Stéphane Breton : 20 ans de carrière, toujours le feu sacré
Alicia Bélanger-Bolduc
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Stéphane Breton a le feu sacré pour son métier. Que ce soit pour s’intégrer à un projet d’envergure à la dernière minute, dans La pièce qui tourne mal, ou pour défendre la comédie comme le drame, la passion de trouver le ton parfait pour ses personnages demeure ce qui le fait vibrer. Nous le verrons d’ailleurs dans plusieurs productions au cours des prochains mois.
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Parle-moi de la trame narrative dont tu fais partie en ce moment dans Indéfendable.
C’est un peu le mouton noir de la famille Ferland. C’est un vendeur et un consommateur de drogue, donc, selon ce qu’il a pris, on le retrouve dans différentes énergies. D’une certaine manière, il est relié à un cold case pour une histoire de meurtre et, grâce aux nouvelles technologies d’ADN, les policiers sont capables de cibler celui des Ferland. C’est une intrigue intéressante puisqu’on a accès à plusieurs personnages et à leur dynamique. J’aime ce genre de rôle : s’il est le mouton noir, ce n’est pas pour rien. Il y a une histoire que je dois défendre derrière tout ça, et c’est très stimulant. J’ai souvent joué des écorchés dans ma carrière et ce sont toujours de beaux cadeaux.
Comment as-tu vécu l’expérience sur le plateau ?
Avec ce genre de personnage, quand le « action » tombe, c’est tellement loin de moi que je dois m’abandonner complètement. Le jugement doit partir, la pression aussi, et il faut se laisser aller. Je calcule moins les aspects techniques, parce que c’est un personnage intense qui me guide là où je dois aller. C’est un très beau défi. J’aime beaucoup la mise en scène et faire des storyboards, donc sur ce type de plateau, j’arrive avec des propositions et une planification assez claire. Avec les réalisateurs, j’ai proposé ce que j’avais en tête pour les gestes et les émotions. C’est un plateau ouvert à ce genre de suggestions, alors j’ai beaucoup aimé l’expérience.

Un projet tout à l’opposé est ton personnage de Sébastien dans L’œil du cyclone. Le plateau est-il aussi agréable que ce qu’on s’imagine ?
C’est toujours une belle expérience. Les choses ont beaucoup bougé pour mon personnage dernièrement puisqu’il est maintenant avec celui d’Hélène Bourgeois Leclerc, ce qui fait réagir celui de Véronique Cloutier. J’ai été un peu moins présent cette saison, mais c’était tout aussi plaisant et complètement niaiseux. Les textes n’arrêtent jamais d’être excellents et efficaces. Je jouerais longtemps ce personnage : je suis entouré de véritables Cadillac d’acteurs, toujours justes, et le plateau est tellement amusant. J’ai toujours hâte d’aller tourner avec eux.
Tu as dû remplacer à la dernière minute Guillaume Lambert, qui s’est blessé, dans La pièce qui tourne mal. Pourquoi avoir accepté un tel défi ?
Ça s’est accompagné de beaucoup d’anxiété. J’ai remplacé Guillaume à six jours d’avis, après sa blessure sur scène. C’était comme si on me demandait si je voulais faire du deltaplane en m’amenant directement au bord du ravin ! Je ne me voyais pas dire non : j’étais avec des amis de longue date et dans une grosse production qui me tentait réellement. Mais en écoutant la captation de leur répétition, j’ai compris l’ampleur du travail. J’ai accepté, puis l’angoisse est arrivée. La façon dont j’ai géré mes émotions a été de m’asseoir avec André Robitaille et Mario Provencher, de Monarque Productions, et de partager mes inquiétudes avec eux. Ils ont été d’une grande écoute. En cinq jours, j’ai d’abord appris les mouvements, puis intégré le texte. Le soir de la première, je suis monté sur scène, confiant.
T’arrive-t-il de vivre de la nervosité à l’arrivée d’un nouveau projet ?
Je n’arrive pas nerveux, mais fébrile. Je crois que c’est sain. Ça me nuirait si j’étais toujours nerveux, et j’ai gagné en confiance au fil des années. Tout est dans la préparation. J’intègre une nouvelle équipe en étant excité de proposer mes idées. Dès que le travail commence, la fébrilité diminue. Je me souviens de ma première audition après le Conservatoire : c’était une publicité et j’étais nerveux comme si c’était le rôle de ma vie. Je suis arrivé d’avance, on m’a donné le texte, mais je suis sorti le répéter tellement longtemps que je me suis présenté 15 minutes en retard ! (rires) Depuis, sauf pour La pièce qui tourne mal, qui était une exception, je me gère beaucoup mieux. J’ai malheureusement travaillé avec des acteurs dans la soixantaine qui étaient des nerveux maladifs, et je me suis promis de ne jamais devenir comme ça.

