Rivière des Hurons: soupe de pesticides et de coliformes fécaux à Saint-Mathias-sur-Richelieu
37 pesticides différents ont été trouvés dans les échantillons de cette rivière, en 2022


Annabelle Blais
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Les pesticides et les coliformes fécaux sont nombreux dans la rivière des Hurons, en Montérégie, faisant de ce cours d’eau l’un des pires au Québec.
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Ce cours d’eau, qui traverse notamment Saint-Mathias-sur-Richelieu, est un affluent de la rivière Richelieu et 67% de son bassin versant est consacré aux cultures, surtout de maïs et de soya.
Son IDEC, un critère pour établir l’état de santé d’une rivière, varie selon le lieu des échantillons, mais les valeurs (entre 8 et 15) pointent toutes dans la même direction: cette rivière est en très mauvais état.
En 2022, 37 pesticides différents ont été trouvés dans les échantillons. Le chlorantraniliprole, un insecticide extrêmement toxique chez les invertébrés et de plus en plus utilisé pour remplacer les pesticides tueurs d’abeilles, était présent dans la moitié d’entre eux.
Dans 93% des échantillons réalisés entre 2018 et 2019, la concentration d’au moins un pesticide était telle que la vie aquatique était menacée à long terme. Ce pourcentage a toutefois baissé à 60% dans les échantillons de 2020.
De plus, en raison de nombreux dépassements des critères pour les coliformes fécaux, la baignade et les autres activités «impliquant un contact direct avec l’eau» ne devraient pas y être pratiquées, indique le dernier Plan directeur de l’eau de l’organisme de bassin versant COVABAR, datant de 2015 et qui doit être mis à jour en 2024.
Agriculteurs impliqués
Cette rivière fait néanmoins l’objet d’un projet de gestion intégrée de l’eau piloté par l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie.
Ce projet comprend l’aménagement de bandes riveraines ou d’une haie brise-vent ou encore les cultures de couverture, par exemple du trèfle entre les rangs de maïs, ce qui limite l’érosion des sols.
- Écoutez la chronique faits divers d’Annabelle Blais, journaliste au Bureau d’enquête de Québecor, dans laquelle elle revient sur l'état lamentable de nos rivières via QUB radio :
«Depuis, plusieurs agriculteurs ont changé leur méthode de culture et contribuent à l’amélioration de la situation dans les dernières années», dit Sylvain Lapointe, directeur général du COVABAR.
Il n’a pas de données récentes pour témoigner d’une amélioration de la qualité de l’eau, mais il est optimiste.
«Des hérons bleus et des aigrettes blanches, on n’en voyait pas il y a 20 ans, mais aujourd’hui, ce n’est pas rare. Il y a une biodiversité qui a repris sa place sur la rivière», dit-il.
«L’UPA Montérégie est assez exemplaire dans leur volonté de contribuer à l’amélioration des cours d’eau, mais il reste encore du travail à faire et les municipalités devront mettre un peu plus d’efforts dans la rigueur sur le respect des bandes riveraines», poursuit-il.
Il ajoute que les citoyens et les villes doivent eux aussi faire un examen de conscience.
«On a mis beaucoup de pression sur le monde agricole dans les dernières années et c’était nécessaire, mais il va falloir qu’on s’attaque au syndrome du terrain de golf. Les citadins devront changer leur paradigme en matière d’aménagement ornemental et faire en sorte qu’on utilise moins de produits chimiques dans les municipalités», dit-il.
Le plus récent Plan directeur de COVABAR considère toutefois que la contamination de la rivière des Hurons «est principalement due aux activités agricoles et aux rejets de stations d’épuration».
– Avec la collaboration de Philippe Langlois