Joël Denis: les confessions d’un ancien Tannant
L'artiste qui participe cet hiver à l'émission «Zénith» fait le point avec nous sur sa vie sur le plan tant personnel que professionnel.

Patrick Delisle-Crevier
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L’artiste qui participe cet hiver à l’émission Zénith fait le point avec nous sur sa vie, sur le plan tant personnel que professionnel. Dans son condo situé au bord de l’eau, sur la Rive-Sud de Montréal, Joël Denis, bientôt 90 ans, habite l’endroit avec Cookie, son vieux chat roux.
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Joël, tout d’abord, comment vous portez-vous ?
Je vais très bien, je suis plein d’amour, d’espoir et d’action. Je suis en pleine forme. Je pense que je suis béni des dieux, car je n’ai jamais eu autant de travail que cette année. Je donne encore des spectacles dans des restaurants, des salles et des RPA. Je suis bien dans ma peau même si j’ai peur de mourir et de vieillir. Ce sont mes démons. Je n’ai jamais pensé me rendre à cet âge ; j’ai passé ma vie à m’en faire avec les maladies parce que je suis hypocondriaque. Mais tu as devant toi un homme heureux quand il est sur scène.
Quel bilan faites-vous de votre vie ?
Je dirais : « Mission accomplie. » Mais en même temps, j’ai raté bien des choses. J’ai fait pas mal tout le temps ce que je voulais, mais j’ai aussi fait de grosses erreurs. Je me suis moi-même donné de grosses jambettes, autant dans mon métier que dans ma vie privée. Mais je m’en suis sorti assez indemne, Dieu merci, et je suis en paix avec tout ça.
Pouvez-vous me donner un exemple d’une de ces jambettes ?
Je me souviens, quand ça marchait très fort dans ma jeunesse, j’étais en demande partout. Je ne prenais pas mon métier au sérieux. Aujourd’hui, je réalise que ça n’avait pas de bon sens. J’ai eu une carrière très provinciale, mais si j’avais été sérieux, j’aurais pu avoir une carrière au Canada anglais et aux États-Unis aussi. Je suis atteint du « syndrome de la poignée de porte »: je n’ai jamais le goût de m’éloigner de chez nous. Et je me suis fait mettre à la porte de Télé-Métropole parce que je n’étais jamais à l’heure. J’ai beaucoup manqué de discipline. Ce mot, « discipline », je l’ai découvert très tard, trop tard. Je n’ai eu aucune discipline avant d’avoir au moins 60 ans. J’ai même perdu mon poste aux Tannants, à l’époque. Avec le recul, je réalise que Les Tannants et Jeunesse d’aujourd’hui ont été des cadeaux dans ma vie. Mais en même temps, ça m’a aussi nui et fait mal.
Pourquoi dites-vous que Les Tannants et Jeunesse d’aujourd’hui vous ont nui ?
Parce que ces émissions populaires ont changé mon identité. Moi, j’étais un fantaisiste, un entertainer qui chantait de grandes chansons à textes. J’étais sur les traces de Charles Aznavour ; j’ai déjà fait la première partie de Georges Brassens ! Mais Jeunesse d’aujourd’hui a changé le cap de ma carrière. Un journaliste de l’époque qui me suivait depuis mes débuts l’avait écrit : « Joël Denis a perdu son identité ». Les Tannants, ç’a été le clou dans mon cercueil de chanteur sérieux : j’étais devenu un chanteur pop. Devoir chanter encore Le Yaya, ça me fait suer. mais je le fais parce que les gens le demandent. Mais je me rattrape aujourd’hui sur scène avec mes spectacles qui sont hybrides. La première partie est celle du chanteur plus sérieux, et la deuxième est consacrée au Yaya et à d’autres chansons du genre.
Est-ce que votre amour pour la fête et les femmes vous a nui aussi ?
Oh, mon Dieu, oui. J’aimais trop les femmes et je ne pouvais pas me contenter d’une seule. J’aimais mal. J’ai eu une femme incroyable, Michelle Bessette, qui a été la femme de ma vie. Elle était toujours à mes côtés jusqu’au jour où elle m’a quitté parce qu’elle n’en pouvait plus. J’ai été un amoureux idiot. Très idiot. Je ne la méritais pas. À travers tout ça, j’ai eu trois enfants : il y a une de mes filles que je vois souvent, mais je n’ai presque pas de nouvelles des deux autres. Je n’ai pas une vie de famille extraordinaire.
Avez-vous été un bon père, malgré tout ?
Oui ; ça, oui. Je voulais des enfants et je me suis marié pour ça. J’ai eu une belle famille : Isabelle, Martin et Stéphanie. Nous avions une belle maison, nous étions tricotés serrés. Ma femme, Michelle, avait de la classe. Mais elle m’a laissé un jour parce que j’étais niaiseux et que je courais la galipote. Je l’ai regretté, mais il était trop tard. J’étais une erreur humaine sur deux pattes. Heureusement, j’ai retiré des leçons de vie de tout ça et je tente dans mon vieil âge de garder des choses positives de tout ça. J’ai changé. Je ne prends plus d’alcool, je ne fume pas, j’ai une vie de moine, et je n’ai jamais pris de drogue. Je suis rendu sage. Heureusement, mon métier est encore là.
À quoi ressemble votre quotidien dans ce condo ?
Je prépare mes spectacles, je gère ma paperasse et je fais de la musique dans mon studio. Je suis bien, dans cette maison, et le soir, je m’évade à travers la télévision. Je ne suis pas très sociable et je ne sors plus. Je suis rendu un loup solitaire. Je suis bien à la maison. Ma fille me demande parfois de sortir et ça ne me tente pas. Je suis bien chez nous avec mon chat. Je m’occupe durant toute la journée et je ne m’ennuie pas. Je ne souffre pas de solitude. Le soir je m’écrase devant ma télévision et je mange en tête à tête avec elle et avec Cookie, mon vieux chat. Cette vie ne me déplait pas. Mais je n’ose même pas imaginer comment je vais me sentir quand mon chat va partir.
Pensez-vous souvent à la mort ?
Oui, et ça me fatigue. Je ne veux pas mourir avant mon chat pour ne pas qu’il se retrouve seul. L’idée de mourir m’achale et ça m’enlève de la qualité de vie. Je joue au golf, je fais du bateau. J’aime la vie et je me vois mal la quitter. J’aime trop la vie et tout ce qui m’entoure. Je suis un bon Terrien et je ne veux pas partir. Malgré tout, je ne regrette rien. J’ai eu une belle vie, des belles femmes... Aujourd’hui, je suis bien tout seul.
En terminant, pourquoi avoir dit oui à Zénith?
J’avais envie de me lancer ce défi. Je vais changer, danser, m’amuser. Je vais chanter J’me voyais déjà, de Charles Aznavour, et finir avec Hier encore en dansant le charleston. C’est beaucoup d’émotions. Après ça, je veux continuer de faire de la musique. J’ai lancé récemment un album qui a pour titre Ne t’en fais pas avec la vie, et j’ai lancé ma biographie, Joël Denis : Le rebelle. J’ai encore plein de projets dans la tête et dans le cœur. Je me souhaite juste d’avoir encore du temps avec mon Cookie et avec la vie.