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Serge Savard: «Ce n’était pas beau, ce n’était pas sain»

«On apprenait à se haïr»

Photo portrait de Marc de Foy

Marc de Foy

2025-12-31T05:00:00Z

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Le célèbre chandail fleurdelisé des Nordiques fait un retour remarqué cette saison avec l’Avalanche qui a choisi de le porter huit fois, dont le 29 janvier prochain à Montréal. Un match qui sortira de l’ordinaire... sans jamais rivaliser avec l’époque où le Canadien et les Nordiques se sont affrontés 22 fois dans le temps des Fêtes. Retour sur ces classiques qui captivaient tout le Québec.

Serge Savard se rappelle moins les matchs Canadien-Nordiques du temps des Fêtes que l’ambiance qui entourait ces rencontres. Et, pour tout dire, il n’aimait pas.

• À lire aussi: Quand la «chicane pognait» dans les familles: ça brassait fort dans le temps des Fêtes à l’époque de la rivalité Canadien-Nordiques

«On apprenait à se haïr, lance-t-il avec son franc-parler habituel.

«Je n’aimais pas cette période-là. Ce n’était pas beau, ce n’était pas sain.»

La guerre de la bière

À sa première année, au poste de directeur général du Canadien (1983-1984), les deux formations québécoises se sont même affrontées trois fois entre le 22 décembre et le 3 janvier. La rivalité dépassait le cadre sportif.

«C’était aussi la bataille entre Molson et O’Keefe pour le marché de la bière au Québec», souligne Savard.

Au Forum, on pouvait voir des placards publicitaires de Molson sur les trois planchers de l’édifice. Même chose pour la O’Keefe au Colisée. Le Québec était divisé entre le rouge et le bleu, comme la carte électorale de la province.

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«À un moment donné, on avait rappelé Stéphane Richer des Saguenéens de Chicoutimi pour lui donner un essai. Il y avait eu un boycott de la Molson à Chicoutimi», se souvient Savard.

Les médias ne donnaient pas leur place non plus. Parfois, il y avait même des divergences entre les pages frontispices du Journal de Montréal et du Journal de Québec. Certains journalistes et commentateurs s’échangeaient des vœux des Fêtes, mais pestiféraient l’un contre l’autre une fois leur dos tourné.

Page frontispice du 17 décembre 1987, du Journal de Montréal. Le Canadien résiste à une poussée de trois buts des Nordiques, en troisième période, dans une victoire de 5 à 4, au Forum.
Page frontispice du 17 décembre 1987, du Journal de Montréal. Le Canadien résiste à une poussée de trois buts des Nordiques, en troisième période, dans une victoire de 5 à 4, au Forum. Archives, Le Journal

L’affrontement Trudel-Villeneuve

Les tribunes radiophoniques conjointes entre les postes montréalais et québécois étaient des barils de poudre. Michel Villeneuve n’avait pas son pareil pour faire monter la pression chez ses collègues montréalais.

Un jour, après une pause publicitaire, Pierre Trudel, qui vient de nous quitter pour ce monde que l’on dit meilleur, est revenu en ondes seul, parce qu’il ne pouvait plus endurer Villeneuve. Certains journalistes des deux villes se faisaient les gros yeux.

C’était la grande ville contre le gros village. Le Canadien étant une institution de longue date, il comptait encore plusieurs partisans à Québec, au grand déplaisir des inconditionnels des Nordiques.

«On avait commandé un sondage qui disait que l’on avait 10% de partisans à Québec, dévoile Savard.

«Mais ça montait à 30% quand on sortait de la ville. Plus ça allait vers l’ouest de la province, plus ça montait.»

Le loup dans la bergerie

Stéphane Richer était lui-même un loup dans la bergerie à Chicoutimi. Le jour de son rappel par le Canadien, le 14 janvier 1985, il avait déclaré à mon regretté collègue Ghyslain Luneau qu’il détestait les Nordiques.

Belle entrée en matière pour une recrue qui s’apprêtait à disputer son premier match dans la Ligue nationale!

Le lendemain, les fans des Nordiques s’étaient rabattus joyeusement sur Richer. Mais le Canadien avait eu le dernier mot en disposant des Nordiques 5 à 3. Richer n’avait pas participé au pointage ni même obtenu un tir au but.

Les partisans des Bleus avaient au moins eu de quoi se consoler.

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