québec depuis 1990, il faut que ces derniers aient eu une carrière internationale digne de mention. Sinon, il est très difficile de comparer les époques. Qui a eu une meilleure carrière entre Richard Charland et Franky the Mobster par exemple ? Pas si évident que ça. Au début de l’année 2021, j’ai créé le tout premier Temple de la renommée de la lutte indépendante au Québec, justement pour contrebalancer le tout. 

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Le dernier des grands lutteurs nains

La lutte des nains a été une attraction très populaire partout dans le monde. C’est d’ailleurs Montréal qui l’a vu naître à la fin des années 1940. Puis, grâce au promoteur Jack Britton, le père de Gino Brito, elle a connu ce succès qu’on lui connaît. 

Little Beaver, Sky Low Low, Pee Wee James, Little Brutus, Mighty Schultz, Tiny Roe, Pancho the Bull, Funny Boy, Puncho Boy sont tous des lutteurs nains québécois qui ont lutté dans les années d’âge d’or de cette division, soit des années 1940 aux années 1980. 

En décembre 1978, celui qui allait devenir le dernier lutteur nain québécois de renom, Claude Giroux, commence sa carrière, à l’âge de 22 ans, dans un combat par équipe en compagnie de Little Beaver face à Sky Low Low et Little Brutus. Ce sont justement ces trois lutteurs qui l’entraînaient depuis le mois d’octobre, Brutus lui montrant la base, tandis que Beaver et Sky l’avaient peaufiné. C’est sous le nom de Tiger Jackson qu’il commence sa carrière et sous lequel il luttera le plus souvent tout au long de celle-ci. À ses débuts, il lutte pour la NWA, la WWC à Porto Rico et aussi en Allemagne. 

Dans les années 1980, en plus d’être un régulier pour Lutte Internationale, il fait aussi quelques combats pour la WWF à Calgary, au Koweït, en Italie, à Hawaii et aux Bermudes. Puis il n’y retourne qu’une décennie plus tard, à la fin de 1992, faisant équipe avec les Bushwackers. Pendant toute l’année 1993, s’il ne fait pas équipe avec Butch et Luke, il est impliqué dans une rivalité avec Little Louie ou est utilisé dans les rôles de Little Macho et de Little Hulkster dans des segments de parodie. 

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C’est finalement en novembre 1993 qu’il commence à lutter sous le nom de Dink the Clown, le personnage pour lequel il a été le plus connu, surtout aux États-Unis. En Dink, il était appelé à accompagner Doink the Clown, joué par Ray Apollo à l’époque, ou bien à lutter avec lui en équipe. En 1994, il passe les premiers mois de l’année dans une rivalité avec Bam Bam Bigelow et Luna Vachon, ce qui lui permet de participer à Wrestlemania X, à New York, en équipe avec Doink face à Bigelow et Luna.

Né le 13 juillet 1956 à St-Jean-sur-Richelieu, Giroux passera le reste de l’année 1994 dans une autre rivalité, cette fois-ci face à Jerry « The King » Lawler, qui se culminera à Survivor Series, alors que Doink, en équipe avec Dink, Wink et Pink feront face à Lawler, Queazy, Sleazy et Cheezy. Finalement, en mai 1995, Tiger fait une dernière présence en Dink. En 1997, il fait partie du gala opposant Rougeau à Hogan. Par la suite, il travaille principalement pour des promotions indépendantes, ainsi que les spectacles organisés par Jacques Rougeau. Mais depuis son départ de la WWF, son horaire avait diminué considérablement. Giroux avait fondé sa propre compagnie et à 40 ans, après 18 ans de métier, il voulait ralentir le rythme. 

La lutte lui a tout de même permis de travailler dans le domaine du show-business, alors qu’il a participé à des téléséries américaines, des films, des commerciaux, il a travaillé avec les Justiciers Masqués et le Cirque du Soleil, en plus de faire des cascades et de la doublure pour des enfants. Depuis une dizaine d’années, on le voit surtout lors de conventions avec d’autres anciens. Son dernier combat remonte en 2017, alors qu’il a participé au Joey Janela Spring Break lors du week-end de WrestleMania en Floride, reprenant son rôle de Dink. 