Repenses-tu souvent au jeune Stéphane qui débutait sa carrière ?
Je trouve ça important de le faire parce que, quand on est comédien, on travaille avec ce qu’on est. En 20 ans, on change, on évolue. Il faut se remettre en question. L’enveloppe change, on accumule des outils et on travaille avec des choses qui nous habitent différemment. J’ai toujours gardé l’enthousiasme des débuts face à mon métier, et ça me sert encore. Quand les projets ou les moments sont plus difficiles, c’est vers ça que je me tourne pour me rappeler à quel point je suis chanceux de vivre de ce métier.
Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui sort du Conservatoire ?
Ça peut être facile de se déconnecter de qui on est quand on est sous les projecteurs et que les gens nous regardent. Le regard des autres est à la fois ton ami et ton ennemi dans ce métier. On sent qu’on peut avoir besoin de ce regard, mais il faut l’assumer et, en même temps, s’en détacher. Il faut apprendre rapidement à rester connecté à soi si on ne veut pas perdre pied et oublier pourquoi on a voulu devenir acteur.
Que désignerais-tu comme ta plus grande fierté de ta carrière ?
Je suis fier de perdurer dans ce métier, d’avoir duré et tenu le coup quand ce n’était pas facile. J’ai développé des habitudes qui m’ont permis de rester créatif et allumé. Ça me sert encore dans mes rôles et mes projets, et j’en suis très reconnaissant.
Et maintenant, qu’aimerais-tu réaliser ?
J’ai commencé à écrire. La dernière fois qu’on s’était parlé, j’écrivais un court métrage. Je travaille maintenant avec une super boîte d’animation à Québec. Le projet est encore en chantier, mais il avance bien. J’ai aussi commencé à écrire un film d’animation humoristique. J’en ai fait beaucoup, mais je n’en avais jamais écrit, et c’est un beau défi que je veux me donner. Je le fais avec un ami. Nous sommes encore au tout début, mais c’est un projet stimulant. J’avais envie de développer cette habileté. J’ai fait beaucoup d’impro et je ressens ce même vertige quand j’écris. Je ne sais pas où ça va me mener, mais j’aime le processus.
Qu’est-ce qui reste, à la base de tout, le plus important dans ta vie ?
Le jeu reste mon ancrage et ma priorité. Être au service d’une bonne histoire et travailler en équipe, c’est ce que je préfère et ce qui me rend heureux. J’espère faire ça encore longtemps. Mourir en jouant, c’est mon idéal.

La notion de retraite ne semble pas exister chez beaucoup d’acteurs.
Quand tu as vécu tout ça et que tu es encore passionné, tu ne veux pas arrêter, parce que ce serait perdre ce lien fort avec les autres. Jouer, c’est plaisant en tabarouette. C’est un peu l’enfance : on entre en relation autrement au lieu de parler de chiffres ou de répéter que la société ne va pas bien. Je pense qu’il faut que ce soit une passion pour en faire un métier, parce que c’est tellement exigeant que, sans ce feu, on finit par s’abandonner.
Qu’est-ce qui s’en vient pour toi ?
J’ai deux projets qui reviennent cet été, mais je ne peux pas encore en parler. Je ne regarde pas trop loin à long terme. En ce moment, je suis beaucoup dans la nature, et ça me parle énormément. Je n’ai plus de moto, donc je ne peux plus partir dans ce type de voyage, mais j’aime beaucoup la randonnée. Je traîne toujours mon enregistreuse au cas où une petite idée me viendrait. Je reviens d’une semaine à Kamouraska, où je suis allé écrire. Ces grands espaces me font vraiment du bien. Pour être bien dans ma tête et dans mes projets, j’ai besoin qu’il y ait de la place autour de moi.