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Giroux rejoint donc Little Beaver et Sky Low Low, les trois seuls lutteurs nains admis au Temple de la renommée de la lutte au Québec. 

Une rivalité avec Rick Martel ouvre les portes du Temple

Il est intéressant parfois de voir comment la mémoire collective se souvient d’un individu ou d’un événement. On a souvent tendance à romantiser le passé et à le voir plus rose qu’il ne l’était vraiment. 

L’intronisation de Steve Strong, de son vrai nom Steve DiSalvo, en est quelque peu la preuve. 

Après avoir été entraîné en Californie et avoir fait ses débuts à Calgary en janvier 1986, DiSalvo débarque à Montréal quatre mois plus tard. 

Originaire de Boston et ancien culturiste, son physique – 6 pieds 4 pouces et 280 livres de muscles – en fait un lutteur qui ne laisse personne indifférent. C’est ce qui avait capté l’attention du scripteur de Lutte Internationale, Rick Martel. Cherchant un heel pour travailler avec lui après sa rivalité avec Michael Hayes, le choix de Martel s’était arrêté sur Strong.

Lutte Internationale commence son déclin à l’époque. L’organisation avait perdu les Rougeau au profit de la WWF en février 1986. Puis, après avoir fait quelques événements conjoints avec la promotion de Vince McMahon, elle avait perdu le Forum aux mains de la puissante WWF. Dans un échange comme on n’en verra jamais plus, la WWF avait obtenu l’exclusivité du Forum de Montréal et avait donné à Lutte Internationale en retour l’exclusivité du Colisée de Québec. À Montréal, la promotion de Gino Brito devait donc se contenter du centre Paul-Sauvé. 

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C’est en mai 1986, sous le nom du sadique Steve Strong, qu’il fait ses débuts en sol québécois. On l’envoie contre des lutteurs de bas de carte tels que Buddy Lane, Gerry Morrow et Reggie Rapone avant de finalement débuter l’histoire avec Martel.

Le 9 juin, Strong vient attaquer Martel dans son match contre le champion de l’AWA Stan Hansen. Après deux matchs en simple qui se terminent par disqualification, un 3 contre 3 le 14 juillet à Paul-Sauvé entre Martel, Tom Zenk et Dan Kroffat contre Strong et les Long Riders attire 3000 personnes, une bonne foule compte tenu du contexte de l’époque. Au clan des vilains on ajoute Eddy Creatchman, qui deviendra le gérant officiel de Strong. 

Mais c’est surtout à Québec que la rivalité connaît du succès. Le 22 juillet, un autre 3 contre 3, soit les Road Warriors et Strong contre les Long Riders et Tom Zenk, dans l’une des deux finales de la soirée, l’autre étant Rick Martel contre Ric Flair, attire ce que les journaux rapportent comme étant plus de 15 000 spectateurs au Colisée. En réalité, il y en avait 11 000. Peu importe, le nombre est suffisamment important pour y retourner un mois plus tard avec une soirée des champions. Les Long Riders affrontent la populaire équipe de Tom Zenk et Dan Kroffat. Dino Bravo affronte le Great Samu dans la dernière grande rivalité pour le titre de Lutte Internationale. Et dans la grande finale, Martel bat Strong dans une cage. Le tout attire 8600 amateurs. 

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Dans certaines villes, on fait aussi un mélange des deux rivalités alors que Martel et Bravo font équipe contre Strong et Samu. Cette dernière équipe va même affronter les Road Warriors au Paul-Sauvé en septembre, attirant 3000 spectateurs. Établi comme heel, Strong va aussi affronter Abdullah the Butcher, qu’on avait converti en favori de la foule, cherchant par tous les moyens de créer un intérêt autour de la promotion. 

Cependant, après octobre, alors que Martel et Bravo ont finalement déserté pour la WWF et que Leo Burke a repris ses fonctions de scripteur, les présences de Strong se font de façon plus sporadique. Au début de 1987, on l’essaye comme babyface contre Richard Charland, puis en équipe avec Abdullah, mais il n’y avait plus rien à faire. En juin, Gino Brito mettait les clés dans la porte. 

Alors au final, Steve Strong a lutté à temps plein pour Lutte Internationale de mai à octobre 1986. Il n’a jamais remporté de titre. Il n’a jamais lutté au Forum durant cette période. Son seul fait d’armes a été sa rivalité avec Rick Martel, la dernière rivalité d’importance du côté de Lutte Internationale et une rivalité qui a eu préséance, ou à tout le moins, qui a été aussi forte que celle pour le titre entre Bravo et Samu. 

Mais il était gros, musclé, bronzé, il avait l’air d’un méchant et 36 ans plus tard, les gens s’en souviennent d’une certaine façon. Force est d’admettre qu’il a été le dernier heel à avoir marqué les amateurs locaux des années 1980. Et comme m’a déjà dit Gino Brito, Strong lui a permis d’éviter de perdre plus d’argent qu’il en perdait déjà et si c’était à refaire, il ramènerait Strong sans hésiter. 

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Qu’est-ce qui nous attend pour 2023 ?

Je crois bien que ce sera la bonne année pour René Goulet, qui a passé bien près d’être intronisé cette année. Il sera aussi intéressant de suivre le vote pour les frères Lortie, qui ont eu un fort soutien cette année pour la toute première fois.

Du côté des non-Québécois, Leo Burke, le meilleur scripteur que Lutte Internationale a eu, l’Undertaker, l’une des grandes vedettes du clan McMahon, de même que le commentateur Guy Hauray sont ceux qui sont passés près d’avoir le nombre de votes requis et seront certes les candidats les plus susceptibles d’être intronisés l’an prochain. 

Voici, en terminant, la liste des personnes intronisées :

Québécois:

Dino Bravo - 2005

Eddy Creatchman - 2005

Rick Martel - 2005

Mad Dog Vachon - 2005

Gino Brito - 2005

Jos Leduc - 2005

Yvon Robert - 2005

Little Beaver - 2005

Pat Patterson - 2005

Johnny Rougeau - 2005

Ronnie Garvin - 2005

Paul Leduc - 2005

Jacques Rougeau - 2005

Jacques Rougeau Jr. - 2005

Raymond Rougeau - 2005

Tarzan Tyler - 2005

Bob Langevin - 2007

Hans Schmidt - 2007

Michel Dubois - 2008

Paul Vachon - 2008

Frenchy Martin - 2008

Pierre Lefebvre - 2008

Sky Low Low - 2009

Vivian Vachon - 2010

Pat Girard - 2010

Michel Normandin - 2011

Frank Valois - 2011

Larry Moquin - 2012

Pierre-Carl Ouellet - 2013

Jack Britton - 2014

Adrien Desbois - 2015

Frères Baillargeon - 2015

Richard Charland - 2016

Gilles Poisson - 2016

Kevin Owens - 2017

Omer Marchessault – 2018

Eddy Auger – 2019 

LuFisto – 2020

Sami Zayn – 2021

Tiger Jackson - 2022

Non-Québécois :

Abdullah the Butcher - 2006

Édouard Carpentier - 2006

Andre the Giant - 2006

Killer Kowalski - 2007

Don Leo Jonathan - 2007

Buddy Rogers - 2008

Lou Thesz - 2008

Hulk Hogan - 2010

Eddie Quinn - 2010

Ivan Koloff - 2011

The Sheik - 2012

King Tonga - 2013

Sailor White - 2014

Road Warriors - 2015

Billy Robinson - 2015

Bobby Managoff - 2016

Bret Hart - 2017

Jimmy Garvin – 2018

Poudrés d’Hollywood – 2019

Yukon Eric – 2020

Vince McMahon Jr. - 2021

Steve Strong – 2022

Pionniers :

George Kennedy - 2014

Eugène Tremblay – 2017

Henri Deglane – 2020 

Émile Maupas – 2021

Crédit photos : Linda Boucher

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